Société

Touristes allemands en Écosse: du Scotch à l’aéroport et du haggis au petit-déjeuner

Article publié le 29 août 2011
Article publié le 29 août 2011
Les vacanciers allemands viennent en Écosse pour des raisons diverses : pour une gorgée (ou plus) d’eau-de-vie, pour retracer l’Histoire dans la brume des châteaux délabrés, ou simplement parce que les vols vers l’Islande sont trop chers. Quelles que soient ses motivations, le séjour d’un Allemand en Calédonie est souvent modelé par ce qu’il a bu et mangé : une expérience déterminante.
Réflexions d’un guide touristique écossais

Après avoir vécu un an au milieu d’étudiants allemands à Édimbourg, je pensais être calée en matière de conflits « gastronomico-culturels » entre Allemands et Écossais. J’avais vu s’empiler dans mon frigo les produits Lidl, j’avais expliqué patiemment (et à plusieurs reprises) ce qui peut et ne peut pas (surtout ce qui ne peut pas) être recyclé en Écosse, et j’avais compati à propos du prix de la bière au Royaume-Uni (qui était environ deux fois moins chère en Allemagne). J’étais persuadée qu’après tout ça, peu de choses pourraient me surprendre pendant mon premier été en tant que guide pour des touristes allemands. C’est le moment de revoir ma copie.

Qui veut du Whisky ?

Cet été, venu de Francfort, mon groupe allemand de touristes cinquantenaires est déçu en arrivant dans la capitale écossaise froide et humide. À mon insu on leur avait promis, pour les accueillir, un verre de bon Scotch à l’aéroport. Curieux: non seulement, la logistique pour s’occuper des valises et des panneaux de bienvenue est assez compliquée sans avoir besoin d’y rajouter le transport d’une bouteille d’alcool et d’une douzaine de verres, mais en plus, distribuer de l’alcool dans l’aéroport n’est sûrement pas très légal.

Ce n’est qu’après avoir entamé ma première visite que je commence à comprendre l’idée que le groupe se faisait de son arrivée sur la « terre des braves ». Le whisky, boisson que j’ai peut-être goûtée une fois avant de devenir guide touristique, et que tous les étudiants écossais échangent volontiers contre la vodka, est une part ineffaçable de la vision des Allemands de l’Écosse. Un soir, après un repas particulièrement lourd, mes touristes évoquent le whisky comme traitement écossais contre l’indigestion. Plus tard, ils proclament le breuvage « remède » contre certains maux de gorge et de tête. Quelques touristes (surtout les hommes) sont déjà des connaisseurs. Ils se vantent d’avoir une large collection de single malts chez eux, peuvent régulièrement prouver leur supériorité face à mon expertise récente, et vident joyeusement leur verre, même quand l’odeur (ou le « bouquet ») chasse le reste des convives à l’autre bout de la table. Pourtant, même les touristes qui avouent ne pas adorer « l’eau-de-vie » gaélique, mettent leurs a priori de côté pour la semaine. À Rome, fais comme les Romains. En Écosse par contre, ignore la bière que les habitants boivent goulûment (quelqu’un veut un peu de Belhaven Best ?) et opte pour le whisky.

À Rome, fais comme les Romains. En Écosse par contre, ignore la bière que les habitants boivent goulûment et opte pour le whisky.

Si la boisson écossaise est fameuse, notre nourriture, semble-t-il, est infâme. Les dîners à l’hôtel de Pitlochry, le bien nommé « Scotland’s Hotel » (comme si nous n’avions que celui-là) sont souvent ponctués par le commentaire surpris : « En fait c’est assez bon. On pourrait l’assaisonner un peu mais sinon, c’est très passable ». Seuls les plus courageux, ceci dit, osent tenter nos mets nationaux. Une femme, en apprenant qu’un petit-déjeuner écossais complet comprenait du boudin noir, ou haggis, a déclaré qu’elle ne pourrait jamais en manger. Plus tard dans la journée, de l’agneau rôti était au menu, servi avec…du boudin noir. Quand la femme demanda ce qui était sous l’agneau, son mari, un œil sur le menu, lui murmura « je crois que c’est des patates ». Alors que je dois souvent réfréner mon agacement provoqué par une attitude dédaigneuse envers la cuisine de mon pays, le comportement des Allemands au petit-déj’ me fait plutôt rire. Après tout, l’Allemand moyen survit à trois petits-déjeuners britanniques composés de toasts, de céréales et de fry-up avant de se résoudre à replonger dans le fromage en tranches et le salami.

(Photos : Une (cc) Frank Foehlinger/ Flickr; Texte (cc) Kirti Poddar/ Flickr)