Société

L’UE planche pour améliorer le sort des Rroms

Article publié le 16 septembre 2008
Article publié le 16 septembre 2008
Poussée par une coalition d’associations, la Commission européenne organise le premier Sommet consacré aux Rroms le 16 septembre prochain. Ou comment mettre en branle une politique globale pour améliorer la situation de la plus grande minorité ethnique d’Europe.

Comment permettre l’inclusion des Européens d’origine rrom sur le continent ? Depuis 2004, et l’entrée de dix nouveaux pays membres dans l’UE, la question se fait de plus en plus lancinante. Alors que les rapports sur la situation sanitaire et sociale de cette population tombent à Bruxelles, les enquêtes d’opinion constatent que le fossé se creuse entre les Rroms et leurs voisins, quelques soient leurs nationalités. Le prochain Sommet européen tentera de déterminer une politique européenne cohérente contre la discrimination d’origine ethnique et d’« épingler les mesures qui ont fait leurs preuves ». Car du côté Rrom, le bilan est critique. 

Des millions de Rroms dans une UE élargie

(Francesco Paraggio/flickr)Si la population Rrom a considérablement augmenté au sein de l’UE voilà 4 ans, suite à l’adhésion de la Hongrie et de la Slovaquie notamment, très peu de données permettent de quantifier exactement cette communauté : « La population rrom d’Europe compte aujourd’hui quelque dix millions d’individus, estime un premier bilan sur La situation des Rroms dans une Union européenne élargie, publié en 2004 justement. Cependant, on ne dispose pas de données démographiques précises, poursuit le texte, essentiellement en raison de la stigmatisation associée à l’identité rrom et de la réticence d’un bon nombre de Rroms à s’identifier en tant que tels à des fins officielles ainsi que du refus de nombreux gouvernements à inclure les Rrom en tant que catégorie légitime à des fins de recensement. »

Il y aurait pourtant plus de Rroms dans toute l’Europe que d’habitants dans certains Etats membres. Mille fois comptée, la situation des Rroms est tristement célèbre. Le document de travail sur lesquels plancheront 350 représentants des Institutions européennes, des gouvernements et des parlements des Etats membres et de la société civile lors du prochain sommet, et mis à disposition sur le site de la Commission le 2 juillet dernier, revient sur cette réalité grâce à quelques analyses plus récentes, mais toujours très peu de données chiffrées. Des millions d’Européens d’origine rrom font l’objet d’une exclusion sociale de grande ampleur, explique le document : « Les richesses qu’ils pourraient apporter à la société européenne sont bien souvent méprisées car entachées de stéréotypes et préjugés qui se manifestent sous la forme de discriminations économiques, sociales et politiques. »

Un racisme à la dent dure

Le taux très élevé de chômage parmi la population rrom est l’une des réalités les plus préoccupantes car ne pas travailler isole socialement. L’état de santé des communautés rrom, en général, est bien en dessous de la moyenne nationale des pays où elles sont installées, avec une durée de vie inférieure de dix ans. Quant à la sphère éducative, elle ne suscite pas beaucoup d’espoir pour l’avenir. Les Rrroms représentent une population extrêmement jeune, composée d’une majorité d’individus de moins de 20 ans. Mais souvent, ces jeunes n’ont pas d’attache à un établissement. Dans certains pays, ils sont la plupart du temps scolarisés dans des écoles spécialisées pour les handicaps physiques ou mentaux.

(Francesco Paraggio/flickr)

Depuis vingt ans, les associations de droits de l’homme donnent le signal d’alarme. D’ailleurs, le problème « Rom » est désormais connu : selon 77 % des Européens, les Rroms sont défavorisés dans la société, au même titre que les personnes handicapées (79 %). Pourtant, de récentes enquêtes d’opinion réalisées en 2008 montrent qu’un quart des Européens se sentiraient mal à l’aise à l’idée d’avoir un Rrom pour voisin (24 % à l’échelle de l’UE ont répondu dans ce sens, alors qu’ils n’étaient que 6 % à être mal à l’aise à l’idée de vivre à proximité d’une personne d’une autre origine ethnique, sans préciser laquelle.)

Et dans certains pays, comme la Tchéquie ou l’Italie, le taux monte : ici, la moitié des personnes interrogées n’apprécierait pas d’accueillir un Rrom pour voisin. « Des recherches réalisées par des acteurs de la société civile démontre que l’ « anti-gypsism », est une forme spécifique de racisme, basé sur la « dé-légitimisation » et l’exclusion morale », explique également la Commission. 

Que peut faire l’Europe ?

Suite à la pression exercée par une jeune coalition d’associations en faveur d’une politique pour les Rroms en Europe (la EU Roma policy coalition, créée en mars 2008), le prochain Sommet européen tentera donc de répondre au besoin urgent d’une stratégie globale et cohérente… « Les outils sont en place pour améliorer cette situation, estime la Commission, mais il faut que toutes les forces soient unis pour coordonner les efforts. » Quels sont ces outils ? Les Fonds structurels européens (comme le Fonds social européen) et les instruments de pré-adhésion jouent un rôle crucial pour vaincre l’exclusion : « Ainsi, entre 2000 et 2006, 275 millions d’euros provenant du FSE ont été consacrés à des projets spécialement destinés aux Rroms, un milliard d’euros supplémentaire allant à des groupes vulnérables, dont les Rroms », estiment les spécialistes de la Commission.

« Il n’a jamais été aussi important de parler d’une seule voix »

Dans la lutte contre la discrimination, les pouvoirs conférés à l’UE lui ont permis de légiférer « en matière d’égalité de traitement sans distinction de race ou d’origine ethnique » (directive 2000/43/CE) et « de s’assurer de la transposition correcte du droit communautaire » : « La plupart des matières essentielles à l’intégration des Rroms relèvent toutefois en premier lieu de la compétence des États membres (l’éducation, l’emploi, l’intégration sociale, par exemple). Dans ces domaines, l’Union peut seulement coordonner les politiques des États membres et soutenir leur application, au moyen, entre autres, des Fonds structurels. »

Déférer la responsabilité aux Etats membres, voilà une proposition qui ne convient pas du tout aux militants associatifs de la coalition. Et ils n’ont pas tardé à le faire savoir : « Alors que les violences envers les Rroms augmentent, par exemple en Italie, il n’a jamais été aussi important de parler d’une seule voix et de proposer une stratégie et un engagement au long terme », a réagi Nicolas Beger de la section EU d’Amnesty International, dans l’expectative. Ce Sommet européen sera-t-il un tournant à marquer d’une croix blanche ?