Société

Sans gaz russe, Sarajevo a froid

Article publié le 9 janvier 2009
Article publié le 9 janvier 2009
Pâtissant de l’étrange bras-de-fer énergétique entre la Russie et l’Ukraine, les pays de l’ex-fédération yougoslave doivent faire face à une situation extrêmement précaire. Tandis que les températures négatives continuent de descendre, les réserves de gaz s’épuisent très rapidement.

Cinq heures à peine après que la Russie eut décidé de suspendre ses fournitures, la capitale de la Bosnie Herzégovine n’a déjà plus une goutte de gaz pour se chauffer. Pour la plupart des habitations privées, mais aussi pour les écoles, les hôpitaux et d’autres installations publiques, la situation reste précaire. Heureusement, environ 90 % des édifices utilisent d’autres combustibles tel que le fuel pour alimenter les chaudières collectives ou les équipements individuels. Malgré cette précaution, en raison de la rigueur de la température actuelle, alors que le thermomètre peut descendre jusqu’à -15° durant la nuit, les réserves risquent de s’amenuiser très rapidement. On estime pouvoir encore tenir 5 à 7 jours au maximum.

Pénurie de radiateurs à Sarajevo

« Si la situation perdure, cela va conduire à une catastrophe humanitaire »

Almir Becarevic, chef de BH-Gas (la compagnie de distribution du pays) lance un avertissement : « Si la situation perdure, cela va conduire à une catastrophe humanitaire. » Dans les maisons uniquement alimentées au gaz, les radiateurs restent froids depuis la nuit de mercredi. Ceux qui ne disposent ni d’un poêle au bois, ni d’une cheminée doivent donc se tourner vers l’électricité. La chaîne de supermarchés Robot qui disposait encore de 3000 radiateurs électriques en rayons au début de la semaine les a déjà tous vendus depuis mercredi après-midi. La BIH (la compagnie qui assure la production et la distribution du courant dans tout le pays) annonce avoir augmenté les fournitures d’environ 20 %.

En Serbie, Noël orthodoxe dans le noir

A Novi Sad dans le nord de la Serbie où 25 000 logements sont chauffés exclusivement au gaz, personne n’est en mesure d’estimer les réserves existantes. A première vue, c’est l’affaire de quelques heures seulement. 70 000 personnes risquent donc d’endurer bientôt des nuits très éprouvantes. Dusan Bajatovic, directeur de Srbijagas n’arrive pas à imaginer ce qui « se passera si le conflit énergétique présent n’est pas vite résolu. » A Belgrade et dans la majeure partie des villes du pays, la situation était en grande partie tout à fait normale. Il a été demandé aux gros consommateurs de se convertir à d’autres formes d’énérgie. En ce mercredi de grande froidure, la Serbie qui fêtait le Noël orthodoxe aurait tout de même pu espérer recevoir un plus beau cadeau de la part de son grand-frère russe.

Le Kosovo contre mauvaise fortune…

En Croatie où l’on estime pouvoir faire face à la pénurie durant une dizaine de jours, la situation semble meilleure. De son côté, la Slovénie qui dispose d’un dépôt en Autriche compte pouvoir résister pendant une bonne quinzaine de jours. Paradoxalement, le Kosovo considéré d’ordinaire comme le parent pauvre de l’ex-fédération yougoslave semblerait presque étonné devant cette situation de carence soudaine que vivent ses voisins. Ce qui fut longtemps un handicap pour ce petit pays tourne aujourd’hui à son avantage. En effet, la plupart des Kosovars contraints de s’adapter aux coupures d’électricité récurrentes ont pris la précaution de s’équiper de bouteilles de gaz individuelles ou de petits générateurs d’électricité alimentés au diesel.

L’auteur de cet article, Norbert Rütsche, est membre du réseau n-ost.