Société

Réfugiés, déplacés, welcome to the Hotel Abkhazia

Article publié le 30 novembre 2011
Article publié le 30 novembre 2011
La récente vague d’expulsions des réfugiés abkhazes ou des « personnes déplacées » dans la capitale géorgienne Tbilissi provoque l’indignation des associations de droits de l’homme.

Liziko Kaulashvili n’est pas une réfugiée. Elle est une « personne déplacée», un terme plus politiquement correct utilisé en Géorgie pour décrire les milliers de personnes comme elle qui ont été expulsées des enclaves séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud depuis l’indépendance du pays en 1991. Liziko vient de Chkinvali en Abkhazie. Après le conflit Géorgie-Abkhazie, elle a quitté la région et s’est installée à Tbilissi avec ses deux jeunes enfants. Depuis 1991, l’hôtel Abkhazia est devenu sa maison. Malgré la pauvreté, vivre ici était « plutôt confortable », comme elle le rappelle. Sa famille partageait quatre chambres, et il y avait l’électricité, le chauffage et une école publique près de l’hôtel. Liziko parvenait aussi à établir des liens avec ses voisins.

Hôtel Abkhazia

Depuis le début du conflit avec les provinces séparatistes en 1992-1993, plus de 250 000 personnes ont été déplacées d’Abkhazie. Une majorité d’entre elles a trouvé un abri dans la capitale géorgienne, selon les statistiques du bureau du médiateur public. La première vague de replacement des « réfugiés » abkhazes a débuté en juillet 2010. Les réfugiés abkhazes qui vivaient dans la ville durant ces dernières années, occupant illégalement des bâtiments publics ou privés, ont été expulsés. Comme un nombre de bâtiments « occupés » étaient la propriété de l’État, le gouvernement géorgien fut exhorté par les normes internationales de leur fournir des « logements alternatifs ». Selon l’organisation non-gouvernementale, Amnesty International, « quand un retour sûr n’est pas immédiatement possible, le gouvernement doit appliquer des mesures visant à intégrer des familles déplacées au sein de communautés locales et en leur fournissant des logements adéquats et l’accès aux moyens de subsistance afin de renforcer leur autonomie et leur capacité au retour volontaire. »

Dans le cas d’une occupation d’un bâtiment privé, une personne déplacée devait choisir entre deux options : un logement alternatif ou 10 000 dollars en espèces. « Tôt ou tard le processus de replacement devrait commencer. La décision du ministère était absolument compréhensible, mais nous pouvons avoir des doutes sur les moyens et les normes dans lesquels cela a été fait », souligne Nino Qusikashvili, le coordinateur du programme au bureau du médiateur public. En août 2011, Liziko et environ 700 autres personnes furent expulsées de l’hôtel Abkhazia. Liziko reçu seulement des informations sur le second « processus de replacement » deux jours auparavant. « Tôt le matin, mon petit-fils, mon fils, mon mari de 70 ans et moi avons été jetés dans la rue sans savoir où nous allions », dit-elle.

Échanger une ville contre un village

« Un logement adéquat n’est pas seulement un espace, un plafond ou un sol »

La plupart des personnes déplacées ont refusé le « logementalternatif » proposé par le gouvernement géorgien. La majeure partie est destinée à être relogée hors de la capitale Tbilissi ou dans des régions rurales, où le taux de chômage est extrêmement élevé. Liziko insista sur son droit à rester dans cette ville. Elle justifie son choix. « A Rustavi (au sud-est de Tbilissi), tout me sera étranger. Sans amis, parents et d’autres proches, je ne peux compter sur personne pour obtenir de l’aide. Il y a peu de chance que mon fils obtienne un emploi, changer d’école serait également stressant pour mon petit-fils. » Nino Qusikashvili comprend mais défend le problème. « Un logement adéquat n’est pas seulement un espace, un plafond ou un sol – ce qui signifie aussi accéder aux services médicaux ou avoir des possibilités d’emploi. Ce critère n’a pas été anticipé par le ministère », regrette-elle. « C’est pour cette raison que la plupart des expulsés ont préféré rester sans logement dans la ville plutôt que partir en province ». Le bureau du médiateur public a déclaré dans son rapport annuel : « Les régions rurales ne sont pas acceptables pour eux à cause du niveau de vie inadéquat. »

S'imaginer une vie.

En septembre, une manifestation a eu lieu à Tbilissi devant le conseil de l’Europe pour protester contre l’injustice de la situation. « Quelques progrès ont été accomplis en comparaison à la situation en 2010 mais des améliorations restent à faire », déclare Caterina Bolognese, chef du conseil de l’Europe dans la région qui regardait avec attention le processus. En attendant, après avoir vécu pendant un mois dans un garage, Liziko a trouvé un hôtel. C’est un abri temporaire avant l’hiver, alors qu’elle espère trouver un « logement plus permanent ».

Par Mariam Jachvadze et Elvira Abdullayeva. Il s’agit du second épisode de la série d’articles publiés cet automne par les partenaires de cafebabel.com, EuroCaucasus News. Le projet de journalisme multimédia et européen est organisé par Canal France International (CFI). Pour plus d’informations consulter le blog.

Photos: Une (cc) Argenberg/vascoplanet.com/; Souvenir de guerrre (cc)  Anael Raziel; Rustavi (cc) cinto2/acity.free.fr/; toute de la courtoisie de Flickr/ vidéos (cc) Arshaluis Mghdeshan, Elvira Abdullayeva and Mariam Jachvadze d'EuroCaucasus News