Société

Sahara occidental : une colonie oubliée

Article publié le 26 février 2007
Article publié le 26 février 2007
Le 27 février, le Sahara occidental célèbre ses trente ans d'indépendance. Le sort de cette ancienne colonie espagnole sans statut juridique, ne tient plus qu’à l’aide humanitaire.

Lorsque la nuit tombe sur la Hamada, un désert de pierre, l’air redevient enfin respirable. Des groupes de Sahraouis sont assis près de leurs tentes, parlant et riant entre eux. Y compris dans les lieux les plus inhospitaliers, comme l’hôpital central de Rabuni, un bâtiment modeste situé à proximité des sièges de différentes ONG internationales comme 'Médecins sans Frontières' (MSF) ou 'Pentalux'. Quatre camps de réfugiés sont implantés dans le désert algérien : ceux d’El Aaiun, Awserd, Smara, et Dakhla, nommés d'après des villes du Sahara occidental.

Depuis 1975, date de départ des Espagnols, le Sahara occidental, vaste territoire désertique n’a jamais obtenu de statut juridique. La zone est l’objet d’un conflit entre lesindépendantistes sahraouis et le Maroc. Reconnu autonome par une majorité d’Etats africains, la partie occidentale du Sahara qui borde la Méditerranée reste pourtant occupée à 80% par le Maroc.

Les quelque 160 000 Sahraouis aujourd’hui réfugiés dans le désert algérien n’auraient jamais survécu sans l’aide humanitaire internationale, coordonnée par des organismes spécialisés rattachés à l’ONU, tels que le Haut Commissariat pour les réfugiés (UNHCR) ou le Programme alimentaire mondial (PAM).

Ni d’ailleurs sans le soutien de divers collectifs solidaires indépendants et l’aide de donateurs individuels, comme ces familles membres du projet catalan ‘Vacaciones en paz’ qui permet chaque été à des centaines d’enfants sahraouis de partir en Espagne.

Par ailleurs, le peuple sahraoui reçoit également une aide des pays qui entretiennent des relations diplomatique avec le régime de la République arabe sahraoui démocratique, la RASD, comme Cuba, le Venezuela ou l’Algérie. Un apport financier qui reste néanmoins insuffisant.

Pour de nombreux sahraouis tributaires de l’aide internationale, il est impossible, faute de moyens, de tirer profit d’une culture extrêmement riche ou de richesses naturelles constamment exploitées par les autorités marocaines.

Un hôpital un peu particulier

Dans le petit hôpital de Rabuni, le personnel soignant procède à des interventions chirurgicales dans des conditions précaires. Acheminé depuis l’Europe par les différentes équipes médicales opérant à Rabuni, le matériel provient des dons collectés par les ONG implantées dans la région.

La caractéristique principale de l’hôpital de Rabuni reste sa grande cour intérieure. C’est là, à la lumière de la nuit, car dans le désert les nuits ne sont jamais vraiment obscures, que se retrouvent les malades et leurs familles. Ils s’installent à même le sol, comme si celui-ci était recouvert d’un immense tapis et qu'ils recevaient des amis pour le thé. Si, par hasard, un infirmier cherche un patient, il n'a qu'à demander, tous sauront où le trouver. Dans cette grande famille, où un infirmier, même s'il n'est de passage à Rabuni que pour la nuit, est immédiatement adopté par les malades, tout le monde se connaît.

Les chambres sont vides la plupart du temps : les patients préfèrent se reposer au soleil et profiter de la fraîcheur des nuits dans le désert.

Oubliés de tous

Aujourd’hui, les campements de réfugiés sahraouis connaissent une situation critique. Les réserves alimentaires sont épuisées depuis octobre 2006. Suite à une plainte déposée par la Croix Rouge sahraouie, l'AECI a fait un don d'un million et demi d'euros, l'ECHO (le service d'aide humanitaire de la Commission européenne), d'un million d'euros et le gouvernement finlandais, de 240 000 euros au PAM. Mais à la fin août, coup de théâtre, le PAM décide de ne pas renouveler l’aide alimentaire, conduisant à une dégradation de la situation.

Pour faire face à cette catastrophe humanitaire, la Croix Rouge a lancé un appel au Haut Commissariat aux refugiés des Nations unies pour faire pression sur la communauté internationale. En février 2007, les représentants des structures se rendent sur place pour constater l'état d'urgence. L’heure est à l’urgence et les Sahraouis gardent le sentiment d'avoir été oubliés par la communauté internationale.

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