Société

Mon gros bas de laine: ce que les jeunes banquiers demandent au Père Noël

Article publié le 22 décembre 2009
Article publié le 22 décembre 2009
2009 : sale temps pour les banquiers ! Malgré une crise économique qui frappe durement certains pays en faillite, le réchauffement climatique qui en noie d’autres et la précarité qui gangrène la jeunesse d’Europe… en France, on voit encore des banquiers syndiqués oser le tout pour le tout et se plaindre de leur trop petit salaire ! Contre-attaque.

«Peux-tu croiser les doigts, Père Noël, pour que lorsque j'irai demander à papa plus d'argent de poche, il dise oui?»

Une lettre assez spéciale m’est récemment tombée entre les mains alors que je me trouvais en France. On pouvait y lire : « Cher Père Noël, je ne sais plus quoi faire pour que moi et mes frères et sœurs soyons récompensés à notre juste valeur, et je compte sur toi pour changer ça au plus vite ! » Au premier coup d’œil, j’ai cru être tombé sur une liste de cadeaux écrite par les jeunes chômeurs tourmentés par la crise, la génération précaire, les stagiaires sous-payés qui n’ont pas été rémunérés équitablement pour leur travail à temps complet... Mais non ! J’avais tout faux ! Il s’agissait d’une lettre ouverte d’un syndicat de salariés d’une des plus grandes banques du monde : la progéniture en question y estime avoir été « sage » toute l’année tout en dépassant les objectifs fixés à cette nouvelle génération de banquiers - qu’on pourrait presque plaindre ! Devant, derrière, gauche, droite, en bas, en haut… Braves, ils ont fait leur possible pour répondre aux ordres du capitaine dans la tempête. « PS : peux-tu croiser les doigts pour moi Père Noël pour que lorsque j'irai demander à papa plus d'argent de poche, il dise oui ? »

Croiser les doigts ou baisser les prix

(xtream_i/flickr)Il semblerait donc que les jeunes banquiers de cette grande entreprise croient encore au Père Noël ! Il faut les comprendre : dans l’une des nombreuses écoles de commerce où la future élite de la finance a usé ses fonds de culottes, on leur a très certainement promis leur premier million avant 30 ans - en jouant comme des très grands à coups de fusion-acquisitions - comme au Monopoly. Mais une crise économique mondiale est venue plomber cet avenir blindé de « jackpot » : en 2009, le monde a été secoué par des faillites, des renationalisations et des coups de pouce des Etats en cash. Toute l’année, les bouilles de nos jeunes loups de la finance ont pâli. Alors ils « attendent beaucoup du Père Noël » afin de pouvoir « retrouver le sourire » en 2010.

Et pourtant… dans le secteur bancaire, les premiers salaires sont déjà loin du seuil de pauvreté et il n’est pas rare que les stagiaires gagnent autant que les personnes en CDI dans un autre domaine. Dans de nombreuses entreprises à travers l’Europe, les baisses de salaires, le travail intérimaire et les vagues de licenciements sont à l’ordre du jour, tandis que les banques continuent à faire du business « as usual ». Malgré le secours de l’Etat, les bonus de 2009 seront versés comme il se doit. De l’autre côté du miroir, comme l’indique Eurostat, près de 5 millions de jeunes Européens étaient au chômage au premier trimestre 2009. Une tendance à la hausse ! En octobre 2009, 20,7 % des moins de 25 ans étaient à la recherche d’un emploi. De joyeuses fêtes en perspective !

Combien vaut mon travail ?

En Grande-Bretagne et en France, ne seront taxés à 50 % que les bonus des banques supérieurs à un montant de 27 700 euros. Une décision exceptionnelle, certes populiste, qui horripile les banquiers. Il était pourtant question de « rémunérations raisonnables dans le secteur de la finance » au cours du sommet européen du 11 et 12 décembre ! Cependant, on peut légitimement se demander ce qu’est un salaire raisonnable, que ce soit pour un banquier, un jardinier ou un enseignant… Qui, le Père Noël 2009, devrait-il renflouer ?

(Anna Warr)

La NEF (New Economics Foundation) répond à cette question : dans son étude récemment parue (« A bit Rich : calculating the real value to society of different professions »), le « think-do-tank » britannique tente d’évaluer les impacts et les besoins sociaux des différents emplois et fait des propositions pour une réorientation fondamentale de la façon dont le travail pourrait être évalué, reconnu et rémunéré à l’avenir. D’après cette étude, pour chaque livre sterling gagnée par un banquier londonien, la société paie par ailleurs sept livres, tandis que chaque livre acquise par l’éboueur rapporte douze fois plus en contrepartie. Un compte en banque juteux ne donne, par conséquent, aucun renseignement sur le « rendement social » de nos banquiers. Les Français qui attendent du Père Noël « des beaux cadeaux à la hauteur des efforts fournis toute l'année » devraient se couvrir en conséquence : ça pourrait leur coûter cher !

PS : Si je devais transmettre un vœu au gros bonhomme rouge, ce serait une augmentation de salaire pour Tim Hunkin. Ce Britannique est l’inventeur de la machine à sous « cogne le banquier » (« whack a banker ») qui sert à mettre un coup de marteau en plastique sur la tête d’un banquier chauve. Pour que nous aussi nous « retrouvions notre sourire » en 2010 !

Crédits photos : dhammza/flickr; xtream_i/flickr; Anna Warr