Société

Victime des JO

Article publié le 1 décembre 2007
Publié dans le magazine
Article publié le 1 décembre 2007
A Londres, les préparatifs des Jeux Olympiques (J.O.) d’été de 2012 battent leur plein. Tout est fait pour éviter les erreurs de précédentes éditions. Pourtant, plusieurs problèmes se posent déjà.

Lorsque John Joyce se tourne, tend le bras et indique un point à l’horizon, la canne accrochée à son sac à dos oscille dangereusement le long de son corps. A Newham, au cœur de la banlieue est de Londres, ce retraité guide bénévolement les gens à travers le terrain du futur parc olympique. Même si les JO de 2012 semblent encore loin.

« Au départ, les visiteurs s’imaginent toujours qu’ils vont voir quelque chose », explique l’homme, Irlandais de naissance. « Mais la seule chose qui est faite actuellement est l’enterrement des câble », dit-il montrant les poteaux des lignes à haute tension auxquels pendent lourdement des câbles. L’excursion de Joyce mène au (futur) stade olympique, encore à l’état de pré, ainsi qu’au (potentiel) parking olympique, sur lequel sont érigées plusieurs usines. Joyce montre une tour qui rougeoie sous le soleil automnal. « En face, c’est Clay’s Lane », lance-t-il.

Déplacements d’habitants et erreurs de calculs

Clay’s Lane est un amoncellement de maisons de briques rouges. Une sorte d’enclave sur une colline entourée d’industries, de casses et d’industries de fumage de poissons dégageant une odeur forte. Pour Ian Sandison, 58 ans, Clay’s Lane, c’est un peu comme le dernier refuge. Depuis 2002, cet ancien sans abri vit dans la communauté des résidents. Désormais, Clay’s Lane doit céder sa place aux Olympiades. En tant que président de la communauté, Sandison gère le déménagement des locataires. Le temps presse : d’ici juin 2007, les 450 habitants devront avoir disparu.

Ceux-ci ne tolèrent pourtant pas tout. Au printemps dernier, la London Development Agency (LDA), chargée de procurer des terrains pour les Jeux, leur avait proposé comme solution de remplacement les docklands, une zone située au bord de la Tamise. Plusieurs raisons empêchèrent la finalisation du projet. Notamment, le fait que les docklands soient situés sur l’axe d’atterrissage de l’aéroport de la ville, comme le souligne Julian Cheyne, un des habitants. Sandison, quant à lui, estime que le montant des loyers serait deux fois plus élevé.

En outre, des experts ont retrouvé des traces de matériel encore radioactif sur la montagne du Thorium à Clay’s Lane. Une trouvaille qui rend les J.O. encore un peu plus chers, puisque la zone doit être complètement nettoyée de ce thorium. Impossible de laisser les Jeux se dérouler sur un sol contaminé.

Du chocolat pendant 38 ans

Au départ, le coût des Jeux était estimé à environ cinq milliards et demi d’euros. En raison de l’oubli de la TVA des calculs, le comité de planification a dû rajouter près d’1,5 millions d’euros. La construction d’un stade olympique engloutit lui aussi plus d’argent que prévu. Au lieu des 366 millions d’euros évalués à l’origine, il en coûtera plus de 400 millions. Les Jeux reviennent en moyenne à 20 livres par an à chaque Londonien. Ou, pour reprendre les propos du maire Ken Livingstone : « chacun une tablette de chocolat par semaine pendant 38 ans ».

Les habitants de Clay’s Lane ne sont pas les seuls à s’insurger contre la planification des J.O. Des gens du voyage, qui vivent depuis environ 35 ans dans des caravanes des environs directs de Clay’s Lane, doivent désormais aussi se chercher un nouvel emplacement. Ailleurs, les citoyens s’élèvent contre le déplacement de terrains de baskets et la transformation de parcs.

John Joyce fait face à ces critiques avec flegmatisme. La promenade olympique mène à une rue sale, encombrée de ferrailles. Toutes les usines situées ici sont en train d’être rasées. «Les hangars en face aussi». Joyce montre au nord une ligne de bâtiments minuscules avec des toits bruns arrondis. C’est ici, tout près de la gare de Stratford, que les bassins de natation seront construits.

Apprendre des erreurs passées

Car la gare de Stratford est en passe de devenir le portail d’accès au monde olympique. Sur les chemises rouge vif des aides volontaires qui se tiennent devant la station ferroviaire, on peut lire : « Ask me about the 2012 Games » [Demandez moi à propos des Jeux 2012]. John Regis s’est joint aux collaborateurs de l’Olympic Delivery Authority (ODA), organisme responsable des infrastructures. Cet ancien sprinter d’envergure mondiale a déjà participé à trois jeux olympiques aux couleurs de l’Angleterre.

Véritable professionnel des médias, Regis peut dévoiler son sourire étincelant sur commande. La ville de Londres devra elle aussi se montrer sous son meilleur jour lorsque le monde entier aura les yeux rivés sur elle. Manager de jeunes talents, John Regis veut apporter son aide. « Nous voulons tirer les enseignements de tous les Jeux et en reprendre les points positifs. Athènes m’a par exemple appris qu’il faut être ponctuel. »

Lors des JO d’Athènes à l’été 2004, les constructions de Calatrava, un architecte espagnol mondialement connu, ont nécessité des quantités énormes d’acier. Le centre de sports aquatiques est resté à découvert car le toit de verre n’a pas pu être réalisé à temps. Pas question de connaître un tel retard à Londres. La formule magique : « 2-4-1 ». Deux ans pour les prévisions, de 2005 à 2007. Ensuite vient la phase de construction, qui durera quatre ans. En 2011, les installations pourront enfin être testées.

Mais l’expérience d’Athènes a démontré autre chose : une fois les Jeux passés, les installations ont cessé d’être exploitées pour le tourisme et se délabrent progressivement. A Londres, on veut absolument penser à l’après-JO, si possible aussi positif qu’à Barcelone. Là-bas, l’amélioration des infrastructures et des possibilités de loisirs suite aux Jeux de 1992 fait figure de succès. Désireux d’imiter l’exemple espagnol, l’ODA a décidé d’impliquer les Londoniens de l’Est au projet.

Promesses creuses

« Les riverains n’en profiteront toutefois pas beaucoup,  » prédit néanmoins un journaliste local qui préfère garder l’anonymat. Selon lui, les promesses de 9 000 nouveaux logements et 12 000 nouveaux emplois créé par le parc olympique sot exagérées. Il pourrait avoir raison. Dans son rapport, la Chambre de commerce et de l’industrie de Londres part du principe que ce sont surtout des Européens de l’Est qui vont se joindre au mouvement. Des travailleurs qui seraient prêts à travailler plus pour moins d’argent.

Cela fait néanmoins un moment que la municipalité souhaitait déjà réaménager Clay’s Lane, avant même que Londres ne soit retenue par le Comité international olympique (CIO). « Le mérite des Jeux est seulement d’avoir accéléré toute la procédure », explique ce même journaliste. C’est le projet urbanistique général qui avait convaincu le CIO de préférer la capitale britannique à Paris.

John Joyce, lui, n’attend pas grand chose des JO. « Pour en profiter au maximum, il faudrait que je vende ma maison». Les prix des terrains ont déjà grimpé en flèche. Joyce se montre pourtant satisfait. Il veut juste profiter de sa retraite et faire de la marche. Il espère qu’il pourra toujours proposer des circuits guidés jusqu’en 2012 et même durant les jeux du 27 juillet au 12 août. Avec bien sûr un peu plus de choses à voir.

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