Société

« Les lecteurs ont un rôle à jouer dans l’avenir du journalisme »

Article publié le 19 juillet 2006
Article publié le 19 juillet 2006
Grâce aux blogs, tout le monde peut désormais être journaliste. Au détriment de la presse classique ? Dan Gillmor, fondateur et directeur du Centre pour les medias citoyens, oeuvrant au développement des médias participatifs, répond.

Les blogs sont en plein essor. Mais ce média incontrôlé nuit-il à la qualité globale de la presse ? Dan Gillmor, auteur de We the Media, et chroniqueur de 1994 à 2004 au San Jose Mercury News, le quotidien de la Silicon Valley, ainsi qu'entre autres au Mercury News, et au Kansas City Times, se montre confiant : cette nouvelle forme de journalisme sera bénéfique pour tout le monde.

Sur le web, la limite entre journalisme professionnel et journalisme amateur est floue. Les bloggers écrivent des articles et les journalistes professionnels tiennent des blogs. Cela remet-il en cause notre confiance dans les médias ?

Nous avons toujours besoin d’exercer notre scepticisme en lisant. Ceci est vrai pour tous les médias, autant sur Internet que dans la presse écrite. Les lecteurs ont donc besoin d’être mieux informés sur la façon dont les médias fonctionnent. Il est vrai qu’avec le développement des blogs et du journalisme citoyen, nous aurons plus de travail à faire pour déterminer ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Nous devons juger ce que l’on lit sur la base de notre propre expérience, mais également sur la base de l’expérience de la communauté sur internet. La transition sera très longue et très complexe. Mais ce qui en résultera sera une magnifique notion de l’actualité, et un accès plus large à une information toujours plus diversifiée et riche.

L’accès à une information gratuite menace-t-elle les formes de journalisme coûteuses, mais essentielles, comme le journalisme d’investigation ?

On ne peut pas comparer un reporter qui travaille toute la journée et un article occasionnel, d’une personne qui collabore avec journal participatif, ou qui écrit lors d’événements comme le tsunami qui a ravagé l’Asie du sud-est.

C’est plutôt la compétition entre les nouveaux annonceurs qui mine le journalisme « cher ». Des sociétés comme Google et eBay canalisent beaucoup d’argent qui alimentait auparavant l’économie des médias traditionnels.

Un blogger, qui ne vérifie pas nécessairement ses sources et qui utilise un pseudonyme, peut-il être considéré comme un journaliste ?

Il ne faut croire tout ce qui est publié anonymement. Dans ces cas, il faut toujours supposer que c’est faux. Par contre, l’article sera plus convaincant s’il m’est transmis par une source fiable, ou si l’information publiée met en danger la vie de son auteur. Rappelons quand même qu’il y a beaucoup de publications dans le monde qui sont appréciées et rentables, mais qui dispensent des informations erronées. Certains bloggers font parfois du meilleur travail que des journalistes professionnels.

Afin de maintenir un certain niveau de crédibilité, le New York Times consacre beaucoup de temps et d’effort à la vérification de ce qu’il publie. Certains bloggers font de même. Tout est une question de responsabilité.

De nos jours, la responsabilité pèse des deux côtés. L’auteur doit s’assurer que l’information est juste. Donc si vous comptez vous lancer dans le journalisme sur Internet, vous devez être responsable et respecter des principes éthiques de base. Puisque l’on ne peut pas l’imposer, les lecteurs devront faire plus attention à ce qu’ils lisent. Il y a certains blogs que je lis uniquement pour rire un bon coup. D’autres blogs procèdent immédiatement aux rectifications si on leur signale une information incorrecte. Ces blogs là sont sérieux. Nous devons apprendre à faire la différence entre les deux.

Comment les médias numériques affectent-ils la qualité du travail d’un journaliste professionnel ?

Je pense que les journalistes doivent continuer à faire du bon travail comme ils le font aujourd’hui, mais également utiliser certains outils des médias numériques. J’encouragerais tout spécialement les journalistes à tirer parti du journalisme interactif. Il serait sage que tous les journalistes aient leur propres blogs. Comme ça, leur travail ne sera pas limité à de l’écriture, mais deviendra une conversation. Le lectorat a un rôle un jouer dans l’avenir du journalisme. Ma propre expérience me montre que mes lecteurs en savent souvent plus que moi. Ils sont critiques et ils m’aident à devenir un meilleur journaliste.