Société

Réfugiés en Europe : les valeurs contre la douleur ?

Article publié le 4 décembre 2015
Article publié le 4 décembre 2015

[OPINION] Il est partout et il va durer. Ces derniers jours, le sujet de la crise des réfugiés domine l'actualité, les écrans d'ordinateur et les conversations. Mais comment la vague d'immigration peut-elle s'avérer être une menace pour les valeurs européennes ? Et non, ce n'est pas ce que vous croyez.

Alors que certains pays utilisent la crise des réfugiés pour flatter leur penchant humaniste en accueillant les réfugiés dans les pays économiquement prospères comme l'Allemagne et la Suède, d'autres paniquent et collent l'étiquette de « bien-pensant », de « libéraux de gauche » ou de « romantiques désespérés » à leurs compatriotes. Les mêmes, qui déclarent que les réfugiés viennent profiter des systèmes avantageux de protection sociale des États de l'Europe occidentale, et propager la charia.

En outre, on note une distinction entre les vrais réfugiés - qui fuient la guerre en Syrie, et ont en général un statut plus positif - et les réfugiés venus des « pays sûrs » - les Balkans par exemple - plutôt reconnus comme des migrants économiques. Paraît-il que les derniers se reconnaissent de loin, se caractérisent par leur avidité pour l'argent, et font route pour voler le contribuable allemand jusqu'à son dernier centime pour financer leur séjour au paradis.

De quoi avons-nous tellement peur ?

Ouvrons la boîte de Pandore et essayons de répondre à cette question. De l'islam ? Du nombre trop élevé d'étrangers dans nos pays ? De la perte de notre identité nationale ? D'avoir moins d'argent ? D'une perte croissante de la souveraineté de l'État ? La liste est longue. Derrière tout cela, une autre crainte se fait jour : les Européens ne seraient-ils pas aussi unis que nous le pensions ?

Ce n'est pas un secret que la crise actuelle des réfugiés est une situation extrêmement difficile pour les membres de l'UE. Sans stratégie officielle, sans politique ni aucun réel travail d'équipe, il semblerait que nous ne tenons pas nos promesses européennes, nous souciant davantage de solutions nationales que de politique transfrontalière.

Jusqu'ici, la plupart des réfugiés sont en route pour la Suède et l'Allemagne et, naturellement, ces pays sont submergés par l'immense afflux d'arrivants. C'est aussi le cas dans les « zones de transit » entre ces États et les frontières de l'UE. De nombreuses personnes en Allemagne sont consternées en voyant que leur pays doit encore soutenir le reste de l'Europe, et présument que la majorité des réfugiés choisissent de risquer leur vie afin d'atteindre l'Allemagne réputée pour son statut de puissance économique.

Toutefois, selon Andreas Lipsh,  président de Pro Asyl,  groupe allemand défenseur des droits de l'homme, nous oublions souvent que la plupart des réfugiés syriens veulent venir en Allemagne à cause de sa grande communauté syrienne qui s'épanouit dans le pays, depuis bien avant la guerre civile. C'est pour la même raison que les migrants de la République démocratique du Congo essayent de venir en France. Quand on a de la famille dans un pays étranger, c'est préférable de les rejoindre plutôt que de survivre seul.

Les valeurs européennes sont-elles en crise ?

Nous devons nous rappeler que cela ne sert à rien de se lancer des accusations. Alors que l'Allemagne débat sur le statut du « vrai » réfugié qui mérite l'asile, ou bien panique en imaginant que cela pourrait porter préjudice au pays, nous ne perdons pas uniquement de l'argent, du temps et de l'énergie, mais nous contribuons à la perte d'encore plus de vies.

En outre, il est contre-productif  de soutenir des politiques qui ne fonctionnent pas -comme l'accord de Dublin. Si nous suivions ces lignes directrices, nous obligerions les réfugiés à rester dans les pays où ils sont arrivés comme la Grèce et l'Italie. Inutile de préciser que ces pays devraient supporter la totalité de la charge de l'alimentation, de l'assistance médicale et de l'hébergement de tous les réfugiés arrivant dans ces pays déjà économiquement en difficulté.

La crise des réfugiés est en train de devenir une menace pour les valeurs européennes, justement parce qu'elle les remet en question. Le projet européen devrait éradiquer le potentiel de guerre, améliorer la communication et la coopération sur les questions politiques, économiques et sociales, et canaliser notre diversité vers une position unie. Ce dont nous avons été témoins ces derniers mois suggère que soit nous ne sommes pas prêts à vraiment agir en tant qu'union, ou que la solidarité diminue en cas de crises transfrontalières.

Ces valeurs ne devraient pas être traitées comme des bijoux de valeur que nous porterions seulement dans des occasions spéciales. Si l'Europe veut continuer d'être et de devenir une union plus forte, alors nous ne pouvons pas laisser ces épreuves aboutir à des visions solitaires et nationalistes. Comme dans le mariage, les valeurs européennes devraient se maintenir pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la maladie comme dans la force.

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Cet article fait partie du projet East Side Stories qui a vocation à déconstruire les clichés à l'endroit de l'Europe méridionale et donc d'éviter de sombrer dans le côté obscur de la force.