Société

Nicolas Demorand : «l’Europe n’intéresse pas les décideurs dans les rédactions»

Article publié le 25 novembre 2010
Article publié le 25 novembre 2010
Assises du journalisme, 17 novembre 2010. L'équipe de cafebabel.com Strasbourg rencontre en chair et en os la voix de l'information des ondes françaises, Nicolas Demorand. Avec le présentateur du 18h-20h d'Europe 1, retour sur le désintérêt des journaux pour l'Europe et les alternatives en gestation déployées par l'information numérique.

cafebabel Strasbourg : Pour expliquer le fossé entre l'UE et ses citoyens, les pro-européens pointent souvent du doigt les médias qui ne parleraient pas suffisamment d’Europe, ou en traiteraient à travers le prisme national... Produire de l’information européenne, est-ce vraiment possible ?

Nicolas Demorand : L’expérience que j’en ai, c’est que, mis à part des médias très particuliers, comme France Culture où il existe des formats différents, où il est possible de délocaliser les antennes sur de longues périodes, où l’on peut faire du reportage et même du documentaire, ce n’est pas possible. Cela reflète en fait la manière dont l’Europe est traitée en France par la classe politique. C’est le traditionnel « c’est la faute à Bruxelles ». De plus, il y a assez peu de correspondants de grande qualité dans les réseaux étrangers. Il en faudrait de nombreux et on ne les a pas. On est face à un « effet de ciseaux » : le sujet n’intéresse pas les rédactions, plus précisément les décideurs dans les rédactions, et de surcroit, il n’y a pas de ressources en hommes, en femmes sur le terrain. Les médias qui ont des correspondants à plein temps dans les différents pays européens sont de plus en plus rares. C’est la conjonction d’une contrainte économique et d’un manque d’ouverture d’esprit qui fait que l’Europe est traitée de cette manière.

cafebabel Strasbourg :  Ce phénomène a permis l'émergence d'une blogosphère européenne depuis 2005, à mi-chemin entre journalisme participatif et militantisme pro-européen. Quel regard jetez-vous sur cette démarche ?

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Nicolas Demorand : L’une de mes sources d’information sur l’Europe, c’est le blog de Jean Quatremer, qui, pour moi, est un vrai correspondant européen, comme pouvait l’être à Radio France Quentin Dickinson. Ils travaillent à la couverture et au traitement de l’institution européenne dans toute sa globalité, et pas nécessairement sous le prisme national. Autrement, je consulte souvent le blog tenu par Zaki Laidi où intervient notamment Pascal Lamy, les gens de Bruegel. C’est très économique, c’est une autre approche de l’Europe, militante et positive. Je trouve que sur Internet, il y a beaucoup de matière.

Lire la suite de l'interview de Nicolas Demorand par Jean-Baptiste Mathieu sur le blog de cafebabel Strasbourg

Photo : (cc)katiew/flickr