Société

Mobilité euro- méditerranéenne : sauter la clôture

Article publié le 21 novembre 2006
Article publié le 21 novembre 2006
L’UE rencontre l’Union africaine (UA) le 23 novembre à Tripoli afin d'évoquer un partenariat sur les migrations et le développement.

« Nous comprenons la décision des États-Unis, mais il nous semble que la construction de murs est quelque chose qui, par chance, appartient à l’Histoire et que nous ne souhaiterions voir nulle part ailleurs. » La délégation du Parlement Européen en visite au Chili a été on ne peut plus claire : elle condamne le projet de l’Administration Bush de construire un mur à la frontière mexicaine des Etats-Unis, visant à lutter contre l’immigration irrégulière.

Le problème actuel de l’immigration clandestine, argument de rêve pour nombre de politiciens démagogues, est difficile à résoudre car il requiert de coordonner les volontés et les sensibilités politiques. Pour le moment, l’Union européenne et l’Union africaine s’accordent sur le remède : un contrôle des frontières est nécessaire - bien qu’il s’agisse davantage de « sauter la clôture » -, c’est-à-dire d’augmenter la coopération entre l’Europe et l’Afrique, afin d’équilibrer la carte des inégalités qui force près d’un million de personnes à émigrer.

Eduard Soler, expert en charge des affaires méditerranéennes à la Fondation CIBOD de Barcelone, affirme qu’« un mur a déjà existé entre Ceuta et Melilla (Espagne) et le Maroc », sous forme d’un système sophistiqué de clôtures.

Émigrer: solution et problème

Tahar Ben Jelloun, écrivain marocain, dépeint la situation des candidats au départ dans son dernier roman ‘Partir’ : « La petite Malika, ouvrière dans une usine du port de Tanger, demanda à son voisin Azel, au chômage, qu’il lui montre ses diplômes. – Et toi? lui dit-il, que penses-tu faire après? - Partir. - Partir... ce n’est pas un métier. – Une fois partie, j’aurai un travail. »

Si s’en aller est parfois la seule solution, l’exil comporte des risques : entassement dans de petits appartements, noyade en pleine mer, paiement de sommes importantes à des trafiquants qui s’enrichissent sur le transit illégal ou « fuite des cerveaux » qui hypothèque le futur économique des pays pauvres.

Changer de stratégie

Pour lutter contre cet exode des cerveaux, certains dirigeants africains prévoient notamment d’encourager leurs ressortissants émigrés à travailler en partie dans leurs pays d’origine sans toutefois perdre leur emploi en Europe. Une mesure qui contraste avec la volonté de certains leaders européens, à l’image du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, de filtrer l’entrée en Europe de travailleurs plus qualifiés.

De son côté, la Commission européenne appelle à atteindre une « immigration organisée », comme le souligne Louis Michel, Commissaire pour le Développement. Selon lui, Bruxelles entend s’engager aussi pour assister les pays africains dans le contrôle de leurs propres frontières.

A quoi sert l’argent ?

L’Union européenne présente souvent les chiffres astronomiques qu’elle consacre depuis des années au développement et à la modernisation de l’Afrique : plus de 12 000 millions d’euros pour l’Afrique subsaharienne en 2004 ou plus de 5 300 millions d’euros pour les pays de la région méditerranéenne ont été attribués entre 2000 et 2006.

Comment alors expliquer que l’attribution de ces fonds ne produise pas les résultats espérés ? Il existe dans le sud de multiples régimes dictatoriaux qui « ne s’intéressent pas à l’intérêt national mais aux intérêts très particuliers, » selon les mots d’Eduard Soler. Pour contourner cet obstacle, les pays européens subventionnent depuis près d’une dizaine d’années les pays de la zone Méditerranée dans le cadre du partenariat Euromed. Le concept ? Lier aide au développement aux réformes politiques.

Aujourd’hui, si des avancées notables ont eu lieu au Maroc, le Processus de Barcelone [l’autre dénomination du partenariat Euromed] est en train d’être réformé. On exige désormais «plus que la démonstration d’une simple volonté réformiste », longtemps condition pour recevoir les subsides européens. Il est par exemple désormais inscrit « dans le plan d’action approuvé avec la Jordanie qu’il faut imaginer une nouvelle loi sur les partis politiques ». Une manière de démontrer que l’Europe en la matière est loin de privilégier la politique de l’autruche.