Société

Virginia Tech vu d’Europe

Article publié le 25 avril 2007
Article publié le 25 avril 2007
Le 16 avril, Cho Seung-hui, étudiant de 23 ans d’origine sud-coréenne, a abattu 27 autres étudiants et 5 professeurs de l’Université de Viriginia Tech aux Etats-Unis.

Cho Seung-hui a commencé par abattre 2 étudiants dans une résidence universitaire avec un Glock 9mm et un Walther P22, achetés un mois plus tôt. Il est ensuite retourné dans sa chambre pour préparer un colis à destination de la chaîne américaine NBC, contenant de nombreuses photos, des vidéos, ainsi qu’une lettre expliquant les raisons de son acte. L’étudiant est ensuite reparti vers Norris Hall, où il devait massacrer 30 autres étudiants, avant de se suicider.

« Vous aviez cent milliard d’occasions et de façons d’éviter ce qui s’est passé aujourd’hui », affirme-t-il dans une des vidéos qu’il a par la suite envoyée au siège de NBC. Cette fusillade est la tragédie la plus importante de ce type aux Etats-Unis : la nouvelle a fait le tour du monde et a relancé le débat sur la législation de port d’armes.

Les fusillades ne sont pas l’apanage des Etats-Unis

L’Europe a exprimé sa solidarité avec Etats-Unis. Javier Solana, haut représentant de la Politique étrangère et de sécurité commune de l’UE (PESC), qui a enseigné quatre ans à Virginia Tech dans les années 70, a présenté ses condoléances et condamné le massacre le 17 avril lors d’une conférence de presse tenue à Madrid.

Au cours des dix dernières années, les Etats-Unis ont connu 17 fusillades à grande échelle. Le bilan total, qui s’élevait à 56 morts jusqu’au 16 avril, a presque doublé pour atteindre aujourd’hui 89 victimes.

L’exemple le plus tristement célèbre à ce jour, le massacre de Columbine High School en 1999, a coûté la vie à 15 personnes. Les deux meurtriers, Eric Harris et Dylan Klebold, se sont suicidés après avoir commis leur forfait. La tragédie, relayée par les films choc ‘Bowling for Columbine’ (Michael Moore, 2002) et ‘Elephant’ (Gus van Sant, 2003), a lancé un débat passionné quant à la possession d’armes à feu aux Etats-Unis, diminuant l’influence de la National Rifle Association (NRA), le plus puissant membre du lobby des armes aux Etats-Unis.

En Europe, où il est beaucoup plus difficile de se procurer une arme à feu, de tels événements se sont déjà produits, mais nettement moins nombreux et à plus petite échelle qu’aux Etats-Unis.

Le 26 avril 2002, à Erfurt (Allemagne), un lycéen de 19 ans, renvoyé pour avoir manqué les cours et rédigé de faux mots d’excuse, abat de sang-froid 14 professeurs, 2 élèves et un policier, sélectionnant avec soin ses victimes.

En 1996 à Dunblane (Écosse), un ex-chef scout au chomage, Thomas Hamilton, ouvre le feu dans une classe de maternelle, assassinant 16 enfants de 5 et 6 ans ainsi que leur enseignant.

Les chiffres rassemblés en 2003 par la ‘Coalition to Stop Gun Violence’ indiquent que le taux d’homicide par arme à feu est de 6 pour 100 000 personnes aux Etats-Unis contre 0,13 pour 100 000 au Royaume-Uni.

Les armes en Europe : ça suffit !

Si vous voulez acheter une arme au Royaume-Uni, vous devez fournir deux références. En Suède et en Allemagne, un civil désirant posséder une arme doit d’une part posséder une licence de chasse ou être membre d’un club de tir, et d’autre part avoir un casier judiciaire vierge.

L’Allemagne a durci sa loi sur le contrôle des armes à feu après 2002 : l’âge minimum pour posséder une arme de sport est passé de 18 à 21 ans. En Italie, toute personne désirant acquérir une arme à feu doit fournir une raison valable. Les Espagnols souhaitant obtenir un permis doivent se soumettre à un test psychologique.

De plus, les armes automatiques et semi-automatiques sont interdites dans de nombreux pays. Cependant, en raison des différences entre divers pays européens en matière de législation sur les armes, la question du contrôle devient un problème européen. Par exemple, les lois néerlandaises régissant leur achat sont très strictes, mais elles sont beaucoup plus souples dans la Belgique voisine.

Plus de 200 millions d’armes sont détenues à titre privé aux Etats-Unis, un chiffre qui semble totalement injustifié à beaucoup d’observateurs étrangers. Comme le fait remarquer Rick Slettenhaar, un étudiant de 25 ans au collège d’Europe, un établissement international implanté en Belgique et en Pologne : « Je comprends que dans certains pays beaucoup voient la nécessité de porter une arme, lorsque le gouvernement ne peut pas assurer la sécurité des individus. En Amérique, c’est ridicule. En terme de vies humaines et de frais de sécurité, c’est beaucoup trop coûteux

Finola Day, une Australienne de 22 ans étudiante à l’University d’Arizona, a été choquée par la loi sur le port des armes aux États-Unis : « Certains de mes amis ici possèdent des armes. Selon la loi, il faut un permis pour posséder une arme, mais presque n’importe qui peut obtenir ce permis. Sur les campus, des panneaux indiquent que nous nous trouvons dans une ‘weapon free zone’. C’est incroyable d’avoir à rappeler cela aux gens ! J’ai étudié à Sciences-Po à Paris, et le concept même de ces panneaux semblerait absurde là-bas ».

Pouvait-on s’y attendre ?

De nombreux Américains sont persuadés que, vu le profil psychologique de Cho, la tragédie aurait pu être évitée. L’administration de Virginia Tech était au courant de ses écrits violents, et l’avait même transféré d’une classe nombreuse à un cours en tête-à-tête avec le professeur. Un hôpital psychiatrique l’avait même jugé mentalement perturbé, estimant qu’il présentait un danger pour lui-même. Il ne parlait pas aux autres étudiants et passait pour un solitaire asocial.

Néanmoins, tous les criminels ne sont pas si facilement assimilables à des déséquilibrés. Ainsi, la mère de Robert Steinhäuser, le tireur d’Erfurt, ne savait même pas que son fils avait été renvoyé de l’école et pensait, lorsqu’il a quitté la maison ce matin du 26 avril, qu’il allait simplement passer un examen.