Société

Perdu en Europe : le long parcours d’un immigré dans l’UE

Article publié le 2 juin 2009
Article publié le 2 juin 2009
Entre Dublin II et les lois nationales, les clandestins, immigrés réguliers, demandeurs d'asile, réfugiés ou encore rapatriés… se sentent désarmés face à une Europe forteresse et  un système législatif en perpétuelle construction.

Ils ont de nombreuses origines mais atterrissent souvent au même endroit : les centres de rétention temporaire. Comment fait-on face à la question de l’immigration en Europe ? Le cadre législatif est vaste et complexe : il va de la Carte sociale européenne à la Convention européenne sur la sécurité sociale. Cependant, il existe un repère à ce sujet. Il s'agit du système Dublin II, spécifiquement élaboré pour les demandeurs d'asile, c'est à dire quiconque « craignant avec raison d'être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques (...) » (Convention de Genève relative au statut de réfugié, art.1). Faire une demande de droit d'asile est un droit inviolable de l'Homme auquel les Etats doivent répondre rapidement mais correctement.

Asylum shopping ?

(ewishamdreamer/flickr)Le système de réglementation de Dublin II concerne en particulier les demandeurs d'asile. Il a été créé pour éviter ledit phénomène d' « asylum shopping » : en fait, son objectif est d'éviter qu'un immigré puisse demander le statut de réfugié dans le pays européen qui offre les meilleures garanties sociales. Pour cela, ce système prévoit que ce soit le premier pays appartenant à l'espace Schengen dans lequel l'immigré arrive qui enregistre son empreinte digitale, examine et réponde à son éventuelle demande d'asile. Donc, si en théorie un Irakien entre en Europe par la Grèce, il ne peut faire sa demande d'asile qu'à la Grèce. Simple et clair. Mais « le problème est que tous les Etats membres ne respectent pas les paramètres de protection déterminés par les directives européennes et par la Convention de Genève », explique Julien Blanc, collaborateur de longue date dans les centres d'accueil en France et en Belgique.

« Par exemple, en Grèce, le taux de reconnaissance des demandes d'asile émanant des immigrés irakiens est d'environ 0 %, alors que celui-ci s'élève à 76 % en Suède. Dans cette situation, il serait injuste d'accuser les immigrés d''asylum shopping' vu que la Grèce nie leur droit, droit que l'on peut au contraire obtenir en Suède. Le problème, techniquement, réside dans l'absence d'harmonisation du taux de reconnaissance du statut de réfugié dans l'espace Schengen et dans les mauvaises pratiques de quelques Etats-membres. Les ONG dénoncent le système Dublin II car celui-ci ne tient pas compte des grandes différences entre Etats-membres dans la reconnaissance du statut de réfugié. » De plus, le système Dublin II laisse surtout la charge de l'accueil aux pays situés au Sud et à l’Est de l'Union européenne où, pour des raisons géographiques évidentes, on enregistre le plus grand nombre de demandes.

Les centres de rétention provisoire pleins à craquer

« Le droit d'asile ne peut être soumis ni à des quotas ni à des restrictions. C'est une obligation internationale qui concerne tout Etat ayant ratifié la Convention de Genève », ajoute Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile, une des plus importantes associations s'occupant de réfugiés et d'apatrides en France. Pour comprendre l'ampleur du problème, il est bon de jeter un coup d'œil à la situation dans les centres de rétention provisoire : celui de Lampedusa est plein à craquer, il n'y a plus de centre d'accueil disponible en Grèce et on est obligé de faire dormir les demandeurs d'asile dans des chambres d'hôtels bondées ou dans la rue ; en Slovaquie, la situation est très semblable à la situation grecque ; en Belgique, les conditions sont meilleures mais les centres sont également bondés et le nombre de collaborateurs est toujours insuffisant.

Il faut se rappeler, en effet, que l'immigration est un phénomène important en Europe : le pourcentage d'immigrés internationaux augmente plus vite que la population mondiale. On parle de 200 millions de personnes qui à elles seules composeraient le cinquième pays le plus peuplé du monde. Entre 30 et 40 millions d'entre elles sont en situation illégale. Et bien que 20 % seulement des demandes d'asile soient acceptées, l'Union européenne reste la destination première des demandeurs d'asile et reçoit plus de la moitié des demandes présentées dans le monde entier, environ neuf fois plus que les Etats-Unis. Quant aux principaux pays d'origine, on passe de pays proches comme la Russie, la Serbie et la Turquie, à des pays où la situation politique est grave comme l'Afghanistan et l'Iran.

On pourrait conclure sur les mots de Jean-François Mattei, président de la Croix-rouge française, prononcés à l'occasion du Colloque sur les migrants qui s'est tenu au Conseil de l'Europe les 19 et 20 février derniers : « Nous devons parler pour ceux qui n'ont pas ou qui n'ont plus la parole, nous devons aller à la rencontre de ceux que certains ne veulent pas voir parce qu'ils sont considérés comme ‘illégaux’. Nous devons faire tout ce qui est nécessaire pour protéger en eux ce qui fait notre humanité à tous : la dignité humaine. »