Société

Vive les femmes : une marche des salopes à Paris

Article publié le 7 octobre 2013
Article publié le 7 octobre 2013

Le 28 septembre des manifestants se sont rassemblés pour la Slutwalk dans plusieurs villes françaises, une marche contre la culpabilisation et la honte des victimes de viols. Aujourd'hui des rassemblements ont lieu dans le monde entier pour le droit des femmes et parce que « on en a assez ». Interviews et portraits de la « Marche des Salopes de Paris ». 

Léa & Alexandra

Léa 20 ans, Paris : « Je me considère comme une féministe. C'est ma seconde Slutwalk et je marche aujourd'hui pour rappeler aux gens qui sont réellement les victimes de viol, et que ce ne sont pas les violeurs

Alexandra, 21 ans, Normandie : « Pourtant je ne suis pas d'accord avec certaines opinions des organisateurs de la Slutwalk de Paris, je pense que c'est important de se rassembler pour essayer de changer les mentalités sur le viol et le harcèlement dans la rue. Lorsque j'ai voulu parler d'expériences personnelles d'agression, personne n'a souhaité m'écouter ( Alexandra a écrit sur sa poitrine : « corrigée? toujours gouine ! ») 

JULIA, SARAH & SARAH

Sarah, 23 ans, Boston : « Dans les rues de Paris je suis toujours sur la défensive. Parce que je suis une étrangère, je ne sais pas quoi dire, je sens que si je parle anglais je suis encore plus vulnérable. La Slutwalk c'est une chance de dire tout ce qu'on ne peut pas dire quand on entend "hé Bébé". Je suis une femme, écoute moi rugir ! »

Sarah, 30 ans, Washington DC : « Je suis féministe. Il faut avoir le choix, soit tu veux rester à la maison et avoir des enfants, ou tu veux une carrière, ou autre chose. Il faut se soutenir entre nous, même si on ne fait pas toutes les mêmes choix. »

Julia, 25 ans, Seattle : « En 2007, au Montana, USA, une jeune fille de 14 ans a été violée 3 fois par son professeur de 45 ans. Il a fait récemment 30 jours de prison parce que le juge a dit qu' elle avait plus en âge mental et il a supposé qu'elle voulait le faire. La fille vient de se suicider. C'était un viol, sur une mineure, 30 jours de prison c'est complètement fou. » 

ROSALIE

Rosalie, 23 ans, Paris : « C'est ma deuxième Slutwalk et je marche pour trois raisons

1- Je marche pour moi. C'est une libération de laisser sortir toute ma colère, et quand j'ai marché la dernière fois avec d'autres féministes, je me suis sentie plus forte, c'était à la fois une libération et une thérapie.

2- J'ai une amie qui a été violée et je suis la seule à qui elle s'est confiée, parce qu'elle se sentait trop honteuse. J'ai décidé de marcher tous les ans pour elle jusqu'à ce qu'elle réalise que ce n'était pas de sa faute et qu'il n'y a pas à avoir honte. Un jour j'espère qu'elle marchera à côté de moi mais je ne sais pas si elle le fera. Elle m'a dit qu'elle ne sera plus jamais heureuse.

3- Le fils d'un ami de la famille a commis un viol. Je le connais depuis mon enfance. Il a été emprisonné et s'est suicidé en prison. Je sais que c'est controversé, mais je marche aussi pour lui. 

CHANTS

« Le sexisme est une maladie sociale ! » « Ma liberté, tu dois la respecter. »

« Salope ? Si je veux, quand je veux. » « Aime le sexe, déteste le sexisme. » 

SALUT

Soldats, anonymes : « On approuve le message de la marche, bien qu'on n'ait jamais entendu parler de la Slutwalk avant. Le viol n'est jamais excusable. Les médias devraient parler d'avantage de la réalité du sexisme. » 

Gaëlle Hym, 39 ans , Paris : « Il y a trois ans, j'ai organisé la première Slutwalk en France. J'étais restée en contact avec les organisateurs de la première Slutwalk de Toronto (2001, ndlr) et j'ai obtenu le feu vert. Je pensais que c'était dommage que ça n'existait pas en France. J'aime l'inclusivité de la marche. Je veux conserver la Slutwalk neutre. Je suis heureuse de marcher avec des organisations différentes mais je ne veux pas qu'un groupe s'approprie le mouvement. J'ai grandi avec un frère et j'ai réalisé comment le patriarcat frappe aussi les garçons, je veux casser les stéréotypes de genres. Je milite pour un programme d'éducation sexuelle pour les jeunes, et qu'il parle de consentement. Je veux que tout le monde sache ce qu'est le viol et répondre à une culture où les victimes et non les violeurs, se sentent honteuses. Cela doit changer. » 

Thomas, 44ans, Paris : « Suis-je féministe ? Oui ...non...oui. C'est ma première Slutwalk. J'ai aimé l'expérience, bien que je sois déçu de notre petit nombre ( 230 suivant la mairie,ndlr). Je marche parce que je connais beaucoup de femmes violées ou agressées sexuellement et ça m'a ouvert les yeux. J'ai aussi une sœur de 16 ans et je veux qu'elle vive dans un monde meilleur. Vive les femmes ! »