Société

Marché de l'emploi à Bruxelles : adoptez la « sérénité désespérée »

Article publié le 23 décembre 2010
Article publié le 23 décembre 2010
Anna est âgée d'une petite vingtaine d'années, diplômée de l'université, elle recherche son premier emploi dans la capitale européenne. Elle est allemande et souhaite rester anonyme, mais son exemple vaut pour une génération de jeunes européens.

Après ses études, Anna part à la recherche d'un travail, comme des milliers d'autres jeunes universitaires. Une bonne formation et un sourire sympathique, rien de spécial désormais. La seule chose qui peut t'aider, c'est de persévérer. Et une bonne dose de chance ou de vitamine D. Anna a étudié les sciences politiques, elle parle couramment français, anglais, allemand et espagnol et a sept stages à son actif. Elle est également à l'aise à l'écrit. Ca doit compter, pense-t' elle. Alors, allons-y à la recherche d'un emploi, et pourquoi pas à Bruxelles...

Pourquoi Bruxelles ? Pendant ces études, Anna a déjà fait un stage dans la capitale européenne au Parlement européen. Ca aide en général. Les gens, qui travaillent ici sont jeunes et indépendants, comprenez les meilleurs « after-office » (« fêtes d'après travail ») comme un semestre Erasmus, mais pour les adultes. Et ils travaillent dur pour défendre l'idée européenne. C'est exactement ce que Anna souhaite.

En faire partie

Et elle n'est pas la seule. Pour lier les premiers contacts, elle se rend à la réunion conviviale des stagiaires allemands. Là tout ce qu'elle trouve est un certain désespoir chez les hauts diplômés. Puis elle entend dire que chaque jeudi sur la place du Luxembourg à côté du Parlement, les jeunes diplômés en quête de job vont chercher à nouer des relations dans les after-office.

Mais Anna constat bientôt que l'endroit abrite surtout tous les excès d'alcools et de sexe occasionnel possibles et imaginable... Elle n'était venu chercher qu'un job ! Les affres du chômage ! Assez vite, elle contemple le petit trou noir sur son CV. Mais au fait comment trouver un travail ? Elle se souvient que pendant son stage au collège, on lui avait dit que « les stagiaires masculins doivent obtenir une moyenne de 1 pour qu'ils soient embauchés. Pour les filles, elles doivent juste être jolies. Toi, nous t'avons retenu parce que tu as une telle expérience éditoriale. »

Dépenser plus pour peut-être gagner un peu

Anna n'est pas certaine, que c'était un compliment. Mais maintenant elle le sait : être jolie signifie de bonnes chances de trouver un travail. Ca sonne étrange. Mais l'idéalisme ne nourrit pas son homme. Alors elle se fait faire des belles photos. Elle va chez un petit photographe du centre ville (et malheureusement très impudique). Ici pas besoin de rendez-vous, et pour commencer un prix d'ami : 280 € ? Choc. La prochaine fois, elle se renseignera davantage. En vue de gagner de l'argent, Anna finit par en dépenser beaucoup. Avec les nouvelles photos, Anna envoie quatre candidatures et attend. Elle commence un peu à désespérer. Qui va bien vouloir l'embaucher ? Elle répond à une offre d'une agence de recrutement, spécialisée dans le multiculturel et le multilinguisme.

Ca je peux le faire, pense-t-elle. Après deux entretiens téléphoniques, elle est invité à un entretien de présentation. On lui pose des questions sur sa motivation : « Je veux travailler avec des gens ». Mauvaise réponse. Anna reçoit un refus. On recherche des gens qui sont concerné par le profit de l'entreprise. La bonne réponse aurait dû être : la cupidité.

« Nous n'avons pas besoin de diplômés en Sciences Politiques »

Ensuite, une réunion est organisée par le Länd de Hesse pour les jeunes diplômés à Bruxelles. Il y a de la bière et des bretzels. Anna se dirige directement vers le secrétaire d'Etat présent : « Quelles sont les chances pour des jeunes comme moi dans cette ville ? » « Nous n'avons pas besoin de diplômés en Sciences Politiques, répond le haut-fonctionnaire. Celui qui trouve du travail après ça a bénéficié du piston de son père, ou a un député dans sa poche. » Persévérante, Anna discute avec un petit homme trapu. Robert a travaillé pour le Parlement européen. « Ils recherchent toujours des stagiaires », dit il. Il lui donne sa carte, elle devrait postuler, insiste l'homme en pleine dégustation d'un gâteau qui doit être appétissant aux vues des morceaux de sucre glace qui restent accrochés à sa barbe. Anna ne dit rien, elle n'a pas tant d'amis. Comme elle n'en sait pas davantage, Anna essaie d'enfoncer le clou. Votre mère connait quelqu'un, qui connait quelqu'un, celui-là peut être dans un lobby pour un syndicat de construction navale . Elle a du mal à s'identifier à la situation. Malgré tout, elle continue d'aller aux entretiens. Vous avez fait trop de stages, cela montre votre instabilité, lui dit-on. Elle doit donc premièrement en faire un autre. Pour six mois, gratuitement, « Ensuite on verra ».

Ensuite Anna découvre une annonce bien caché sur un site de recherche d'emplois : on recherche une assistante parlementaire. Mission principale : écrire des articles. Anna postule, sans espoir. Pendant l'entretien, on lui dit qu'ils sont 35 comme elle. Anna maîtrise la sérénité désespérée. Puis, alors qu'elle n'y croyait plus, la réponse est positive. 60 étudiants travaillent ici dans la semaine. Le jeudi soir elle profite des fêtes après le travail. Si elle est contente ? Difficile à dire « pour le moment ». Ca y est, Anna en fait partie. Deux mois plus tard, elle a des nouvelles de Robert. « Nous pensons, qu'avec vos compétences, vous devriez occuper un véritable emploi. Pour des raisons éthiques, nous ne souhaitons pas prolonger votre contrat de stagiaire. » Par hasard, Anna le croise sur son chemin au Parlement. Mais Robert ne la reconnait plus.