Société

Si les médecins italiens se mettent à dénoncer les clandestins...

Article publié le 12 février 2009
Article publié le 12 février 2009
Une mesure a été votée au sénat italien le 5 février dernier dans le cadre du décret Maroni sur la sécurité : il « autorise » les médecins à dénoncer les immigrés sans papiers qui se rendent dans les hôpitaux pour se faire soigner. Un porte-parole de Médecins sans frontières se dit « bouleversé ».

Quand le ministre de l'intérieur, Roberto Maroni, de la Ligue du nord, disait début février qu'il fallait être « méchant avec les clandestins », il ne plaisantait pas. Le 5 février 2009, avec 156 voix pour et 132 contre, le Sénat a approuvé la mesure qui « autorise » les médecins à dénoncer les immigrés sans permis de séjour. Dans le même paquet, on trouve l'interdiction de la « burka », le blocage des flux migratoires pendant deux ans, le délit d'immigration clandestine et un impôt « à points » (comme pour le permis ?) sur le visa. Cette mesure prévoit en définitive de modifier le texte unique sur l'immigration qui jusqu’ à aujourd’hui « garantit l'accès aux structures sanitaires pour un étranger en situation irrégulière et ne peut comporter aucune espèce de dénonciation aux autorités, sauf dans les cas où un rapport est obligatoire, dans les mêmes conditions que pour un citoyen italien ». Rencontre avec Giorgio Contessi de Médecins sans frontières (MSF) Italie.

Que pensez-vous de cette « loi » ?

Nous sommes bouleversés. MSF est une organisation indépendante politiquement et pour cette raison, nous pouvons prendre position en Italie. Nous sommes bouleversés car, il faut le rappeler, les médecins ne sont pas obligés de « dénoncer » qui que ce soit : cette mesure crée un climat de peur chez les immigrés, surtout au moment où ils doivent décider de se rendre aux urgences ou non. Désormais, ils réfléchiront un bon moment avant de se faire soigner. Si par peur, ils ne se déplacent pas, leur maladie, peut-être bénigne, peut ensuite dégénérer.

Ce qui est préoccupant, c'est le risque de voir se développer des systèmes de santé parallèles, privés ou basés sur les différences ethniques…

Il s’agit pour l’instant d’une éventualité. Cette loi pourrait en effet entraîner un recours massif au privé. Elle crée une marginalisation sanitaire et, chose grave, elle force les médecins à faire quelque chose qui n'a rien à voir avec leur profession et qui viole le secret professionnel. C'est pour cela que MSF soutient, aux côtés de la Société italienne de médecine des migrations (SIMM), l'Association des études juridiques sur l'immigration (ASGI) et l'Observatoire italien de la santé globale (OISG), la campagne intitulée « Nous sommes des médecins et des infirmières, pas des espions » en espérant que le parlement et le sénat reviennent sur cette décision.

Nici Vendola a annoncé que les médecins « collabos » ne pourront pas signer l'accord de santé publique de sa région (les Pouilles). Qu’en pensez-vous ?

Encore une fois, notre indépendance politique est fondamentale : nous espérons qu'il n’y ait plus d'initiatives de ce genre à l’avenir dans notre pays.