Société

Un avenir pour les orphelins en Géorgie ?

Article publié le 9 avril 2014
Article publié le 9 avril 2014

Lorsque l'Union so­vié­tique s'est ef­fon­drée, la Géor­gie a tris­te­ment hé­rité de vieilles ins­ti­tu­tions so­vié­tiques sup­po­sées « prendre soin » des or­phe­lins, bien que vio­lences et souf­frances étaient mon­naie cou­rante. Alors que la Géor­gie tend à se mo­der­ni­ser, quelle ap­proche adop­ter pour re­mé­dier au trop grand nombre d'or­phe­lins dans le pays ?

Elle est as­sise dans un coin, les yeux rivés sur le mur au­quel elle fait face. Elle ne veut par­ler à per­sonne. Une coupe de che­veux à la gar­çonne, un sé­vère pso­ria­sis et d'oc­ca­sion­nelles crises d'hys­té­rie dou­blées d'une né­vrose l'ont iso­lés du reste du monde. Ta­mari a seule­ment 13 ans. Elle n'a au­cune idée d'où se trouve sa mère, et son père a été ac­cusé de mal­trai­tance en­vers elle. Ta­mari et ses deux sœurs ne peuvent dé­sor­mais plus vivre chez elles.

Ta­mari n'est pas le seul en­fant de Géor­gie à ne pas pou­voir vivre avec ses pa­rents. Beau­coup d'entre eux se voient for­cés de quit­ter leur mai­son à cause de la pau­vreté, ou de la vio­lence do­mes­tique, avec des pa­rents al­coo­liques, en pri­son, ou qui les ont tout sim­ple­ment aban­don­nés. Selon l'UNI­CEF, 95% des en­fants ins­ti­tu­tion­na­li­sés en Géor­gie sont ré­fé­ren­cés comme « or­phe­lins so­ciaux ».     

Ces en­fants, éle­vés en or­phe­li­nat, n'ont pas d'ave­nir sinon une vie de mi­sère. De plus, leur vie dans ces ins­ti­tu­tions les prive des atouts né­ces­saires à l'ob­ten­tion d'un em­ploi,  et une grande par­tie d'entre eux se re­trou­vera im­pli­quée dans des crimes de rue, la vente de drogues ou la pros­ti­tu­tion. De­puis plu­sieurs an­nées, rap­ports et ar­ticles ont mis en évi­dence ces si­tua­tions in­to­lé­rables. Afin de com­battre cet fa­ta­lité, le gou­ver­ne­ment s'est as­so­cié à l'UNI­CEF en vue de dé­ve­lop­per un nou­veau pro­gramme qui vise la fer­me­ture pure et simple de tous les or­phe­li­nats d'État, pour trou­ver de nou­veaux foyers à ces en­fants. La Géor­gie comp­tait en­vi­ron 72 or­phe­li­nats en 2003, oc­cu­pés par ap­proxi­ma­ti­ve­ment 8 000 or­phe­lins. Selon les sta­tis­tiques of­fi­cielles, seuls 3 or­phe­li­nats sont dé­sor­mais tou­jours en ser­vice, là où le pays en comp­tait 49 en 2005. Le gou­ver­ne­ment a été ferme dans sa vo­lonté d'éra­di­quer ces restes d'ins­ti­tu­tions so­vié­tiques.  

Et c'est avec l'ap­pui du mi­nis­tère du Tra­vail, de la Santé et des Af­faires So­ciales de Géor­gie que le Centre Hu­ma­ni­taire de Bien­fai­sance « Ab­kha­zeti » (CHCA) inau­gura un nou­veau pro­jet en 2011 : Foyers pour Pe­tits Groupes. Ces foyers sont une al­ter­na­tive aux or­phe­li­nats tra­di­tion­nels et aux fa­milles d'ac­cueil. Les en­fants sont hé­ber­gés dans des éta­blis­se­ments acueillants, qui se rap­prochent d'un vrai foyer, avec deux pa­rents « de sub­sti­tu­tion » ou une équipe de per­son­nel soi­gnant. 

Les jeunes ré­si­dents de ces mai­sons ont entre 6 et 18 ans, avec des ori­gines dif­fé­rentes. Le but de ces ha­bi­ta­tions : re­créer un en­vi­ron­ne­ment fa­mi­lial pour l'en­fant, en­cou­ra­ger son édu­ca­tion et son dé­ve­lop­pe­ment, et lui four­nir tous les atouts né­ces­saires au ni­veau pro­fes­sion­nel pour lui ga­ran­tir une vie au­to­nome.

En Géor­gie, il existe trois types de mo­dèles d'ac­cueil : les foyers fa­mi­liaux avec un maxi­mum de 7 en­fants, les foyers spé­cia­li­sés li­mi­tés à 10 en­fants et les foyers dits SOS ac­cueillants en­vi­ron 7 en­fants. Le CHCA di­rige trois d'entre eux dans la ré­gion de Ka­kheti, mais on en compte en­vi­ron 50 dans le pays gé­rées par plus de 10 as­so­cia­tions ou fon­da­tions : Ca­ri­tas Geor­gia, Di­vine Child, Child and en­vi­ron­ment, Bres Geor­gia, Bi­liki, SOS, et bien d'autres.

Après avoir bé­né­fi­cié de ce pro­gramme du CHCA, Ta­mari est main­te­nant une en­fant chan­gée. Ses yeux s'illu­minent quand elle parle en tou­chant ses longs che­veux bruns, et son sou­rire fait rayon­ner son vi­sage. Le centre s'est beau­coup in­vesti pour amé­lio­rer son état psy­cho­lo­gique. Son agres­si­vité, son at­ti­tude né­ga­tive et sa ti­mi­dité ont dis­parus. Elle est main­te­nant ca­pable de par­ta­ger ses réus­sites sco­laires, et passe beau­coup de temps avec les amis de son âge. Elle a même ap­pris à coudre, et pos­sède sa propre ma­chine. Pour la pre­mière fois de sa vie, Ta­mari n'a pas peur de l'ave­nir. 

Néan­moins, ces foyers pour pe­tits groupes d'or­phe­lins ne sont que tem­po­raires. Car en­vi­ron 80% de ces en­fants ont au moins un pa­rent qui pos­sède en­core des droits sur eux, mais qui ne peut pas sub­ve­nir à leurs be­soins. Pour y re­mé­dier, le gou­ver­ne­ment, avec l'UNI­CEF et d'autres as­so­cia­tions telles que le CHCA, a lancé une cam­pagne pour que ces en­fants se rap­prochent de leur fa­mille bio­lo­gique. 

Et ce nou­veau pro­gramme a porté ses fruits : après avoir passé deux ans dans un de ces foyers, Ta­mari a re­pris contact avec un de ses oncles. Elle et ses soeurs ont pu pas­ser les fêtes de fin d'an­née avec des proches. Ce jour-là, les pe­tites filles sem­blaient êtres les en­fants les plus heu­reux du monde.

Pour des rai­sons de confi­den­tia­lité et de pro­tec­tion de la vie privé, les noms de cet ar­ticle ont été mo­di­fiés.

Pho­tos : cour­toi­sie d'On­nik James Kri­ko­rian. Ces pho­tos pro­viennent d'une sé­lec­tion de cli­chés d'en­fants vul­né­rables en Géor­gie et ne re­pré­sentent pas les en­fants rat­ta­chés au pro­gramme Foyers pour Pe­tits Groupes du CHCA.