Société

« Sans alliances politiques, personne ne peut être élu »

Article publié le 18 janvier 2007
Publié dans le magazine
Article publié le 18 janvier 2007
Le 16 janvier, Hans-Gert Pöttering, 62 ans, membre de la CDU, coalition conservatrice au pouvoir outre-Rhin, remplace Josep Borrell à la tête du Parlement européen.

Nikiforos Diamandouros, médiateur européen, nous en dit un peu plus sur le rôle du remplaçant de Josep Borrell à la présidence du Parlement de Strasbourg.

Pouvez-vous nous présenter Hans-Gert Pöttering ?

Pöttering est un Européen très engagé. Ses vingt-huit années d’expérience font de lui un vétéran de la politique européenne. Tout au long de son parcours, il a contribué à l'impuslion d'une identité européenne forte. Ainsi, lorsque l’ancien président de la Commission, Jacques Santer - nommé en 1995 – et son équipe ont démissionné en bloc le 15 mars 1999 suite à un scandale de corruption, c’est Poettering qui a sauvé la face, apportant son soutien au remplaçant de Santer, Romano Prodi [président de la Commission entre 1999-2004]. Il a vraiment contribué à faire avancer l’esprit européen, et ce depuis le début de sa carrière, en 1979.

Quel devrait être le premier acte de Pöttering en tant que président du Parlement, selon vous ?

Son plus grand défi est de trouver une manière pour faire avancer l’Union européenne alors qu’elle est passée de quinze à vingt-sept membres. Plus précisément, sa stratégie devra consolider les bases et renforcer les éléments positifs acquis lors des cinquante dernières années de l’Union.

Que pensez-vous de sa position sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ?

Je n'ai pas encore évoqué avec lui le sujet de l'intégration d'Ankara. Mais Pöttering a été un fervent défenseur de la politique de l’élargissement en 2004 et montré une position favorable à l’entrée de Chypre dans l’Union.

Le président sortant, Joseph Borrell, a récemment affirmé qu’il aimerait qu’on se souvienne de lui pour avoir fait du Parlement bien plus qu'une tour de Babel. Partagez-vous cet avis ?

Borrell nous quitte avec, à son bilan, un Parlement représentant vingt-sept pays, sept groupes politiques et plus de cent partis nationaux. On doit mettre à son crédit l'instauration d’une législation constructive ainsi que des alliances efficaces. La personnalité d’un leader est aussi un élément très important.

Pöttering va prendre la tête du Parlement en raison d'une décision du parti conservateur de la CDU datant de 2004. Selon cet arrangement, le PPE [Parti populaire européen] et les socialistes s'étaient engagés à voter pour lui en échange du soutien à l'époque de son propre parti pour Borrell. Comment expliquez-vous ce procédé électoral ?

Tout dépend des alliances mises en place par les deux partis majoritaires. Borrell a exploité la configuration des partis en passant un arrangement avec le groupe des conservateurs mené par le PPE de Pöttering. Dans un Parlement composé de 785 membres, ne pas favoriser de telle alliances rend une élection impossible.

Est-ce que la présidence du Parlement donne un aperçu de la tendance politique des Etats membres sur un plan national ?

Non et c’est une avancée dans la construction européenne. Par exemple, l’Irlandais Pat Cox (2002-2004) venait d’une toute petite formation libérale mais soutenue par des partisans fidèles. Si la dynamique induite par les grands partis existe, les qualités personnelles du candidat sont tout aussi importantes.

Pöttering va-t-il remettre la question de la Constitution à l’ordre du jour ?

L’Europe que nous avons construite ne doit pas revenir en arrière. D'un point de vue historique, il n'est pas concevable d’abandonner la Constitution. Mais nous n’aurons une vision claire de la situation qu’une fois le résultat des élections présidentielles en France et les initiatives des six mois de la présidence allemande connus. Je ne doute pas que la question constitutionnelle soit une grande priorité, d'autant plus que Poettering et son parti appartiennent à la Chancellerie. Il est en tous cas nécessaire que le nouveau texte intègre les principes fondamentaux qui figuraient au début de la proposition rejetée.

Vous discutez tous les jours avec des citoyens européens. Comment envisagent-ils l’avenir ?

Il y a à la fois un sentiment de malaise et d’attente. Personne ne veut un retour en arrière dans l’avancée de l’Union. Malgré la création d’un poste de commissaire à la Communication, endossé par la Suédoise Margot Wallström, il y a toujours un problème de communication avec les citoyens, quelle que soit l'importance des enjeux.