Société

Racisme et discrimination: les travailleurs immigrés en difficulté à Bruxelles

Article publié le 3 mars 2010
Article publié le 3 mars 2010
Dans la région de Bruxelles-Capitale, la discrimination à l'embauche est une réalité quotidienne. En ces temps de marasme économique, la diversification ethnique n’est plus une priorité pour les entreprises. Une difficulté de plus pour l'intégration en Belgique...

Les immigrés sont les premières victimes sur le marché de l’emploi et dans une ville typiquement cosmopolite comme Bruxelles, le problème concerne de nombreux habitants.  En effet, ville d’immigrés, Bruxelles accueille essentiellement des migrants ressortissant des pays membres de l’UE; les Marocains et les Turcs (7% et 12% de la population immigrée en Belgique) n’arrivent que loin derrière les Italiens, les Français et les Néerlandais. Si le taux de chômage est déjà 2,5 fois plus élevé pour les immigrés en général, il l’est 4 fois plus pour les étrangers non-européens ! En novembre 2008, la Belgique s’était déjà fait tirer les oreilles par les experts de l’OCDE, selon le quotidien la Libre Belgique, détentrice du plus faible taux d’emploi des femmes immigrées non-européennes parmi les pays de l’OCDE. Michaël Privot, responsable du réseau européen contre le racisme (Enar), l’affirme : « Les patrons, à diplôme et compétences égales, ont tendance à choisir les nationaux d'abord. » En 2002, un pacte social pour l'emploi a été signé par les partenaires sociaux et le gouvernement. Depuis lors, le recrutement des employés doit être le reflet de la diversité citoyenne… Pourtant la situation sur le terrain est différente.

Refléter la diversité

Journée pour un travail décent, BruxellesPour résoudre la discrimination à l’embauche, et dans une dynamique d'intégration, de nombreux spécialistes se disent favorable à l'instauration de quotas d'embauche d'étrangers dans les entreprises. Pour François Haenecour, juriste pour le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX), ces mesures légales ne sont pas suffisantes : « Il faut changer les mentalités dans la société en général. Aujourd'hui, notre époque est marquée par une perte de repères et de valeurs. Alors les minorités qui sont de plus en plus visibles sont accusées de tous les fléaux modernes. Ils "prennent" le travail, profitent des allocations... Autant de préjugés qui se sont accentués après les attentats du 11 septembre. » Myriam Gérard, secrétaire générale de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC) à Bruxelles, se bat aussi contre les stéréotypes. Avec un taux de syndicalisation de 70 %, les fédérations de travailleurs ont un poids très fort sur le terrain. Des formations sont organisées dans l'enceinte des entreprises pour lutter contre l'exclusion des migrants : « On entend souvent dire que ce sont des glandeurs, pourtant, dans les sociétés de propreté, les listes d'attentes s'allongent. »

La barrière du bilinguisme

Souvent moins qualifiés, les immigrés postulent dans des secteurs déjà précarisés (ils sont manœuvres, commis de cuisine ou ouvriers...) La région, ancien bastion industriel, ne propose pas assez d'emplois qui pourraient réduire le chômage de ses habitants les moins bien qualifiés. A contrario, avec les administrations publiques, nationales et internationales s’installant dans la capitale, le secteur tertiaire s’est considérablement accru et représente désormais 47 % de l’offre. Mais rare sont ceux qui gravitent autour de ces sphères élitistes et qui profitent de l’internationalisation de Bruxelles.

D'un autre coté, la majorité des 20-35 ans, sous-qualifiée, peine à s'intégrer dans la société belge par le travail comme l'avaient fait leurs parents. « C'est une génération perdue, condamnée à l'exclusion. Il faudrait quasiment un plan Marshall à la formation !» vitupère Michaël Privot. Une grande partie de la population immigrée qui a suivi une éducation francophone, souffre d'un déficit de compétence linguistique. Un handicap dans cette région-capitale, officiellement bilingue, français / néerlandais et où l'anglais se parle couramment. « La langue est très importante car le milieu du travail est fortement contrôlé par les flamands », souligne Myriam Gérard.

Parfois, même une fois le Graal de l'emploi atteint, les discriminations persistent. « Ça fait huit ans que je travaille pour mon entreprise, s'exclame un Marocain, employé dans une société de service, j'ai galéré presque trois ans pour trouver ce boulot et désormais, il m'est encore difficile de grimper les échelons. »