Société

République tchèque : la jeunesse de droite sort de sa coquille

Article publié le 11 juin 2009
Article publié le 11 juin 2009
La nouvelle génération de la droite tchèque se lance dans la lutte politique. Ses armes : des œufs, des contacts Facebook, le tout relevé d'un soupçon d'idéologie. Le résultat ? Une grande omelette d’idées, mêlant anticommunisme, libéralisme, soutien au Tibet, mais aussi à Israël. Le mot d'ordre : on ne fait pas de révolution sans casser d'œufs. Beaucoup d'œufs.

Une personnalité politique s'expose à la contestation populaire. C'est normal. Les manifestations de protestation étudiante contre les gouvernements Sarkozy, Berlusconi ou encore Karamanlis sont fréquentes. En République tchèque, jusqu’à présent, les jeunes s’étaient montrés assez peu politisés. Par exemple, la manifestation contre la guerre en Irak avait rassemblé moins de 1 500 personnes place Venceslao.

(Matteo De Simone)La brutalité politique de la campagne électorale a cependant amené les tensions sociales à un point jusqu’alors inédit en République tchèque. Des trombes d'œufs se sont ainsi abattues sur le parti d'opposition social-démocrate, le ČSSD, et en particulier sur son secrétaire général, Jiři Paroubek, pointé du doigt pour son arrogance et son populisme. Non qu'il soit le seul. L'arrogance et le populisme ne manquent pas non plus à l'ODS, le parti conservateur majoritaire, ultra-médiatique. Mais habituellement, ces travers lui sont pardonnés, même quand l’ex-premier ministre se laisse aller à un doigt d’honneur ou lorsqu’il qualifie son adversaire, sur les affiches électorales, de « laid et méchant ». Jusqu’à ce que…

Les hostilités ont été ouvertes en mai 2009, relayées par Facebook, et se sont transformées en véritable mode, au point que le groupe de réseau social des jeunes de droite a atteint le chiffre impressionnant de 52 000 membres. Mais qui sont-ils ? Des jeunes tout ce qu'il y a de plus normaux, un groupe hétérogène rassemblant des rastas aux pantalons larges et des ados qui immortalisent leurs faits d'armes sur leur portable, sans oublier les membres de la « blue team » de l'ODS. Ils se déclarent de droite, anticommunistes et (néo)libéraux, ils soutiennent le Tibet mais également Israël, beaucoup sont pro-américains et presque tous sont favorables à la création des taxes universitaires et sanitaires figurant au programme de l’ODS.

Laissez-faire capitaliste

(Matteo De Simone)Mais ce qui les lie fondamentalement, c'est leur rejet sans appel de la gauche. C'est la génération des jeunes Tchèques de moins de 25 ans. Ils sont peu nombreux à s’intéresser à la politique, ils n’ont pas connu le communisme et ne craignent pas les raccourcis idéologiques. Ainsi, peut-on lire sur une banderole : « sociaux-démocrates = communistes ». « Ils n’ont aucune idée de ce qu'il s'est passé en 1989, ne parlons même pas des événements de 1968 », déplorent Jan et Robert, l’un membre des jeunes sociaux-démocrates et le second sympathisant de l’ODS, mais tous deux opposés à ces « actions violentes et impulsives ». 

Tout ceci pourrait sembler étrange à un jeune Allemand, Italien, Français ou Espagnol, habitué à descendre dans la rue pour des raisons radicalement opposées. Il ne faut cependant pas oublier que, dans un pays où la rhétorique anticommuniste reste d’actualité et où l'histoire doit être envisagée selon des éclairages différents, il est normal de confondre la révolution de Velours avec un laissez-faire capitaliste inspiré des pratiques occidentales.

Le point critique a été atteint à Prague, le 27 mai dernier. Ce jour-là, les discours du ČSSD ont été constamment interrompus par des jets d'œufs par centaines et des invectives. L'ensemble de la classe politique a condamné ces incidents et les jeunes ont fini par refermer la campagne en brandissant une banderole où l’on pouvait lire : « On laisse les œufs et on va voter »… pour la droite. Qui, de son côté, se prépare sans doute à fêter sa victoire autour d’une bonne omelette.