Société

Milan autrement : voyage au rythme du Zen

Article publié le 29 juillet 2010
Article publié le 29 juillet 2010
Lors d’une promenade « méditative » plutôt insolite en compagnie du maître Zen Tetsugen, fondateur du monastère Zen Il Cerchio di Milano (Le Cercle de Milan), je découvre que la capitale lombarde possède aussi une âme plus légère et poétique. Je retrouve, au cœur du chaos urbain, des endroits qui conservent une pureté, pas encore contaminés par le quotidien parfois délirant de la métropole.
Ce sont des lieux de paix et de sérénité où il est possible de reposer son esprit et de … respirer. Balade en cinq temps.

Le Jardin Botanique de Brera

Au sein du Palais de Brera, au centre de Milan, le maître Tetsugen m’accompagne dans un cadre féérique dont j’ignorais l’existence. Il s’agit du Jardin Botanique de Brera, un jardin historique et un extraordinaire musée à ciel ouvert où, durant toute l’année, nous pouvons trouver des arbres venant de multiples endroits de la terre et admirer des milliers de bulbes à floraison printanière. Entre les parties architecturales qui nous racontent l’histoire du lieu, comme les plates-bandes en brique d’origine aujourd’hui restaurées, Tetsugen m’indique un arbre majestueux, sous lequel on ne peut refuser une révérence de respect et de remerciement pour être encore debout aujourd’hui. « Un coin de Japon à Milan dans un cadre artistique », voici comment Tetsugen décrit le Ginkgo Biloba. Cette plante orientale est une des plus anciennes présentes sur terre. L’ombre du grand Ginkgo est un endroit idéal pour connaître la nature et dédier une grande réflexion à la variété qui nous entoure, non seulement parmi les plantes et les arbustes, mais également entre les êtres humains. L’entrée du jardin est gratuite.

Le canal Naviglio Grande

 Zen, avant tout pour sa lumière matinale

Dans le Zen, on ne médite pas seulement assis sur un zafu. Chaque activité quotidienne, des travaux manuels à la simple promenade, peuvent être des moments propices à la méditation. Cela s’appelle Kinhin, la méditation en mouvement, et Tetsugen nous montre comment vivre cette pratique à Milan, sur la voie cyclable n°13 du canal Naviglio Grande : « Un lent pédalage longeant pour plus de 20 km le lent écoulement de l’eau ». C’est une piste cyclable presque entièrement goudronnée qui permet de découvrir quelques endroits peu fréquentés, de la porte de la ville jusqu’à la Province Occidentale. De San Cristoforo à Gaggiano et d’Abbiategrasso à Robecco, la piste cyclable parcours l’itinéraire qu’ont emprunté les péniches qui, au XVème siècle, transportaient les marbres pour la construction de la cathédrale milanaise. De quoi méditer sur le passé et faire un clin d'œil à l'Histoire.

Les jardins publics Indro Montanelli

Qui a dit qu'il était impossible de méditer ?Vers la Porte de Venise, les jardins publics Indro Montanelli, du nom du journaliste auquel les jardins furent dédiés en 2002, ont étés réalisés à la fin du XVIIIème siècle avec une installation à la française. C'est le premier parc milanais à avoir été destiné au divertissement de la population. Les jardins, d’une superficie d’environ 172 000 km2, abritent de nombreuses espèces d’arbres, différentes familles de palmipèdes dans la mare et aussi quelques constructions intéressantes, comme le musée civique d’Histoire Naturelle. Tetsugen nous raconte que ce parc, grâce à la complicité de la nature environnante, est un endroit idéal pour méditer. Le meilleur horaire pour s’y rendre est à 6h30 le matin, à l’ouverture : « Un horaire parfait pour méditer sur le passage du silence à l’agitation frénétique de la ville ».

Santa Maria Annunciata, l’Eglise Rouge

Où l’art « vient en aide au Satori » (Ndlr : terme japonais signifiant l’éveil spirituel) dit Tetsugen. Le Satori dans le Zen est le moment de l’illumination, la réalisation de l’état de Bouddha. Dans cette église, la voûte de la nef principale est illuminée par deux rangées de lampes bleues. Ça ressemble à un ciel infini. Le transept est également illuminé par des lumières rouges, ainsi que l’abside hémisphérique situé derrière l’autel, qui reflète une lumière dorée. Ces suggestions lumineuses sont signées par un grand architecte de la lumière : Dan Flavin ( New York 1993-1996). Ce protagoniste du minimalisme acheva l'installation lumineuse deux jours avant sa mort en 1996. Il fut appelé par le curé Don Luigi Greco pour exalter l’architecture du lieu sacré avec des tubes fluorescents afin de le remplir de lumière et de couleurs. Visiter l’Eglise rouge est une expérience hors du commun. C’est un voyage dans l’élément le moins physique du monde physique : la lumière, l’énergie pure.

Enso-Ji : un monastère Zen en ville

Pas mieux pour méditer à l'écart des sonorités urbainesNotre promenade « méditative » avec Tetsugen prend fin dans un cercle parfait à côté du Monastère Zen Enso-Ji (« le cercle » justement) fondé par le maître en 1998. L’emplacement, un jardin intérieur dans un petit hôtel particulier à deux pas de Romolo, le protège du chaos milanais et en fait un lieu parfait pour se retirer dans le silence de la pratique Zen.

Simplement assit en méditation ou via une douce pression du Zen Shiatsu, sirotant une tasse de Zen ou « entrant » dans un Koan (l'énigme que le maître pose à son disciple pour tester l'état de son savoir), vous verrez que, comme poétisa Ogiwara Seisensui, « vers luisants de la cage un à un transmuteront en étoiles ».

Photos : omnia_mutantur/flickr; Nahuel [Bossanostra]/flickr; ialla/flickr