Société

Réfugiés : la Grèce rejetée au large 

Article publié le 29 janvier 2016
Article publié le 29 janvier 2016

Un nombre croissant d'États membres menacent d'exclure la Grèce de l'espace Schengen si celle-ci continue de laisser les réfugiés pénétrer sur son territoire. Mais de l'avis des éditorialistes, Athènes n'est pas coupable. Alors où est-il ?

Ethnos - Grèce : balayer devant sa porte

Les partenaires européens feraient mieux de balayer devant leur propre porte, écrit le quotidien libéral Ethnos : « Ceci vaut surtout pour les partenaires européens, qui affirment que ce problème ne regarde que nous et que nous avons échoué à le gérer. Ce problème concerne tous les membres de l’UE, et seule une action et une coopération communes peuvent aboutir à une solution. Il est certain que nous devrions être plus rigoureux vis-à-vis de certaines de nos obligations. Mais l’UE devrait elle aussi être plus efficace dans la planification et la mise en œuvre. … Si ces conditions étaient remplies en temps voulu, on pourrait éviter beaucoup de choses. L’UE n’ayant pas réussi à amener la Turquie à honorer ses engagements, il faut commencer à chercher les responsables à Bruxelles. Ou à Berlin.» (26 janvier 2016)

Dennik N - Slovaquie : le noeud turc

Les quatre États du groupe de VisegrádTchéquie, Pologne, Hongrie et Slovaquie – se sont joints au concert de remontrances adressées à la Grèce, pour sa supposée incapacité à refouler les réfugiés. De son côté, le quotidien libéral Dennik N blanchit Athènes, et voit plutôt le nœud du problème en Turquie : « La Grèce ne peut arrêter les réfugiés, pas parce qu’elle en est incapable, mais en raison de ses frontières maritimes. Tout ce qu’Athènes pourrait faire serait de torpiller les embarcations de réfugiés avant de ramasser les cadavres sur les plages. La marine grecque a beau être puissante, sa mission première ne peut être que de sauver des réfugiés. Sans le consentement de la Turquie, elle ne peut même pas reconduire les réfugiés sur la côte asiatique. La Turquie, pour sa part, ne manifeste aucun intérêt à coopérer, son seul souci étant de se débarrasser des réfugiés. » (27 janvier 2016)

The Daily Telegraph - Royaume-Uni : écraser pour mieux régner ? 

La pression actuellement exercée par la France, l’Allemagne ou la Belgique sur la Grèce en matière de surveillance des frontières est tout à fait caractéristique du comportement des pays centraux de l’UE, estime le quotidien conservateur The Daily Telegraph : « Ce n’est pas la première fois ces dernières années que l'UE révèle sa nature impérialiste. Pendant la crise financière, les États membres affaiblis comme la Grèce et le Portugal avaient été sanctionnés pour avoir bafoué les règles plafonnant la dette et l’emprunt, règles que des pays comme la France et l’Allemagne avaient eux-mêmes enfreintes en toute impunité. … La tendance dominante au sein du noyau dur de l’UE est troublante pour quiconque apprécie la démocratie. Or cette attitude intervient alors même que la Grande-Bretagne s’interroge sur ses futurs liens avec l’UE. Pour que ces relations soient acceptables aux yeux du peuple britannique, il faudra préserver et respecter la souveraineté du pays. De ce point de vue, la réponse européenne à la crise des réfugiés n’est pas de bon augure. » (26 janvier 2016

Deutschlandfunk - Allemagne : pression stérile

Augmenter la pression sur la Grèce ne suffira pas à réduire le nombre de réfugiés en route vers l’Europe, selon le site de la radio publique Deutschlandfunk : « La Grèce bénéficie à présent d’aide, mais elle doit aussi s’attacher à remplir son contrat avec un peu plus d’ardeur. Actuellement, Athènes ne déborde pas de zèle pour retenir les demandeurs d’asile, qui affluent vers le nord sans contrôle et sans enregistrement. Les allusions - qui pourraient être plus subtiles - de certains pays de l’UE qui menacent de bouter la Grèce hors de Schengen si rien ne change ou si les choses changent trop lentement, augmentent la pression sur le pays. … Mais même si elle fonctionnait parfaitement, la frontière extérieure grecque ne pourrait remplir sa fonction qu'à deux conditions : premièrement, que la Turquie ne laisse pas entrer en Europe quiconque le souhaite et qu’elle reprenne, le cas échéant, les demandeurs d’asile déboutés. Et deuxièmement, que les demandeurs d’asile soient répartis équitablement dans l’UE. »  (26 janvier 2016)

Delo: la Grèce, victime collatérale 

L’UE rejette désormais la responsabilité de son propre échec sur la Grèce, déplore le quotidien de centre-gauche Delo : « Comme si dans la crise des réfugiés, la Grèce, appelée à gérer des tragédies humaines, devenait le bouc émissaire de l’incapacité de l’ensemble de l’UE. Si Schengen est au bord de l’explosion, ce n’est pas parce que la Grèce, pays comparativement petit, n’arrive pas à endiguer l'afflux historique de réfugiés. Si l’Europe risque de perdre l’un de ses plus grands acquis depuis la guerre, on le doit aussi à l’UE. Celle-ci n’est pas prête à mettre en œuvre une solution globale qui prévoit d’aider les réfugiés directement au Proche-Orient et de répartir le fardeau entre les différents pays de l’UE. » (26 janvier 2016)

Corriere della Sera - Italie : l'Europe a si vite oublié

Demander aux pays d’Europe méridionale de « colmater » leurs frontières maritimes est aussi inhumain qu’insensé, fulmine le quotidien libéral conservateur Corriere della Sera : « Il paraît bien loin, le petit corps sans vie d'Aylan Kurdi, retrouvé en septembre sur une plage de Bodrum, en Turquie. Fini, l’onde d’émotions que ce sacrifice symbolique avait provoqué en Europe et fini, également, l’invitation généreuse lancée par Angela Merkel à un nombre illimité de réfugiés syriens. Aujourd’hui, bien que des enfants meurent par dizaines en mer Egée, la chancelière a dû changer de ton. Or la voie privilégiée désormais, en plus de ressembler beaucoup à une condamnation définitive de Schengen, semble injuste vis-à-vis de l’Italie et de la Grèce. L’Allemagne et l'Autriche, si elles le désirent, peuvent rétablir les contrôles à leurs frontières terrestres. Mais que devraient donc faire l’Italie et la Grèce, face à une embarcation en train de couler et remplie d’êtres humains qui tentent de rallier leurs côtes ? Rejeter l’esquif, au motif que Schengen a été suspendu ailleurs, et laisser les réfugiés se noyer ? »  (26 janvier 2016)

__

Cet article est publié en partenariat avec euro|topics