Société

Mademoiselle Europe

Article publié le 10 février 2010
Article publié le 10 février 2010
« Écarlate », « Nike » ou « Solidarité » : les enfants n’ont pas la vie facile en Europe. Panorama des prénoms les plus pittoresques.

D’étranges scènes se déroulent dans les jardins d’enfants européens. « Chéri » (David en hébreu), « Ange » (Angelina en latin) et « Merveilleuse » (Shania en swahili) creusent en toute tranquillité dans le bac à sable lorsque « Le Plus Grand » (Maximilien toujours en latin) se plante devant eux, attrape « Nez de travers » (Cameron en écossais-gaélique ) par le bras et dit : « Rendez-moi mon jouet, espèces de ‘Valets’ [Abdullah en arabe] ! » Le « Brave » (Andréas en grec) qui voit « rouge écarlate » (Scarlett en anglais) montre la « Forêt » (Sylvia en latin). « Ton jouet est caché là-bas », ajoute la « Gracieuse » (grec : Hannah ; arabe : Shakira) en toute « sincérité » (grec : Katharina).

En Europe, les parents prennent le proverbe « Nomen est Omen » toujours plus à cœur. Au lieu, tout simplement, de donner à leur fils, comme il était courant par le passé, le prénom paternel, ils cherchent des prénoms individuels, évoquant des traits de caractère positifs et qui soient le plus international possible. Ainsi, Julia (de Lulia utilisée en Rome antique) est aussi appréciée en Angleterre qu’en Pologne ou en Finlande. Lucas (du grec : Lucania) pourrait aussi bien élire domicile en Norvège qu’en France ou en Lituanie.

Des parents débrouillards ont en outre remarqué que les noms de marque multipliaient les chances de leur descendance sur le marché du travail. Heureusement pour les bébés allemands : ils n’ont pas le droit de s’appeler Coca Cola ou Nutella. On peut même étudier depuis peu ces phénomènes à l’université de Leipzig dans le cadre d’un nouveau master d’onomastique. Le prénom Mégane est proscrit en France depuis que le créateur d’automobiles Renault a lancé sur le marché un modèle du même nom dans les années 90 (surtout pour ceux qui ont comme nom de famille Renault justement). Nike, au contraire, est en Norvège comme ailleurs un prénom féminin tout à fait normal, il vient tout de même du grec ancien et signifie « victoire ».

Cela prend même des proportions politiques. Une famille polonaise a nommé, par exemple, son rejeton « Solidariusz » (solidarité) dans les années 80, le garçon changea cependant de prénom dès qu’il fut majeur. Dorénavant, les Européens peuvent aussi appeler leur fille Europe. La taille qu’Europe (du grec « grand », « spacieux ») fera un jour, ça reste leur secret. Si jamais Europe ne satisfait pas les attentes de son prénom, elle peut soit en changer, ce qui est plus aisé dans certains pays que d’autres, soit mener une action en justice. C’est ce qu’a fait dernièrement une fillette de neuf ans en Nouvelle Zélande. Ses parents dévoilèrent leur propre inaptitude à l’éducation en nommant la pauvre enfant Talula Does the Hula From Hawaii. Finalement, mieux vaut « Europe » !