Société

Premier écovillage de Moldavie : un quartier branche

Article publié le 27 avril 2015
Article publié le 27 avril 2015

Un couple multiculturel est en ce moment en train de travailler à la construction du premier écovillage de la République de Moldavie et espère non seulement que le concept s’étendra dans un futur proche, mais aussi que l’attention se concentrera à nouveau sur les forces de ce pays d’Europe du sud-est : sa nature et son agriculture.

Il y avait au départ des regards et des bavardages étonnés. Mais Liliana Botnaru et son mari David Jesse s’y sont habitués depuis longtemps. Maintenant tout le monde les connaît ici, dans le village moldave de Riscova. L’américain David est arrivé en 2003 dans la République de Moldavie en tant que volontaire du Peace Corps (Corps de la Paix, en français) et a décidé de rester. Il est aujourd’hui, avec Liliana, le fondateur du premier écovillage de la région.

En collaboration avec d’autres rêveurs, le couple bricole une communauté verte faite de roseau, de bois et de terre glaise. Ces matériaux sont non seulement plus avantageux en terme de coûts, mais aussi plus respectueux de l’environnement que le béton et plus sains que l’amiante. Malgré cela, la jeune famille ne veut pas s’isoler de la société et vivre une vie d’ermite. Leur but est aussi de montrer aux autres comment on peut reconsidérer et réduire sa consommation et ce que ça signifie de vivre durablement.

Un contrat générationnel … en vert !

« À un certain moment, nous nous sommes demandés : que laissons nous réellement à nos enfants ? Dans la Grèce antique il y a avait une coutume qui voulait que l’on plante un olivier, de manière à ce que même la septième génération puisse encore en ressentir les effets. Actuellement, tout le monde est malheureusement focalisé sur ici et maintenant. Personne ne pense à ce que nous laissons aux générations futures », dit Liliana.

La jeune famille vivait depuis plusieurs années dans la capitale moldave Chisinau. Mais elle remarqua rapidement que ses trois enfants ne s’y sentaient pas bien. Il y a bien trop de place pour jouer dans un appartement de grande ville. S’y ajoutait toutes sortes d’allergies. C’est pourquoi l’idée d’avoir un mode de vie alternatif devint rapidement réalité. 

Liliana et David ont mûrement réfléchi à leur projet « Ecovillage Moldova » : « Nous avons d’abord visité des écovillages à l’étranger et pensé que nous aussi, nous pouvons le faire », se souvient Liliana. Il ne s’agit pas non plus de se retirer pour vivre une idylle. La famille veut à tout prix s’intégrer dans la vie du village pour plusieurs raisons : l’accès à l’école, à la maternelle, aux installations sanitaires, à l’électricité et à l’eau potable en font partie. 

Ce qui est encore plus important pour Liliana, c'est le contact humain avec la communauté : « Nous voulons partager nos connaissances et nos découvertes. De plus, nous nous réjouirions de pouvoir profiter des expériences des gens qui ont toujours vécu ici. Certains villageois nous ont déjà pris sous leur aile, d’autres sont tout simplement curieux. Nous ne voulons pas tout recommencer à zéro, mais simplement faire un pas vers une vie plus respectueuse de l’environnement. »

« On travaille activement à la maison passive »

Les travaux de construction ont débuté l’été dernier dans le village de Riscova. Et cet été, l’éco-communauté ouvrira ses portes à deux nouvelles familles. Les maisons passives du village – ce sont des maisons qui sont si bien isolées qu’elles ne nécessitent pas de chauffage conventionnel – offrent plusieurs avantages : elles conservent la chaleur en hiver et rafraichissent les locaux en été.

Du bois a été utilisé pour la charpente, les murs sont faits de roseaux, de l’isolant écologique se charge de l’isolation, les murs intérieurs sont fabriqués avec du sable et du foin et les murs extérieurs avec de la chaux et du sable. Tous ces matériaux sont financièrement avantageux, mais ils nécessitent cependant de l’entretien et une certaine connaissance préalable. À 50 mètres de la maison, un atelier est déjà prêt à accueillir des ateliers sur « les constructions respectueuses de l’environnement » et sont destinés à tous les intéressés.

David, le premier propriétaire d’une telle maison naturelle, veut être un modèle pour les Moldaves. Il dit que les gens ici sont intelligents et qu’ils sont capables d’entreprendre des choses, mais que parfois, il ne manque plus que la motivation : « Je pense que c’est ma responsabilité de montrer le bon exemple. Nous ne voulons en aucun cas mettre en œuvre des idées importées, avec des technologies et de l’argent importés. Nous serions complètement enthousiasmés et heureux, si les gens décidaient de nous imiter ».   

D'après David, on peut très bien vivre en Moldavie. Malheureusement, nombreux sont ceux qui ne font que se demander où mènera le prochain voyage : en direction de l’Union européenne ou plutôt dans le coin de la Russie ? Une perspective pro-moldave ne se fait pas vraiment sentir. La désignation stéréotypée du type « La Moldavie, pays le plus pauvre d’Europe » n’est pas non plus forcément bonne pour l’estime de soi des locaux. La faible industrie et les mines à peine existantes sont cependant vues par les adeptes de l’écologie comme les grands avantages de la Moldavie : « Nous n’avons pas de pétrole ou de montagnes débordantes de ressources minérales. Notre richesse est l’agriculture et les gens qui vivent ici. Et il en est très bien ainsi ! »    

« Savoir apprécier ce que l’on a et voir une possibilité dans chaque obstacle ». Voilà la devise de la jeune famille. Pour certains, la « construction responsable et l’habitat en communauté » ne sont que de belles paroles, pour Liliana et David il s’agit d’une utopie qui va bientôt prendre vie : « Nous emménagerons déjà en août. Passez nous voir ! ».