Société

Maria Olteanu : pertes et fracking en Roumanie

Article publié le 7 décembre 2015
Article publié le 7 décembre 2015

Un certain activisme environnemental se profile non sans peine en Roumanie. Certaines luttes parviennent à concentrer les efforts et les énergies, souvent dissipées de la désorganisation des campagnes, du manque de fonds et des lobbys économiques. C’est le cas du mouvement anti-fracking de Maria Olteanu, activiste convaincue et bénévole.

Des campagnes d’information à l’organisation du premier festival anti-fracking en Roumanie, ManiFEST, le saut a été bref pour Maria Olteanu. Géographe et professeure d’allemand de 34 ans, Maria se définit comme une activiste indépendante pour le climat et vient tout juste de fonder une petite ONG pour une « transition énergétique durable, locale et autonome »

« Je fais tout bénévolement », explique-elle. Depuis trois ans, on se consacre presque exclusivement à l’activisme. Je participe aussi à un réseau social européen d’activistes anti-fracking (comme par exemple Frackanpada, dans les Pays basques) qui conserve une structure plutôt informelle. »

En quoi consiste le fracking ?

Mais en quoi consiste le fracking contre lequel elle se bat ? Cette technique de « fracturation hydrique » prévoit l’injection de liquide à haute pression dans les puits pour « fracturer » les roches et permettre ainsi l’exploitation des fameux gaz de schiste non conventionnels, piégés dans les sous-sols argileux.

Le méthane est toutefois « un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, et les fuites de gaz représentent 30% de la quantité totale extraite des puits utilisés par le fracking », affirme Maria Olteanu. Sans parler de la possible pollution des nappes phréatiques.

Maria s’occupe de tout : de la documentation à la divulgation, de l’organisation de festivals à « l’écriture  d’une banderole » pour un sit-in. L’objectif est de sensibiliser les personnes sur les risques du fracking et « sur l’importance d’un changement d’approche concernant les politiques énergétiques » en impliquant d’autres activistes potentiels.

Les difficultés de tout un pays (et quelques réussites)

« Un des plus grands problèmes rencontrés par la Romanie, à cause du fracking, est le forage de terrains agricoles, parmi les plus fertiles d’Europe et des fonds de la mer Noire », précise l’activiste. À cette « évidence », elle ajoute la déforestation illégale et l’extraction de cyanure (liée au travail de l’or et de métaux précieux).

Maria se retrouve parfois frustrée par le manque de coordination entre les différentes campagnes, « avec une exception : le FânFest organisé à Roșia Montană, où nous sommes parvenus à bloquer les fouilles d’une des plus grandes mines de cyanure ». D’autres objectifs atteints ? « C’est difficile de répondre, mais je crois que le plus grand succès est la naissance d’un mouvement vert un peu partout dans tout le pays, même s’il est encore un peu timide », détaille-t-elle. « Ces groupes ont dû tout apprendre par eux-mêmes : cela implique une grande part de créativité pour compenser le manque de fonds. »

Intérêts politiques, lobbying et manque d’informations constituent le mélange parfait qui fait le jeu de ceux qui polluent, selon Maria Olteanu. Bien que l’Union européenne elle-même  ne se montre pas décisive. « Concernant le fracking, l’UE a choisi le degré de protection le plus bas de ses citoyens, en donnant une autorisation substantielle aux États avec une série de recommandations qui ne sont pas contraignantes. »

La COP21 : « l'occasion de serrer des mains »

Maria est également sceptique à propos de la COP21, actuellement en cours à Paris. « Ces évènements sont en grande partie l’occasion de faire des relations publics, d’excellentes occasions pour les dirigeants mondiaux de serrer des mains et d’obtenir quelques belles photos, tout en faisant des promesses qu’ils ne tiendront jamais. » Maria est aussi préoccupée par les restrictions que la France a prises à l’encontre des activistes et des manifestations, interdites suite aux attentats de Paris, le 13 novembre : « C’est un gigantesque pas en arrière pour la démocratie française ».

La COP sera-elle décisive ? « C'est en effet une grande épreuve pour toute l’humanité. Ceux qui décident du destin de la planète font malheureusement preuve d’un manque total de responsabilités dans leur approche en matière de politiques énergétiques. »

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Cet article fait partie d'un projet intitulé #21faces qui propose de faire le portrait de 21 jeunes écolos innovants à travers l'Europe pendant la COP21, la grande conférence mondiale sur le climat organisée à Paris.