Société

Ni projet, ni courage...ni leadership

Article publié le 22 novembre 2006
Article publié le 22 novembre 2006
En juin 2005, face aux rejet de ses compatriotes, le ministre néerlandais des Affaires étrangères avait déclaré que le traité constitutionnel était mort sans pour autant avancer de contre-proposition constructives.

Paul Kapteyn dirige le think tank ‘Vereniging Democratisch Europa’ (VDE) qui cherche à susciter le débat sur l’Europe.

Comment les partis politiques néerlandais voient-ils l’Europe ?

90% des politiciens nationaux sont devenus eurosceptiques. Ils ont peur de parler d’Europe et s’ils le font, c’est pour évoquer le maintien de l’autonomie nationale. A part ‘D66’ [Democraten 1966-le parti libéral réformateur] et ‘Groenlinks’ [les Verts], les partis ne sont pas idéalistes. Ils sont loin d’affirmer que l’Europe va au-delà des questions économiques. Curieusement, le SP [Socialistische Partij-Parti socialiste d'extrême gauche] et le VVD [libéraux de droite] se retrouvent sur l'euroscepticisme.

Après le rejet du traité constitutionnel, les politiciens, le Parlement, le gouvernement, tous se sont engagés à amorcer un débat national. Qu’en est-il aujourd’hui ?

C’est une histoire compliquée. Les politiques ont souhaité un dialogue national déjà embourbé dans les divisions. L’action du gouvernement s’est résumée au lancement d’un site internet. Personne n’a essayé d’initier le débat. Les hommes politiques manquent d’acuité dans leur analyse et ne jouent aucun rôle moteur. Mais les partis ont le devoir d’insérer un projet dans leurs programmes. Il faudra du temps pour faire réaliser aux Néerlandais que l’UE est une nécessité : chacun pour l’instant évite soigneusement de se pencher sur cette question et c’est dommage. Jan Marijnissen [le dirigeant socialiste] est le seul capable de faire franchir ce cap aux Néerlandais. Mais il se place systématiquement contre tout ce qui est européen.

Dans un précédent article vous avez écrit que « la place de l’Europe aux Pays-Bas dépend des initiatives des citoyens ». Les citoyens devraient-ils davantage prendre les choses en main ?

Les citoyens ne sont que des spectateurs, des membres du public. Ils n’ont aucun pouvoir. Après les élections, le gouvernement formera une coalition et en négociera les termes sans consulter les Néerlandais. Le peuple n’a pas assez d’influence. Il faudrait des organisations comme la nôtre pour changer la situation mais elles sont difficiles à mettre en place. Les politiques sont payés pour ça. Ils ont une responsabilité !

Qu’est-ce que les Européens peuvent attendre de cette échéance électorale ? Quelles seront les différences selon que Wouter Bos, l’actuel leader du PvdA [le parti travailliste] ou Jan Peter Balkenende, dirigeant du CDA [le parti des chrétiens démocrates] remporte le poste de Premier ministre ?

Il y aura de toute façon un nouveau traité. Une des anciennes tactiques des politiques hollandais consistait à minimiser l’impact des grandes décisions mais à court terme, il n’y aura pas de décision prise sans le soutien de l’opinion publique. Savoir s’il y aura un nouveau referendum dépendra du parti élu. Même si le PvdA est le plus enclin à organiser une consultation populaire, il serait impossible pour le CDA et le VVD de ne pas le faire. On peut seulement essayer de prévoir si cette question fera partie des termes de l’accord conclu en cas de coalition. Personnellement je n’en ai aucune idée.