Société

Une radio libre entre Berlin et la Syrie

Article publié le 2 février 2016
Article publié le 2 février 2016

Internet et téléphonie mobile mis à part, la radio est en passe de devenir la source d'information la plus importante. L'ONG berlinoise Media in Cooperation and Transition soutient la mise en place de médias indépendants dans les zones de conflit de Syrie.

Cela fait cinq ans que la guerre fait rage en Syrie. Ce qui a commencé en 2011 comme une protestation pacifique, est vite devenu l'un des conflits les plus sanglants de notre époque. Le régime Assad ne mise pas seulement sur la violence, mais aussi sur une stricte censure des médias. Les zones hors de son contrôle sont rapidement privées d'internet. De grandes radios font l'objet d'attaques ciblées et détruites, des journalistes gênants sont traqués. Comment est-il alors possible, malgré ces conditions, de garantir une information indépendante ?

L'ONG berlinoise Media in Cooperation and Transition (MiCT) a développé un concept porteur d'espoirs : PocketFM – un petit transmetteur radio solaire. Celui-ci peut par exemple être caché sur les toits des maisons, il capte un signal émis par satellite, qu'il transmet en ondes ultracourtes dans un périmètre de quelques kilomètres. De cette manière, la radio s'est imposée entre-temps comme une des sources d'information les plus importantes dans les zones disputées autour de Hama et Idleb.

Le succès de PocketFM avait déjà fait la une des journaux internationaux en 2015. Mais on parle désormais de l'aspect technique d'un projet de plus grande ampleur : Syrnet (Syria Radio Network), une sorte de radio d'opposition.

Je souhaite en savoir plus et visite les bureaux de MiCT dans un immeuble ancien non loin de la Rosenthaler Platz. Je rencontre Mahmoud, un jeune employé syrien, qui n'hésite pas à me renseigner. Syrnet, m'explique-t-il, rassemble une multitude de petites stations de radio, pour la plupart portées par des volontaires. En plus de l'équipement technique, MiCT apporte son soutien en rédaction et en formation. Mahmoud et son équipe s'envolent régulièrement pour la Turquie, près de la frontière syrienne afin d'organiser des ateliers et des formations pour des journalistes syriens en devenir.

Un programme multiple

Les contributions sont produites sur place, puis diffusées dans les zones en conflit via les transmetteurs radio cachés. Syrnet peut également recevoir via live-stream ou grâce à l'application qu'ils ont eux-mêmes développée. Le programme regroupe des contenus principalement journalistiques, mais aussi des spectacles musicaux, des pièces radiophoniques et même une émission d'infos pour les enfants.

Selon Mahmoud, la radio offre à de jeunes Syriens l'opportunité d'aborder des thèmes qui ont peu ou pas de place dans l'espace public. Nous écoutons ensemble le programme « Shabab Case », fruit d'une coopération radiophonique entre Alep et la ville kurde de Qamishli. Mais ce ne sont pas que des frontières ethniques qui sont franchies. Alors que nous allumons le poste, passe justement une contribution sur l'homosexualité et sa stricte interdiction dans la société syrienne.

Un avenir incertain

Le ton libéral des jeunes journalistes radio se heurte souvent au rejet. Mahmoud nous raconte par exemple des problèmes dans la ville de Kafranbel, où une station de radio a été dissoute par des membres du front salafiste Al-Nusra, et son rédacteur en chef arrêté. Raison officielle : un post anti-islam du rédacteur sur Facebook.

Mahmoud, qui a commencé à travailler sur le projet en 2012, tire cependant dans l'ensemble un bilan positif. Il espère à l'avenir gagner à la cause de Syrnet beaucoup plus de monde et organise déjà le prochain atelier en Turquie. Puisqu'Ankara, face à l'insistance de l'UE, a imposé un visa aux Syriens, il n'est cependant pas certain de pouvoir poursuivre son travail sous cette forme.