Société

Thaïlande : le syndrome du patient anglais

Article publié le 27 novembre 2007
Article publié le 27 novembre 2007
Avec ses cliniques rutilantes, Bangkok s’impose comme une nouvelle capitale du tourisme médical. Surtout concernant la chirurgie esthétique ou le changement de sexe.

Vaste rez-de-chaussée aux vitres panoramiques, patients anglais ou émirs saoudiens, engoncés dans de confortables canapés, café Starbucks à la main : bienvenue à ‘Bumrungrad International’, le plus grand hôpital privé d’Asie du Sud Est, niché en plein cœur de Bangkok.

Dans cet espace qui tient tout autant de l’hôtellerie de luxe que du centre commercial, où les escaliers roulants mènent directement au McDonald’s, à la librairie ou aux boutiques du deuxième étage, on semble bien loin des tables d’opération.

Telle est justement la volonté de la direction de cet hôpital nouvelle génération, où les infirmières sont recrutés sur diplômes autant que sur leur physique et où l’on prend rendez-vous par mail depuis l’étranger, après avoir consulté la fiche web technique avec photo de son chirurgien.

C’est grâce à des établissements comme le ‘Bumrungrad’, côté en bourse, fort de ses 400 000 patients étrangers par an -soit 40 % de sa clientèle–, que la Thaïlande est devenue en une petite décennie une destination de choix.

La triologie ‘Sea, sex and scalpel !’ attire chaque année plus d' 1 million de touristes, soit presque un touriste sur dix. Et cela ne semble pas prêt de s'arrêter. En Asie, le secteur connait actuellement 20 à 30 % de croissance par an.

Tourisme médical de masse

L’Amérique du Sud, Singapour, l’Inde, la Malaisie peuvent difficilement faire de l’ombre à leur petit voisin thaïlandais dont la qualité des soins, les tarifs et l’infrastructure touristique locale sont largement promus à l’étranger par un organisme gouvernemental : la TAT [Tourism authority of Thailand].

Si les clients adeptes de ce tourisme médical sont massivement Américains, Australiens, originaires du Moyen-Orient et d’Asie en général, de plus en plus d’Européens se tournent vers le bistouri thaïlandais, exaspérés par la longueur des listes d’attente et le coût des opérations dans leurs pays natals.

Pilier de cet engouement : la chirurgie plastique. Répondant à une demande intérieure et extérieure croissante, les opérations à visée esthétique se sont développées à vitesse grand V en Thaïlande. De plus en plus d’Européens viennent donc faire un petit tour en terre siamoise, le temps que Madame « arrange » son nez(2 300 euros), augmente ou réduise sa poitrine, fasse disparaître ses rides et sa graisse par liposuccions.

Pendant que sa moitié acquiert un tour de taille digne de faire la une de Elle, « Monsieur » pourra en profiter pour faire de sa calvitie un mauvais souvenir (1 400 euros minimum)- effacer ses tatouages et regonfler ses pectoraux.

‘Bumrungrad international’ reçoit entre 300 et 500 patients de ce calibre chaque année avec pour plus gros clients, les Britanniques, les Français et les Allemands. Après quelques jours de rétablissement, l’hopital propose par exemple des ‘suites’ pour les convalescents -, direction les plages de Phuket et Pattaya avant le retour en Europe.

Des agences de voyage, flairant le bon filon, se sont spécialisées en partenariat avec les dispensaires locaux, dans les forfaits ‘all inclusive : opération + hotel + plage’ pour ces patients qui restent avant tout des touristes comme les autres. ‘Bumrungrad’ a même passé des accords avec la Thai airways pour que les « miles » de ses patients équivalent à un check-up médical à l’hôpital.

Changement de sexe

Bien sûr, tout cela a un prix. Conséquent. Chez le docteur Pichet, directeur de la Bangkok plastic surgery clinic, un lifting coûte 3 500 dollars. Une bouche pulpeuse vous reviendra au même prix. Les patients européens constituent 30 % de sa clientèle totale et sont majoritairement des femmes. Mais le docteur Pichet a plus d’un bistouri dans son sac car il est avant tout spécialiste en ‘SRS’ -pour ‘sex reassigment surgery’-, un sigle mystérieux qui évoque la chirurgie du changement de sexe.

Car dans ce domaine aussi, les patients ne manquent pas. « 30 % de mes opérations sont liés à des changements de sexe, principalement du sexe masculin au sexe féminin et s’accompagnent d’opérations de féminisation de la poitrine et du visage,» poursuit le docteur.

« Un vrai changement de sexe requiert l’approbation d’un psychologue et un suivi pré et post opératoire, de même qu’un changement d’identité légale notifié à l’ambassade afin que le patient ne reste pas coincé à la frontière ! »

Même son de cloche à l’hôpital public ‘BNH’ de Bangkok qui reçoit environ une cinquantaine de clients européens par an pour le même type d’opérations, avec en tête de peloton, les Italiens et les Anglais. Si le risque zéro n’existe pas en chirurgie plastique, les docteurs affirment que les conséquences de l’opération sont bénignes et que les clients sont entièrement satisfaits. A en juger par les sourires flambant neufs des patients et les cartes de remerciements envoyés à leur docteur, on finirait presque par s’en convaincre…