Société

Personnages Précaires : l'insoutenable légèreté de l'être en 579 histoires

Article publié le 23 avril 2010
Article publié le 23 avril 2010
Les Personnages Précaires sont nés dans l'imaginaire de l'écrivain italien Vanni Santoni. Une série de personnages « à raconter », rassemblés d'abord dans un blog puis dans un livre. Rencontre avec quelques-uns de ces anti-héros contemporains.

Un écrivain qui doit composer avec le problème de la continuité, une série de personnages à raconter et l'explosion du phénomène des blogs. C'est de ce périlleux mélange qu'est né Personnages Précaires, un projet littéraire imaginé en 2004 par Vanni Santoni. « J'ai commencé par jeter sur le papier des profils de personnages, un peu dans le désordre au début, explique Vanni. Je naviguais entre différents genres et différentes époques, mais je me suis de plus en plus retrouvé à travailler des personnages contemporains. » Le blog se développe pendant quelques mois, avec un joli succès. Jusqu'au jour où le mail d'un professeur d'université, « heureux que quelqu'un ait cerné la question de la littérature du précaire comme fait existentiel plus encore que social », conduise Vanni à réfléchir au futur de sa créature.

Les précaires, un phénomène d'édition

De Vanni SantoniC'est ainsi que les Personnages Précaires ont commencé à mener une nouvelle vie, et à recevoir en 2005 et 2006 leurs premières distinctions : la publication de certains mini-récits sur la revue GAMMM, et la victoire au concours littéraire « Scrittomisto », soldée par la publication d'un livre chez RGB. Dans l'intervalle, les Personnages font quelques incursions dans l'univers radiophonique, théâtral et bd-esque. Suivent la publication de quatre recueils de « profils précaires » dans la revue en ligne Nazione India, prolongement idéal du livre. Et enfin, ultime avatar : une rubrique quotidienne dans les pages toscanes du Corriere della Sera. Les Personnages Précaires réunis dans le livre du même nom sont au nombre de 579, héros de brèves histoires ironiques ou dramatiques, racontées par le biais de styles littéraires variés. 111 pages pour 579 chapitres. En voici quelques-uns …

Katiuscia

Chercheuse. Cheveux courts, petite frange. Surnommée « la biologiste » par ses amis. Passion pour le théâtre, une compagnie de théâtre indépendante. En CDD. Végétarienne. Des Converse All-Star roses, noires, lila. Un joli CV pour son âge. Pendant les expériences sur la toxicomanie aigüe, elle se charge habituellement de tenir fermement le bras du singe au moment où on lui injecte le sérum.

Sara

16 ans, à moitié fanée. Avec ce mignon regard céleste, elle tient tête à certains petits amis qui sont la terreur de leur quartier.

Mina

Gros visage rond qui semble une éclipse de lune, voix tremblotante, cheveux fins de nouveau-né, Mina est institutrice. Elle a écrit un livre pour enfants, mais « il lui manque l’illustrateur ».

Roberta

Elle est allée se faire coincer par une secte qui lui pique tout son fric et la monte contre ses proches. Elle n'a jamais été aussi heureuse.

579 portraits de Vanni Santoni en disent plus que de longs discours sur la précarité

Aurelio

Faute de cible, se tire une balle dans le pied.

Ilio

- Où tu vas ?- Je sors.- C'est dangereux à cette heure-ci.- Non maman, c'est pas dangereux. Et puis j'ai un couteau.- Quel couteau ? - Un Opinel.

Natalia

Avant de se jeter par la fenêtre, elle a bien fixé sa perruque avec de la colle.

Jacopo

Trop feignant pour faire la vaisselle les jours où le succès l'obsède, Jacopo n'a mangé aujourd'hui qu'une barquette de kiwi qu'il avait sous la main. « C'est bon pour la santé, la vitamine C », pense-t-il en fumant rageusement une cigarette, tandis qu'il parcourt avec haine les MySpace de groupe musicaux apparus après le sien, mais déjà beaucoup plus connus.

Pietro

Victime de l'hécatombe manageuriale des années 90, Pietro prend tous les matins depuis dix-neuf ans le train de huit heures, et le soir celui de sept heures, comme s'il était encore en poste. Généralement il se cache dans les églises ou dans les salles de jeu.

Léonard

- Ce qui me préoccupe, c'est cette nostalgie infinie, glaçante, de mes 20 ans.

- A 23 ans ?

- A 23 ans.

Photo: Linas Justice/flickr; personaggiprecari/myspace; Ricardo Machado/flickr.