Société

Traité de Lisbonne : arguments vaporeux

Article publié le 18 janvier 2008
Article publié le 18 janvier 2008
Dans un sauna caché au fin fond de la Finlande, un groupe de jeunes Européens se retrouve dans le cadre d'un programme d’aventures journalistiques. A quelques jours de la signature du Traité de Lisbonne, ils s'échangent leurs points de vue.

Les regards se croisent alors que nous envisageons de nous déshabiller. Un courant d’air froid remplit la pièce, une porte s’entrouvre : les filles arrivent en marchant sur la pointe des pieds, sur le sol chaud et trouvent des sièges pour s'asseoir. Un ange passe. Tout le monde respire profondément. Lana, une Slovène, prend la louche d' Ines, la Portugaise et asperge les charbons avec de l’eau. Une bouffée de vapeur se perd dans l’air ambiant puis se mêle aux mots que nous commençons à échanger. C'est la que le traité réformé rentre en scène : le Traité de Lisbonne, signé par les 27 États membres le 13 décembre dernier. Il forme une Union européenne nouvelle. 2008 sera-t-elle une année pleine de tension, alors que les nations doivent ratifier le texte ?

Une constitution déguisée

« C’est la Constitution déguisée », murmure Lars, le Hollandais, en avalant une gorgée de bière. Le texte rebaptisé Traité de Lisbonne remplace la fameuse Constitution européenne rejetée par ses compatriotes en 2005 comme par les électeurs Français. Cédric acquiesce : « Cela ne remplace pas les textes précédents, comme Maastricht ou Nice. Le Traité ne fait que les amender légèrement », poursuit-il.

Dans la pièce pleine de vapeur, Franz, de nationalité allemande, tousse son accord avec les deux autres. Mais Cian, qui est Irlandais, donne quelques précisions : « Il y aura des changement dans la direction. Un poste qui combine le rôle de commissaire des Affaires étrangères et celui des Affaires extérieures sera créé. ». Franz termine sa place : « Le haut représentant aux Affaires étrangères ! ».

Karol, la Hongroise enthousiaste, est la première à protester : le Parlement hongrois a été le premier à approuver le Traité de Lisbonne après sa signature, le 17 décembre. « Nos gouvernements gardent le contrôle de secteurs comme la défense ou la politique étrangère, explique-t-elle, le Traité de Lisbonne n’est qu’un pas de plus vers l’intégration et ce que l’Union européenne représente ». « En plus, il est possible de rester en dehors des parties avec lesquels vous êtes en désaccord », conclut Karol. Sa voisine slovénienne, Lana, fait oui de la tête. Son Pays a tout juste pris la présidence de l’Union pour les six prochains mois et a exprimé son souhait de voir le Traité ratifié d’ici la fin de l’année.

Le mauvais exemple Polonais

Alina, la Polonaise, s'étouffe carrément depuis son siège, sur les bancs supérieurs : « La Pologne n’a pas signé la Charte européenne des droits fondamentaux », annonce-t-elle. Comme l'a fait le Royaume-Uni, son pays a souhaité rester en dehors de cette Charte, afin de ne pas être légalement engagé par ce texte.

« C’est incroyable ! » rétorque Isabella, l’Italienne, dont le pays est très favorable au Traité. Pour elle, « nous sommes censés avancer ensemble. Ce n’est pas dans l’esprit de l’UE de faire cela ! ». Alina la regarde furieuse : « Mais cette Charte contredit la loi Polonaise ! ».

Son point de vue est d'ailleurs alimenté par les déclarations des frères Kaczynski, dont le parti Droit et Justice était à la tête de la Pologne à l’époque. Ils considéraient que la Charte fragilisait leur position sur des sujets tels que l’euthanasie et l’homosexualité. Isabella fait mine de sortir de la salle, furibonde : « Mais c’est une question de discrimination sexuelle ! ». Elle force la poignée : tout le monde retient son souffle et réalisent que la porte a été fermée à clé.

Un silence assommant s'installe. Nos voix couvrent le sifflement des braises du feu que nous éteignons à la hâte. Un léger cliquetis et soudain, la porte est entrouverte par un grand Ben tout habillé. L’Anglais fait entrer de l’air pur et frais dans la pièce. Quelle allégorie : le chef du gouvernement britannique, Gordon Brown, était lui-même arrivé en retard pour signer le Traité de Lisbonne le 13 décembre. Ben sourit, un sourcil levé : « J'arrive pile au bon moment j’imagine ! »