Société

Une campagne électorale américaine au fil des blogs

Article publié le 6 novembre 2006
Publié dans le magazine
Article publié le 6 novembre 2006
Les hommes politiques et leurs conseillers outre-Atlantique ont fait d'Internet la pierre angulaire de leurs campagnes électorales.

Présidentielles américaines 2004 : le candidat démocrate à l'investiture Howard Dean, aidé de son conseiller Joe Trippi, bénéficie, grâce à une organisation minutieuse, d'une large visibilité médiatique sur le Web. Pourtant, malgré les efforts cybernétiques déployés, Dean ne sera finalement pas choisi pour représenter le Parti démocrate lors des élections. Conclusion à l'époque : l'utilisation d'Internet ne semble pas encore décisive dans l'aboutissement d'une campagne.

Pourtant, on assiste aujourd'hui à une déferlante de blogs écrits par des hommes politiques : une majorité des candidats aux élections de mi-mandat au Congrès qui se tiendront le 7 novembre aux États-Unis en possèdent désormais un. Les discours politiques seront-ils bientôt diffusés sur le Net ?

Joe Lieberman : outrancièrement marketing

Ce n'est pas Joe Lieberman, sénateur démocrate du Connecticut, 64 ans, qui tient son blog, par ailleurs financé par des « amis », mais un collaborateur. Il est pourtant l'un des plus intéressants, tant par la forme que par le fond. On y trouve une vidéo d'introduction, des photos sur la célèbre page ‘Flickr’, des liens et d'autres informations propres aux bloggers. À noter que le blog fait partie intégrante du site Web de Lieberman dont il constitue une rubrique. Il présente pourtant un défaut majeur, puisqu'il est impossible aux internautes d'y poster leurs commentaires. Ce qui est regrettable, si l'on considère que le fait de créer une communauté est l'un des objectifs principaux que poursuit tout blog politique. Car sa fonction ne se limite pas uniquement à se faire le reflet des opinions de son propriétaire, mais également à ouvrir le débat. Comme le reconnaissent les experts, il vise en outre à récolter des fonds. D'où l'insertion de « bannières » pub.

Voir le blog de Joe Lieberman.

Rick Santorum : la communauté avant tout

Rick Santorum, sénateur de Pennsylvanie, 48 ans, est l'un des piliers du parti républicain américain. C'est pourquoi il est candidat à sa propre réélection. « Running with Rick » [Soutenir Rick] est le slogan qu'affiche son blog. Parfaitement approprié, puisqu'il s'agit ici de créer une communauté d'utilisateurs. Les internautes ont ainsi la possibilité de s'inscrire pour accéder à davantage de services ainsi qu'à la boutique en ligne de Santorum pour y acheter des articles de marketing électoral. Le blog contient également une liste de liens vers des blogs « d'amis » et permet à ceux qui le souhaitent et qui sont enregistrés -un moyen sûr d'éviter les critiques-, d'y déposer leurs observations. Contrairement à Lieberman, Santorum apporte en outre sa contribution. Il rédige en effet lui-même ses billets et diffuse ses discours en ligne.

Voir le blog de Rick Santorum.

Dennis Hastert: le plus personnel

Le républicain Dennis Hastert, 64 ans, est un cas à part. Il est candidat à sa réélection après avoir été élu une première fois suite au scandale touchant Mark Foley, 52 ans, membre de la Chambre des représentants, accusé d’avoir entretenu des relations douteuses avec des adolescents. Pourtant, la victoire lui est quasiment acquise dans la 14ème circonscription de l'Illinois. C'est la raison pour laquelle son blog est très personnel. Il regorge en effet des pensées et réflexions de Hastert et ne laisse aucune place aux commentaires éventuels de ses lecteurs. Nul besoin non plus de récolter des fonds. Ainsi, le blog d'Hastert n'a rien d'un blog électoral. Il s'agit davantage d'un espace personnel, au sein même d'une page officielle, constitué de textes rédigés de la main d'Hastert sur des sujets d'actualité. Ce qui est plutôt inhabituel pour un blog politique aux États-Unis.

Voir le blog de Dennis Hastert.

Barack Obama: il mise tout sur les podcasts

Le site Web du candidat démocrate de l’Illinois Barack Obama, 45 ans, intrigue. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un blog, puisque des podcasts sont postés en lieu et place des habituels billets. Pour simplifier, les textes font place ici à des bandes audio, même si l'idée reste la même qu'ailleurs : promouvoir les idées et les propositions d'un candidat. C'est donc Obama en personne qui enregistre ses podcasts. Naturellement, son blog est également constitué d'un agenda et d'un bulletin contenant les toutes dernières nouvelles. Il offre bien sûr la possibilité aux internautes d'apporter une contribution financière à la campagne d'Obama. Le recours aux podcasts montre un candidat –ou des conseillers- très au fait de l'utilisation d'Internet et non effrayé par les diverses possibilités offertes par le Web.

Voir le blog de Barack Obama.

Des réflexions de Margot Wallström à la crispation espagnole

L'usage des blogs politiques n'est pas encore répandu en Europe même si certains ont créé le leur, comme la chancelière allemande Ángela Merkel ou le leader conservateur britannique David Cameron. Rares sont les hommes politiques européens à utiliser les blogs comme arme électorale. Et plus rares encore sont ceux qui les rédigent eux-mêmes. Les politiques semblent trouver plus simple et plus naturel d'être filmés.

À quelques exceptions près toutefois. La vice-présidente de la Commission européenne et Commissaire chargée de la communication, la Suédoise Margot Wallström, 52 ans, a très tôt su apprivoiser ce nouveau média. Bien que son site ne soit pas fréquemment mis à jour, il contient des billets dont la fluidité et le style relèvent davantage du blog personnel que du blog politique. Voilà presque deux ans que Wallström l'a ouvert et cela se voit. Elle évite ainsi une certaine distance technocratique sans pour autant éluder les sujets d'actualité. Il est regrettable que les institutions européennes ne se soient pas inspirées de son exemple.

Avec 1 080 000 blogs enregistrés en 2005, l'Espagne est l'un des premiers pays consommateur de blogs. Pourtant, la majorité des hommes politiques espagnols n'ont toujours pas pris conscience de la valeur de ce type de sites, même si nombreux sont les députés à en posséder un.

La blogosphère politique doit également compter avec les blogs utilisés à des fins de propagande et non comme instrument de communication et de réflexion personnelle. C'est le cas du secrétaire général du Parti socialiste espagnol, Pepe Blanco, dont le blog n'aura fait qu'augmenter le sentiment de crispation générale, distillant des critiques assassines à l'encontre de l'ex-Premier ministre espagnol Aznar. Nos hommes politiques finiront-ils peut-être par apprendre à utiliser Internet…

Crédits photos : Howard Dean: Nick Davis/Flickr; Joe Lieberman: Dbking/Flickr; Rick Santorum: Michael Righi/Flickr; Dennis hastert: Bistrosavage/Flickr; Barak Obama: Sister72/Flickr; Margot Walström: cafebabel.com