Société

Love story turque sur les côtes danoises

Article publié le 3 mars 2008
Publié dans le magazine
Article publié le 3 mars 2008
3.8 millions d'immigrés turques vivent dans l’Union européenne. Aydin Ozturk, 50 ans, s'est installé à Odense, au Danemark, avec sa compagne danoise. Histoire d’une intégration réussie.

16 avril 1980. Un navire privé appartenant à la riche famille turque Sadikogullari accoste à Nakskov, au sud du Danemark. Aydin Ozturk, un membre de l'équipage âgé de 23 ans, est immédiatement frappé par le contraste entre sa ville natale, Istanbul, la plus grande ville de Turquie, et cette bourgade danoise.

Avec une population de 5 millions d'habitants (ils sont 15,2 millions aujourd’hui), Istanbul grouille d'activités. Ici, Aydin ne voit que quelques voitures et des passants en route pour leur travail. Alors qu’il rentre dans une petite épicerie du coin, c’est le coup de foudre : le jeune turque jette son dévolu sur une jolie Blonde, employée du magasin.

Elle s’appelle Liz. Le couple traduit les mots de l'amour dans un anglais hésitant. Quand Aydin rentre à Istanbul, ils gardent contact. Liz, à seulement 18 ans, décide de partir pour Istanbul, après avoir convaincu ses parents, en proie à de nombreux préjugés, de ses sentiments pour le jeune turc. Deux mois plus tard, ils se marièrent. En 1980, le coup d'Etat de l'armée turque les oblige à retourner vivre auprès des parents de Liz, à Nakskov. Elle tombe enceinte et Aydin passe une année à apprendre le métier de soudeur. Une formation qui lui permet de trouver un emploi au chantier naval de Copenhague. Pendant son temps libre, il joue au football en ligue professionnelle de 3e Division.

Bouleversements familiaux

Les familles de migrants turcs évoluent au fil du temps. Au Danemark, la première génération préfère vivre comme dans la Turquie des années 60, même si de nombreuses choses ont changé depuis leur départ. La seconde génération, elle, est arrivée adolescente au Danemark et a l'impression de naviguer dans un perpétuel « entre-deux ». Liz décide de reprendre ses études en 1992, et devient professeur d'anglais et d'allemand. Elle part en Turquie en 2000, avec ses deux filles, pour leurs études. Aydin continue de travailler au Danemark pour des entreprises privées. Quatre ans plus tard, la famille se retrouve et s'installe à Odense.

Le nombre limité de programmes d'intégration n'a pas beaucoup aidé les immigrés turcs à s’immiscer dans leur nouvelle culture. Aydin est l'exception qui confirme la règle : « J'ai joué aux fléchettes avec mon beau-père pour essayer d'apprendre le danois avec lui », raconte le jeune amoureux, devenu un père de famille de 50 ans. Dans sa maison, les deux cultures sont mêlées : des tapis turcs sont posés à côté de meubles Ikea suédois, tandis que les lampes d'un designer danois sont accrochées dans un coin. L'odeur du café turc emplit la pièce pendant que la famille regarde les informations danoises. Grâce à l'antenne satellite, ils reçoivent aussi des chaînes turques. « J'ai toujours essayé de travailler et de rencontrer autant de Danois que possible, pour améliorer ma maîtrise de la langue et ma vie sociale », poursuit Aydin.

Les dernières mesures prises par le gouvernement semblent exemplaires. Bunyamin Simsek, conseiller municipal de la ville d'Arhus, pense qu’elles favorisent, volontairement, le regroupement familial : « Depuis 2002, toute personne prévoyant de migrer au Danemark doit passer un examen de culture danoise accompagné d'un examen de langue, et suivre des cours de langues pendant 3 ans. Les municipalités proposent également des activités sociales pour faciliter leur intégration », explique-t-il.

Se faire une place dans la société

Ces programmes ont déjà prouvé leur efficacité auprès des nouveaux arrivants. D'après des statistiques danoises, le taux d’immigrés ayant trouvé un emploi a notablement augmenté. Une étude menée par l'Institut d'analyse du marché montre que 76 % des employeurs privés sont satisfaits des nouveaux immigrés. Ces chiffres atteignent 79 % dans les entreprises publiques.

« Je ne passe jamais trop de temps avec les Turcs », ajoute Aydin entre deux gorgées de café. « Si tu es trop proche des gens de la même nationalité, tu ne peux pas t’adapter à une nouvelle culture. Beaucoup d'immigrés sont au chômage ici. Je n'aime pas passer mon temps dans les cafés à jouer aux cartes. Il faut faire des sacrifices et être le meilleur dans son travail. Après, tout le monde te respecte, peu importe d'où tu viens. »

L'auteur est un étudiant de 25 ans, vivant à Amsterdam. Il participe au programme Erasmus Mundus au sein d'un Master de journalisme.

Les chiffres, au début du texte, sont ceux d’un rapport de la commission indépendante turque, 2004

Photos:Heloise/Flickr