Société

Une violence qui fait mâle

Article publié le 22 novembre 2006
Article publié le 22 novembre 2006
Tous les trois jours en France, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Or, des études menées au Canada montrent des hommes non plus bourreaux mais victimes.

Parfois c’est maman qui cogne et met son joli cœur au tapis. Les hommes victimes de la violence de leurs compagnes sont ainsi beaucoup plus répandus qu’on ne le croit affirme Yvon Dallaire, psychologue québécois, auteur de ‘La violence faite aux hommes, Une réalité taboue et complexe’ (2002).

Quelles sont les caractéristiques de ces hommes battus ? Ce phénomène est-il réellement marginal ?

Pour la majorité des gens, parler d’hommes battus semble incroyable, pourtant la réalité est qu’il existe des hommes violentés. Ce thème est plus abordé sur le continent américain qu’en Europe parce que les mouvements masculins sont mieux organisés et plus pointus sur les thèmes sociaux et que le sujet est plus médiatisé. Dans une enquête menée par Denis Laroche pour l’Institut national de la statistique du Québec en 1999, 62 700 femmes et 39 500 hommes se sont dits victimes de violence conjugale (toutes violences confondues). Des chiffres qui vont à l’encontre du discours politiquement correct selon lequel les hommes seraient systématiquement les bourreaux et les femmes victimes. Autre préjugé : les hommes utiliseraient la violence physique et les femmes les brimades psychologiques. Or, il arrive à beaucoup d’hommes d’exprimer psychologiquement leur violence, par le silence notamment. Et 80% des femmes violentes vont recourir à des objets, de la vaisselle, des couteaux… Les femmes dénigrent en général l’identité sexuelle du mâle, sa virilité, alors que l’homme violent se borne à vouloir avoir raison.

Pourquoi la violence des femmes est-elle tabou ?

Dans tous les couples, il y a un moment où la relation devient une lutte de pouvoir dans laquelle les deux protagonistes vont utiliser à tour de rôle des éléments violents. Néanmoins, on assiste aujourd’hui à une valorisation de la violence féminine : une femme qui se défend ou se bat va être considérée comme une femme forte. Cette attitude entre en contradiction avec l’image traditionnelle véhiculée par la société qui veut qu’une femme soit douce et maternelle. Il faut savoir que les couples lesbiens sont deux fois plus violents que les couples hétérosexuels et que dans les affaires d’infanticides, plus de 56% des enfants qui sont tués le sont par leur mère. Un paradoxe qui est à l’origine du discours féministe : celui-ci vise ainsi à diaboliser le masculin et angéliser le féminin. Or au Canada et en Amérique du Nord, c’est la violence des femmes envers les hommes qui est en augmentation, pas l’inverse.

Que devient l’homme battu ?

Les hommes qui sont battus physiquement sont peu crus ou souvent ridiculisés. Le lobby féministe, très puissant en Amérique du Nord, n’a voulu ouvrir qu’un seul œil sur les violences conjugales. Une femme battue gagne un statut et peut rejoindre de multiples groupes d’entraide, des associations pour sortir de l’enfer des violences conjugales, comme l’explique Sophie Torrent-Brosshard [chercheuse suisse qui a consacré sa thèse au sujet ‘L’Homme battus, un sujet au cœur du tabou’ 2000]. Un homme qui se dit battu ressent une énorme culpabilité et perd son statut d’homme, tout en restant isolé. Il n’existe pour l'instant pas de structure d’accueil ou de prise en charge. Et en persistant à nier ce phénomène des hommes battus, les féministes sont en train d’ostraciser toute une catégorie de femmes, aux prises avec des comportements violents, qui ont besoin d’aide.