Société

Vienne : Locataires VS spéculateurs, un combat qui nous concerne tous

Article publié le 12 août 2014
Article publié le 12 août 2014

Le 28 juillet à Vienne, une opération de police disproportionnée visant à déloger des squatteurs dans le centre de la ville a ouvert la voie aux accusations mutuelles et à des discussions enflammées au sujet des prix des loyers. Seulement, il s’agit avant tout de parler d’autre chose : la spéculation dans le domaine de l’immobilier et d’un droit de location bafoué.

Le lundi 28 juillet, la police a obtenu un mandat d’arrêt pour expulser les habitants d’une résidence située dans le deuxième arrondissement de Vienne [Leopoldstadt]. En soi cet évènement ne constitue pas une raison de sonner l’alarme. Mais c’est le nombre de policiers impliqués et les motivations des squatteurs qui ont intrigué. Selon le ministre fédéral de l’intérieur, 1700 policiers étaient impliqués dans l’opération qui visait à expulser 19 squatteurs à cinq heures du matin). Un véhicule blindé, des canons à eau et un hélicoptère sont également venus en renfort.

Alors que l’opération se déroulait, les débats ont explosé sur les réseaux sociaux en raison de son caractère excessif. D’ailleurs, la police a continuellement changé les informations concernant le nombre de policiers impliqués, cela jusqu’à ce que les forces de l’ordre aient définitivement refusé de dévoiler un chiffre précis. Elles ont notamment soutenu que le nombre important de policiers impliqués était nécessaire pour mener à bien l’opération en toute sécurité, d’autant plus que des pièges avaient été installés à l’intérieur du bâtiment pour leur mettre des bâtons dans les roues (la police mentionne notamment la présence d’un four posé en hauteur et qui devait atteindre les force de l’ordre) et que les squatteurs eux-mêmes étaient munis d’œufs et de peinture.

Stratégies castella

Oui, il faut discuter de ces faits. Cependant, il faut également prêter attention à une autre facette de l’histoire au risque de ne pas lui accorder l’importance qu’elle mérite. Avant de s’attarder sur ce point, il est nécessaire de clarifier certains détails et de raconter l’histoire de la propriété que visait l’opération. Le bâtiment de la résidence a été construit il y a quelques années par Castella Ltd – en tant qu’objet de spéculation immobilière. Le plan était de rénover l’immeuble et de le vendre par la suite à un prix plus élevé. Mais pour faire fonctionner ce projet, il fallait se débarrasser des locataires, ce que Castella a essayé de faire coûte que coûte : les dégâts des eaux et les portes défectueuses ne faisaient l’objet d’aucune réparation, les ordures étaient éparpillées le long des couloirs, on ne donnait pas la clef de la nouvelle boîte aux lettres aux locataires une fois que celle-ci avait été changée. 

Difficile à croire, mais ce sont des pratiques courantes dans cette industrie. Or, même après avoir subi tous ces tracas, certains locataires ne sont pas partis. C’est alors que le propriétaire a fait appel à des ouvriers hongrois pour murer les portes d’entrée. Il a été stoppé à la dernière minute grâce à l’intervention d’un politique dévoué du quartier. En dernier recours, en novembre 2011, le propriétaire a remis à des punks une vieille pizzeria exempte de loyer. Leur mode de vie alternatif et parfois bruyant était supposé faire abdiquer les locataires. Or, le plan n’a pas fonctionné, et pour cause les locataires et les activistes sont rapidement devenus amis afin de tenir tête à Castella Ldt. L’amitié fût scellée et les punks ont rouvert la pizzeria : la « pizzeria anarchia » était née. Aux heures de pointe le dimanche, c’est plus de 70 personnes qui se réunissaient pour déguster des pizzas et soutenir les activistes. 

Quelle protection pour les locataires ?

Après que le bail eût expiré, celui qui possédait la propriété lança des poursuites. Un avis d’expulsion était placardé dans l’immeuble depuis février 2014 et après la deadline 1700 policiers furent mobilisés pour faire appliquer l’avis. Cependant, le débat qui fait actuellement rage au sujet des moyens mobilisés pendant l’opération et qui s’avèrent disproportionnés ne va pas à l’essentiel et loupe notamment le point que les activistes voudraient soulever.

1.) Les spéculateurs peuvent échapper à toute punition quand ils font usage d’intimidation et de sales tours afin d’expulser les locataires et d’avoir une maison vide, prête pour les rénovations. C’est une faille importante concernant le droit de location qui nécessite qu’on s’en occupe le plus rapidement possible. Des gens ne peuvent être forcés de partir de chez eux, tout ça parce que le propriétaire veut spéculer grâce à son bien. 

2.) Ces mêmes spéculations contribuent à la surchauffe du marché de l’immobilier en Autriche et à l’augmentation du prix des loyers. Une étude menée actuellement par Allianz montre que le prix des maisons a augmenté de 28% depuis 2008. Il n’y a que le Royaume-Uni pour dépasser l’Autriche en termes d’augmentation des loyers. Si une part importante des locations doivent être payées à l’aide d’emprunts, une bulle immobilière pourrait se former. Quand une bulle semblable a éclaté en 2008, elle a entraîné les USA et l’Espagne dans une crise profonde. 

Posons la question : la fonctionnalité des appartements et maisons est-elle de loger ou de spéculer ? C’est une question qui nous concerne tous. Si le prix des loyers continue d’augmenter, cela deviendra extrêmement difficile pour les étudiants de financer leurs études au sein de grandes villes. Si personne ne mets un terme à la victimisation des locataires, de plus en plus de personnes pourraient perdre leur logement.  C’est bien de cet enjeu dont nous devons discuter en priorité.