Société

Stanley Johnson : « Thatcher a ouvert la voie »

Article publié le 2 juin 2008
Article publié le 2 juin 2008
Il est le père de Boris Johnson, le nouveau maire de Londres. Né en Cornouailles il y a 59 ans, cet écrivain et homme politique évoque ses origines anglaises, suisses, françaises et turques. Récit métissé d’un partisan de l’adhésion de la Turquie dans l’UE.

« Mon fils aîné Boris (il a trois frères et deux sœurs) a fièrement fait allusion à ses origines turques lors de sa campagne électorale pour les municipales de 2008. Il s’est rendu en Turquie plusieurs fois. Il a avancé que ses origines « multiculturelles » le mettaient en bonne position pour diriger la ville de Londres qui est un melting pot de cultures et de religions différentes, comme peut s’en apercevoir tout visiteur. Je suis sûr que cela explique en partie l’engouement populaire suscité par Boris ! Je pense que l’enthousiasme de la presse turque est justifié ! [Les journaux turques ont titré : « Le nouveau maître de Londres est le Turc Johnson », « Victoire à Londres du petit-fils d’Ali Kemal », « Le Turc Johnson détrône Ken », ndlr].

De nombreuses alliances turques

(Photo d'archives/Stanley Johnson)

Je ne crois pas que mon père dans sa jeunesse ait eu beaucoup de souvenirs de son père… Lorsque la première guerre mondiale a éclaté en 1914, les contacts étaient difficiles car Ali Kemal, mon grand-père, vivait en Turquie à l’époque. Il était ministre dans l’empire ottoman et journaliste. Il a épousé Winifred Brun, une Anglo-Suisse à Paddington en 1903. Il avait 34 ans. Elle est malheureusement morte peu après la naissance de mon propre père, Osman Wilfred Ali Kemal, à Bournemouth en septembre 1909. Lui et sa sœur aînée Celma ont été élevés à Wimbledon. 

C’est ma mère qui nous a raconté la mort de mon grand-père en Turquie en 1922, alors qu’il était détenu par des soldats turcs. Après avoir épousé mon père en 1936, elle a gardé contact avec la seconde épouse du père de mon père, Sabiha Hanim, la fille de Zeki Pasha, commandant de l’armée ottomane en Macédoine. J’ai séjourné avec elle à Istanbul lors de ma première visite en Turquie, au début de l’année 1959. J’avais alors dix-huit ans. Ma mère m’avait appris à demander l’adresse de Sabiha en turc depuis ma descente du bateau où j’ai dû me frayer un chemin dans la foule amassée autour du pont de Galata !

Liens diplomatiques entre l’Orient et l’Occident

(Photo d'archives/Stanley Johnson)Ensuite, j’ai voyagé en bus jusqu’à Ankara pour aller chez Zeki Kuneralp, le fils d’Ali Kemal et de Sabiha, autrement dit le demi-frère de mon père. Zeki était un haut fonctionnaire au service diplomatique turc. Je garde de très bons souvenirs de mon séjour : je suis resté à Ankara deux ou trois semaines pendant lesquelles j’ai appris à connaître la famille Kuneralp. Zeki a été envoyé en Espagne pour occuper le poste d’ambassadeur. C’est à ce moment là que sa femme, Neçla, a été tragiquement assassinée à Madrid en 1978. J’ai fait la connaissance de mes cousins Sinan (maintenant un grand éditeur d’Istanbul) et Selim (qui a suivi les traces de son père en intégrant le service diplomatique turc et qui a été ambassadeur en Suède et en Corée du sud).

Je garde régulièrement contact avec ma famille turque depuis des années. Zeki a été nommé à deux reprises ambassadeur au Royaume-Uni. J’ai appris avec un très grand plaisir que lors de la visite officielle de la reine Elizabeth II à Ankara le 13 mai, elle et le duc d’Edimbourg se sont entretenus en privé avec Selim et son épouse Gamze, sur la suggestion d’Abdullah Gül, le président de la république turque.

Une fille ainée en politique : le rêve

(Photo: Gustav BH/ Wikipedia)Ali Kemal était un homme politique, un journaliste, mais aussi l’auteur de plusieurs romans. Mes enfants et moi avons également abordé ces domaines. Boris est un homme politique et a écrit plusieurs essais, un roman et plusieurs articles de journaux. Ma fille aînée Rachel (qui a pour deuxième prénom Sabiha) est également romancière et journaliste. J’essaie de la convaincre de se lancer dans la politique ! Nous avons besoin de beaucoup plus de femmes politiques en Grande-Bretagne. Margaret Thatcher a merveilleusement ouvert la voie !

Des SMS pour l'UE

J’ai fait partie de la délégation officielle Union européenne-Turquie pendant mon mandat de député européen entre 1979 et 1984. Je regrette énormément le temps pris pour fixer les dispositions d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne alors qu’elles sont brossées dans les grandes lignes depuis les années 60. Je suis ravi d’apprendre que c’est mon cousin Selim qui est maintenant chargé de cet important dossier dans le cadre de sa fonction de secrétaire adjoint aux affaires économiques au sein du ministère des affaires étrangères en Turquie. La Grande-Bretagne est bien sûr depuis longtemps un fervent partisan de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, donc Selim n’aura certainement pas besoin d’envoyer de textos à Boris pour lui demander son aide !

Je suis sûr que mon grand-père, Ali Kemal, aurait soutenu de tout son cœur l’entrée de la Turquie dans l’UE. D’après ce que je sais de lui, il croyait passionnément aux mêmes idéaux que le grand fondateur de la République turque, c’est-à-dire à la création d’une nation moderne, tournée vers l’extérieur, compatissante, avec une économie dynamique, un pays où les femmes seraient complètement émancipées et les droits humains parfaitement respectés. »