Société

SOS féminisme

Article publié le 26 octobre 2007
Publié dans le magazine
Article publié le 26 octobre 2007
Si le féminisme est entré dans les mœurs européennes, le statut des femmes n’a guère progressé depuis les années 80. Nombreuses sont les filles des jeunes générations qui rejettent cet héritage de leurs mères.

Amazones tatouées, prostituées fleur bleue ou cascadeuses culottée : la filmographie de Quentin Tarantino décline en long, en large et dans le détail toute la panoplie des stéréotypes féminins. « Beaucoup me considèrent pourtant comme un féministe », affirmait même le metteur en scène américain, lors de la promotion de son dernier opus ‘Boulevard de la mort’ [‘Death Proof’]. Le film, dont la première partie montre quatre femmes victimes d’un machisme exacerbé ne porte pas vraiment la marque d’un défenseur des valeurs féminines.

Mais peut-être est-ce la façon qu’a choisie Tarantino pour exprimer la confusion des valeurs qui règne aujourd’hui. Le monde dans lequel nous vivons est plus compliqué que celui d’autrefois. Les revendications féministes des années 70 et 80 ont finalement permis d’estomper les différences entre hommes et femmes et la branchitude des gays américains est devenue une réalité en Europe. Pour autant, le crise d’identité qui frappe les deux sexes implique de nouvelles définitions.

Flou artistique

Plusieurs phénomènes laissent penser que la révolution féministe est restée purement théorique sans s’étendre à la réalité des faits. Certes, le principe d’égalité a aujourd’hui acquis droit de cité dans la vie des Européennes : faire des études va de soi et leur travail est de mieux en mieux rémunéré. Mais les filles ne font qu’occuper un terrain conquis de haute lutte, par leurs mères.

La large couverture médiatique offerte aux femmes qui réussissent dans la politique incite d’ailleurs à prendre cette égalité professionnelle pour un fait accompli. Angela Merkel, chancelière fédérale en Allemagne, Ségolène Royal candidate à la présidence de la République française et Julia Timochenko, Premier ministre de l’Ukraine incarnent parfaitement ce nouveau type d’amazone, femmes conquérantes, ayant gagné le pouvoir.

La place qu’occupent les politiciennes à la une des titres européens ne fait que masquer le fait qu’à l’échelle mondiale, douze chefs d’Etats seulement sur cent vingt-deux sont des femmes. Quand bien même le féminisme serait devenu une réalité sociale, la jeune génération n’en a jusqu’à présent guère profité. Alice Schwarzer, éminente figure de la lutte pour les droits des femmes en Allemagne, a par exemple déclaré dans un entretien à l’hebdomadaire ‘Die Zeit’ que les « filles des féministes » ont interprété la notion d’émancipation au pied de la lettre, avec une double conséquence : soit se heurter contre le monopole masculin au sommet de l’échelle professionnelle -le fameux plafond de verre-, soit rester cantonnées chez elles à s’occuper des enfants.

Chiffres incontournables

Les chiffres semblent donner raison à Schwarzer : l’écart de 22% entre les salaires masculins et féminins fait de l’Allemagne l’un des Etats membres de l’UE ayant le plus de chemin à faire pour parvenir à l’égalité de rémunération. Du reste, la réputation de progressiste dont jouit la Norvège serait exagérée, aux dires de l’organisation féminine ‘Norsk Kvinnenskasforening’ : si Norvégiens et Norvégiennes gagnent à peu près la même chose, les statistiques occultent le fait qu’à peine plus de la moitié des femmes travaille à plein temps et que la moyenne de leur salaire reste donc inférieure à celui des hommes.

Pour trouver un pays en avance dans ce domaine, il faut se tourner contre toutes attentes, vers l’Espagne, là où un catholicisme conservateur a longtemps étouffé toutes les revendications féminines et qui a attendu 1978 pour inscrire le principe d’égalité des sexes dans sa Constitution. La ‘Ley de Igualdad’ [loi sur l’égalité], promulguée par le chef du gouvernement socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, impose un quota de 40% d’hommes et de femmes lors des élections officielles et dans les conseils d’administration des sociétés cotées en Bourse. Dès son accession au pouvoir en 2004, Zapatero avait montré l’exemple en désignant les membres de son cabinet selon le principe paritaire. Le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, a fait de même.

Féminisme démodéù

Cela n’empêche pas certaines figures de proue du féminisme européen de juger le principe de parité insuffisant et d’y voir, tout au plus, une béquille. La philosophe française, Elisabeth Badinter reproche notamment à la parité d’ancrer la différence entre les sexes dans la législation, dénonçant le fait que les femmes préfèrent faire respecter leurs droits en invoquant les lois plutôt que de militer activement pour le changement en provoquant le débat.

Dans l’Hexagone, le féminisme semble assez mal en point : dans la littérature, les romans d’écrivains comme Marie Nimier, Catherine Breillat et Virginie Despentes ont un caractère souvent pornographique. La contraception et l’avortement sont devenus choses courantes tandis qu’en Allemagne, la ministre aux Affaires familiales Ursula von der Leyen prône les avantages d’une double carrière de politicienne et de mère de famille. Pour autant, les Européennes de la nouvelle génération ne sont pas dupes et semblent rejeter violemment le terme ‘féminisme’.

Il n’empêche que tôt ou tard, quand les femmes auront réalisé qu’elles ont des limites et ne peuvent cumuler les tâches et les rôles à l’infini, il faudra retourner au cœur du débat pour rallumer la flamme. Narcissisme et féminisme ne sont pas synonymes et il est grand temps d’innover. A l’aurore du 21ème siècle, les hommes comme les femmes devraient enfin se décider à progresser, ensemble, dans le sens d’un partenariat authentiquement égalitaire.

Crédit : ©diego_cervo/istock, ©The Weinstein Company, ©Simon Müller/flickr)©diego_cervo/istock)