Société

Procès Breivik : coup d’épée d’Oslo ?

Article publié le 17 avril 2012
Article publié le 17 avril 2012
Anders Behring Breivik, accusé pour meurtres, a plaidé « "non coupable »" à l'ouverture de son procès lundi à Oslo et évoqué la légitime défense. Il avait tué 77 personnes au total en juillet dernier lors d'un véritable massacre.
Pour les commentateurs, l'Etat de droit norvégien doit malgré tout traiter correctement l'accusé, tout en évitant que Breivik ne transforme le tribunal en tribune politique.

Tages-Anzeiger – Suisse : le droit de savoir 

La Norvège doit garantir à Anders Breivik ses droits malgré les actes qu'il a commis et ne doit pas lui interdire de s'exprimer, estime le quotidien libéral Tages-Anzeiger : « Faut-il donner à Breivik cette tribune sur laquelle répandre ses horreurs devant un public international ? Avec pour effet de raviver la douleur des proches des victimes ? Oui, il le faut. Ceci est désagréable au plus haut point et donne le dégoût. Mais le principe selon lequel la puissance et la maturité d'un État se révèlent dans sa façon de traiter les plus faibles prévaut ici aussi, et même tout particulièrement. Il est clair que Breivik s'est mis en scène comme maître à penser, juge, vengeur et instrument d'une folle idéologie. Il se voit lui-même comme un monument de force et de violence. Mais il est faible en réalité, maladivement aveuglé et privé de toute humanité. … Un Etat de droit très sensible doit d'autant plus veiller à traiter correctement un tel accusé et lui garantir tous les droits qui lui reviennent. »

(Article publié le 17.04.2012)

Pražský deník - République tchèque : Juger un monstre

L'État de droit démocratique ne montre pas de faiblesse quand il autorise l'audience d'un grand meurtrier présumé, estime le quotidien libéral Pražský deník, après l'ouverture du procès d'Anders Breivik : « Il est en fait totalement absurde que le tribunal doive prouver à qui que ce soit la culpabilité de celui qui a tué 77 personnes, qui l'avoue de surcroît et ne montre aucun repentir. Les Norvégiens se sont forgés leur opinion sur ce monstre humain depuis longtemps. La seule chose qui compte pour eux c'est que Breivik reste sous les verrous. Mais dans un monde civilisé, un procès ordinaire est de mise pour que l'accusé puisse avoir le droit de se défendre. Traiter correctement un bourreau peut faire apparaître les faiblesses du système qui a été attaqué par des individus de l'acabit de Breivik. Mais en réalité, la démocratie doit être suffisamment solide pour élucider une telle cruauté de manière expérimentée et impartiale. »

(Article publié le 17.04.2012)

NRC Handelsblad - Pays-Bas : l’Anders et l’endroit

Le procès contre le meurtrier présumé Anders Breivik ne doit pas se transformer en tribune pour ses idées, met en garde le quotidien libéral NRC Handelsblad : « Il s'agira avant tout de savoir si Breivik peut se servir du tribunal comme d'une scène politique et médiatique. Il plaide non coupable et ne montre aucune empathie pour ses victimes. Il se présente comme un soldat au front, qui a tué par légitime défense des dizaines de jeunes sociaux-démocrates car ceux-ci auraient entrepris certaines choses en collaboration avec l'iIslam. … Le meurtrier va utiliser le procès pour continuer à saper le système juridique, mais désormais avec des mots plutôt que des armes. Breivik peut faire entendre son message sur la guerre contre l'islam ou le multiculturalisme, dans l'espoir de ne pas rester un 'loup solitaire' et d'attirer des partisans sur son chemin de croix. Cela va exiger l'impossible de la part des juges, de ses avocats, des survivants, des politiques et des médias de masse en Norvège comme ailleurs. »

(Article publié le 16.04.2012)

The Times - Royaume-Uni : ne pas déposé la marque Breivik

Breivik s'est montré provocateur dans la salle du tribunal, exécutant des gestes guerriers et n'affichant aucun repentir. Il ne faut pas laisser de place à cette autopromotion, met en garde le quotidien conservateur The Times : « Avec des moyens politiques normaux, Breivik n'aurait jamais obtenu une telle attention publique pour ses opinions malfaisantes. Et il ne doit pas non plus l'obtenir grâce à un massacre. Ce serait un affront vis-à-vis des victimes et un risque public si d'autres extrémistes en colère se sentaient encouragés à imposer leurs objectifs avec des moyens semblables. Il y aura en Norvège une intense remise en question pendant ce procès. On défend les valeurs d'une société particulièrement tolérante en les appliquant aussi à Breivik. Mais les obligations à son égard s'arrêtent là. »

(Article publié le 16.04.2012)

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