Société

Pirates : l'opération Atalante est lancée

Article publié le 9 décembre 2008
Article publié le 9 décembre 2008
Plus d'une centaine de navires ont été attaqués par des pirates somaliens depuis le début de l'année. L'UE a décidé d'envoyer des frégates pour sécuriser les routes maritimes de l'océan indien.

Le 20 avril dernier, le thonier espagnol Playa de Bakio et son équipage étaient pris en otage au large des côtes somaliennes. Ils ont été libérés six jours plus tard, grâce à l’intervention du gouvernement espagnol. A en juger par la multiplication des attaques dans cette région du monde, il ne s’agit pas d’un cas isolé : le 4 avril, c’est au tour du yatch Ponant d’être victime d’une attaque du même type dans les eaux du golfe d’Adén, le gouvernement français ayant déclenché une intervention militaire pour libérer ses ressortissants. Toutefois, ces actes illicites ne se limitent pas aux seuls Etats européens. Le lundi 23 avril, l’Emden, un bâtiment de guerre allemand s’est porté au secours d’un pétrolier japonais, le Takayama, attaqué par des pirates au large des côtes somaliennes…

Pirates version 2008

Trois exemples en un mois : si les pirates modernes ont troqué sabres et jambes de bois contre des GPS, ils n’appartiennent pas pour autant au passé. En plein 21e siècle, l’archétype du féroce chasseur de trésors longtemps magnifié par toute une mythologie cinématographique n’offre plus la même image. Sa réapparition a pourtant de quoi surprendre et choquer. Aujourd’hui, les pirates ont troqué leurs vieux sabres et leurs bandeaux sur l’œil contre des outils technologiques de pointe. On ne passe plus à l’abordage sans GPS ! Côté sociologie sur le pont des navires, la flibuste contemporaine « recrute » parmi les mercenaires, les déserteurs et les anciens combattants des guerres balkaniques.

Au cours de l’année 2007, le Bureau maritime international, IMO, a recensé 263 actes délictueux. Selon son directeur, Pottengal Mukundan, les actes de piraterie (dont le nombre exact a été volontairement revu à la baisse dans le but de ne pas effrayer les armateurs) deviennent de plus en plus nombreux et violents. D’après les données du gouvernement français, le nombre de marins victimes de séquestration durant la dernière décennie s’élève à plus de 3200 ! (auxquels viennent s’ajouter plus de 500 blessés et 160 assassinats.)

L’instabilité politique est le bouillon de culture de la piraterie moderne. Le détroit de Malacca, l’Océan Indien et la mer des Caraïbes constituent les zones les plus dangereuses de la planète. Les lacunes administratives et le désintérêt des pouvoirs publics face à ce problème, l’incapacité ou le manque de volonté de certains Etats à faire régner l’ordre dans ses eaux… De nombreux éléments expliquent en partie une situation, face à laquelle un débat international s’est ouvert récemment. Surtout au sein de l’Union européenne.

Vers un consensus européen ?

Justement, en ce qui concerne la protection des navires et des installations portuaires, une proposition émanant des Verts est actuellement en débat au Parlement de Strasbourg. Elle entend modifier la réglementation en vigueur. De son côté, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe sollicite l’incorporation des accords internationaux comme partie intégrante des ordonnances communautaires ce qui permettrait à l’Union, selon l’eurodéputé Verts Mikel Irujo, d’intervenir de manière efficace contre les actes de piraterie. Afin de neutraliser toute activité terroriste, la liste des délits punissables par les traités devrait aussi être rallongée, incluant de nouvelles règles d’abordage, si les autorités compétentes le jugent nécessaire.

Les propositions françaises et américaines (créer une patrouille internationale contre la piraterie sous l’égide de l’ONU) devraient, selon Mikel Irujo, être approuvées au sein de l’UE avant d’être présentées à la tribune des Nations Unies. Il recommande ainsi une grande prudence : de nombreuses interventions militaires dans le passé se sont en effet déroulées d’une façon peu louable. L’impact médiatique des séquestrations espagnoles et françaises témoigne en tout cas de la préoccupation des sociétés européennes à ce sujet.

Cet article a été publié une première fois le 5 mai 2008.