Société

UE-Chine : « C’est le moment d’équilibrer et non d’envier »

Article publié le 11 janvier 2007
Article publié le 11 janvier 2007
La Commissaire européenne aux affaires extérieures, Benita Ferrero-Waldner, se rendra à partir du 15 janvier en Chine pour lancer un nouvel accord de coopération entre l'UE et l'Empire du Milieu.

« La Chine ne représente pas une menace pour la mondialisation mais bel et bien un exemple de succès.» Les mots ont été prononcés en octobre dernier par le Commissaire au commerce, Peter Mandelson, au moment de la signature par d'une nouvelle stratégie pour les relations EU-Chine, visant à encourager une plus grande loyauté du géant asiatique. Mais qu'est-ce que l'Europe connait finalement de la Chine ?

Yongyang Wang est un entrepreneur chinois qui vit en Espagne depuis quinze ans. A l'époque, il n'existait aucune forme légale de sortie du territoire chinois : le prix à payer a été élevé. Yongyang Wang a d’abord travaillé en tant que serveur en Espagne avant de monter sa propre boite dans le centre de Barcelone. Aujourd'hui, beaucoup des nouveaux immigrés asiatiques s’adressent à lui lorsqu’ils souhaitent obtenir des informations juridiques, que les services municipaux sont parfois dans l’incapacité de leur fournir.

« Ils me considèrent comme un organisme officiel , commente Yongyang Wang en souriant. S'il traite avec des clients en provenance du monde entier, il souhaite dans l'avenir se spécialiser dans les échanges commerciaux entre entreprises espagnoles et chinoises. Son visage, toujours serein, s’illumine lorsqu’il sourit. Né le 22 janvier 1964, l’année du lapin, ses yeux sont vivants et chaleureux malgré son âge. « En Chine, à partir de la quarantaine, on vous traite comme un ancien », explique Yongyang Wang. «Il serait difficile pour moi d’y retourner maintenant que je suis habitué à vivre ici ».

Ces chinois qui se font passer pour des japonais

Dans le restaurant chinois 'Confucius', les serveurs vont et viennent avec des chemises fuschia, des soupes, du riz. Des poissons nagent dans un aquarium. Yongyang Wang mange souvent ici parce que le restaurant est situé près de sa société.

Si son parcours n'a pa été facile, cet exilé ne s’est jamais senti rejeté. Toutefois de nombreuses idées reçues existent et décrédibilisent la communauté chinoise. « Le nom même de 'chinois' contient souvent des connotations péjoratives », souligne-t-il tout en gardant le sourire. « Je pense au dénommé 'quartier chinois' de Barcelone, où se concentrent la mafia et la prostitution, par exemple, il n’a rien à voir avec nous. De même, des idées reçues et autres légendes urbaines circulent sur les restaurants, les réseaux mafieux… Le pire de tout est le manque de confiance qui se manifeste lorsque vous essayez de louer un appartement, monter une affaire ou inviter une fille à danser. Il y a même des Chinois qui se font passer pour des Japonais », confie l’un d’entre eux.

Je me risque à poser à la question : vous n’avez pas l’impression que les sociétés occidentales commencent à apprécier la culture orientale ? Yongyang Wang me désarme à nouveau. « Les Occidentaux n’apprécient pas la vraie culture chinoise mais seulement les clichés et les images exotiques d’un pays qui n’existe pas». En observant l'échiquier international et la peur de l’Europe et des Etats-Unis face la croissance chinoise, Yongyang Wang fronce de nouveau les sourcils : « la peur du changement est une préoccupation purement occidentale », s’exclame-t-il.

Tian an men en guise de souvenir

Lorsqu’il a quitté la Chine, Yongyang Wang était en désaccord avec le gouvernement. C’était l’époque de la répression de la révolte de la place Tian an men à Pékin qu’il a suivi à la télévision en pleurant. « Maintenant je lui ai pardonné », affirme-t-il avec franchise. La Chine a beaucoup évolué au cours des dernières années et il considère que, sans cette tragique erreur, la situation actuelle n’aurait pas été possible. « Peut-être que la richesse n’est pas bien répartie », admet-il, « mais tout le monde a reçu sa part du gateau et semble content ».

Quant à la démocratie, il semble qu'elle «arrivera tôt ou tard. Le gouvernement s’y adaptera progressivement ». Cette lenteur est « nécessaire », poursuit Yongyang Wang, « parce qu’en Chine il n’existe aucune tradition démocratique. Vous, les Européens, avez eu les Romains, les cités grecques, mais pour beaucoup de gens en Chine, tout cela ne signifie rien ». La solution, selon Yongyang Wang, passe par une « meilleure et plus large éducation ».

Discuter, étudier, danser

Lorsqu'il a débarqué, Yongyang Wang ne parlait un mot d’espagnol. Aujourd'hui, il converse posément, clairement. La chose qui lui plaît beaucoup en Espagne est la possibilité d’avoir des conversations intéressantes avec les gens. « En Chine, nous n’avons pas l’habitude d’exprimer nos idées ou nos sentiments. Peu de gens le font ». A la fois chef d’entreprise et étudiant en droit à l’université de Barcelone, Yongyang Wang est conscient que le fait de parler chinois et espagnolne peut représenter qu'un atout pour un avocat.

Lors des soirées à la 'salsoteca' [discothèque qui ne passe que de la salsa] 'Agua de Luna', il a appris à danser la salsa, un verre de Mojito à la main. Il connaît tous les clubs de Barcelone où l'on pratique cette danse. Il a passé des années à s'entrainer et aujourd’hui les filles sont épatées en le regardant bouger. Si elles s’imaginent au début qu’il va se ridiculiser, elles changent d’avis dès qu’il entre sur la piste. La même chose se produira-t-elle entre l'Europe et la Chine ?