Société

Ukraine : la passivité de Bruxelles

Article publié le 28 septembre 2007
Article publié le 28 septembre 2007
Le 30 septembre, des élections parlementaires anticipées auront lieu en Ukraine. Mais si l’on veut une démocratie stable, l’UE doit s’investir davantage dans le pays.

Depuis mai 2007, l’Ukraine est plongée dans une période de tension entre le Président Viktor Iouschtschenko et son Premier ministre Viktor Ianoukovitch même si une solution a été mise sur la table des négociations : l’organisation d’élections parlementaires le 30 septembre en Ukraine.

Viktor Ioutchenko, connu pour ses positions pro-occidentales, incite régulièrement son pays à se tourner vers l’Europe. Mais dépourvu de sans majorité politique, il n’a pu jusque-là proposer de programme cohérent. A l’opposé, la stratégie de son adversaire Ianoukovitch consiste à tisser des liens étroits avec la Russie de Vladimir Poutine, tout en ménageant les hauts-fonctionnaires de Bruxelles.

Depuis des mois à Kiev, les domaines d’action respectifs du président, de son Premier ministre et du Parlement portent à confusion alors que le pays sombre lentement dans un chaos croissant.

Tout le problème vient du récent texte voté en guise de Constitution, qui donne peu de précisions quant à la répartition des pouvoirs. L’objectif actuel pour l’UKraine : modifier cette Constitution et rédéfinir plus clairement les rôles des institutions.

Une avancée chancelante

Une démocratie stable aux frontières de l’Europe est aussi dans l’intérêt de l’UE. L’Ukraine peut ainsi servir d’exemple pour les anciennes républiques soviétiques et constituer un élément stabilisateur dans la région de la Mer Noire. L’instauration d’une démocratie à Kiev est même susceptible de jouer un rôle dans l’orientation de la politique énergétique de Moscou.

Néanmoins, l’UE doit être consciente du rôle qu’elle joue dans le développement de l’Ukraine. En 2003, Bruxelles a mis en place une politique européenne de voisinage http://ec.europa.eu/world/enp/index_en.htmURL (PEV) qui pose la première pierre d’un partenariat rapproché. Mais plusieurs ébauches de discours prononcés en faveur de l’adhésion de l’Ukraine aux Vingt Sept se sont heurtées au silence de l’Europe.

Les modalités d’entrée dans l’Union ont aussi été limitées, constituant une véritable insulte pour les citoyens ukrainiens. Mais depuis juin 2007, la durée d’attente pour l’obtention d’un visa a été raccourcie et les frais ont été réduits.

Si ces tentatives de rapprochement sont chaleureusement accueillies à Kiev, les Ukrainiens souhaiteraient voir des signes plus évidents : les aides financières ne devraient pas se limiter à l’économie tout en protégeant le processus démocratique ukrainien actuel. De son côté, le Kremlin jette de l’huile sur le feu et ne se gêne pas pour affirmer sur un ton moqueur que les Ukrainiens sont en faveur de l’Europe mais que l’Europe n’est pas en leur faveur.

L’Ukraine aux portes de l’Europe

Force est de reconnaître qu’il n’existe aucune perspective d’adhésion concrète pour l’Ukraine dans les négociations jusque là entreprises avec l’UE. Avant l’adhésion de tout nouveau pays, un pacte européen doit être signé et l’intégration des derniers membres complètement achevée.

Ce qui importe à l’heure actuelle, c’est entrer dans une nouvelle phase de relations avec le voisin européen. C’est sur sa propre initiative que l’Ukraine doit mettre en place des projets au lieu de se borner à compter sur l’aide financière européenne.

Apprendre de ses erreurs

Il y a 16 ans, l’Union européenne commettait une grave erreur : lors du G7 de 1991, au lieu d’assurer Michael Gorbatchev de son soutien unanime, Bruxelles laissait l’ancien chef soviétique les mains vides.

Les chefs d’Etat de l’Ouest avaient alors préféré mettre à genoux le géant russe plutôt que d’offrir une aide financière à long terme, susceptible de maintenir le calme et la tranquillité dans les anciens Etats soviétique. La Russie doit encore aujourd’hui en supporter les conséquences.

Si la démocratie en Russie est à l’heure actuelle en train de faire marche arrière avec en arrière-plan, une résurgence du nationalisme, de la xénophobie, de l’exclusion sociale et de la corruption. L’Ouest qui a fait la preuve de sa passivité porte une part entière de responsabilité.

Certes, l’Ukraine ne peut être comparée à la Russie en matière de liberté de presse et de respect des droits de l’homme. Pour autant une politique européenne de rapprochement en faveur de son plus grand pays voisin pourrait apporter une nouvelle dynamique et empêcher que le peuple ne perde toutes ses illusions en matière de démocratisation.