Société

Lívia Járóka : « Je ne vois pas d’argent pour les Roms »

Article publié le 20 avril 2009
Article publié le 20 avril 2009
Pas de budget mais beaucoup de promesses. La première députée européenne issue de la communauté rom dresse le bilan de son premier mandat et annonce son programme. A 34 ans, elle regrette que Bruxelles ne contrôle pas plus la mise en application des programmes d’aides pour les Roms d’Europe.

Bien qu'elle déplore que la présidence de l'UE, assurée actuellement par la République tchèque, n'ait pas prévu de programme concernant les minorités et la parité, elle estime que la législature menée par le Parlement européen a été plutôt positive. « La question des droits des femmes a été politisée grâce au Parlement, sujet sur lequel ni la Commission ni le Conseil ne s'étaient penché auparavant », regrette cette jeune Hongroise, membre du Parti populaire européen. Elle se réjouit que le Parlement européen « ait cessé d'être un outil au service de la Commission pour enfin s'affirmer en son nom propre et défendre ses positions. » 

« Il faut passer d'une politique paternaliste à une politique plus professionnelle »

Le plus important pour elle est de mettre la situation des Roms à l'ordre du jour du Parlement : « Voyez comment la majorité des citoyens se réclame d'appartenir à une minorité », ajoute-t-elle soulignant ainsi l'importance de la protection de leurs droits. Elle a été élue pour incarner le visage du Parlement européen et tient à être un modèle prouvant que l' « anti-discrimination » ne suffit pas pour défendre les Roms : « Il faut passer d'une politique paternaliste à une politique plus professionnelle », dit-elle.

Que déplorez-vous le plus pour ce mandat ?

(André Bossuroy)Toutes les directives sont utiles, mais je regrette que quasiment toujours nous arrivons si tard et soyons si lents pour les appliquer. Par exemple, le règlement Reach visant à protéger les consommateurs des produits toxiques, a mis énormément de temps à être approuvé et davantage encore à être appliqué. Nous manquons de réactivité.

Quel a été le combat majeur mené par votre groupe politique, le Parti populaire européen (PPE) ?

Pour commencer, ils m'ont inscrite sur leur liste ! Enfin, leur lutte pour les droits des Roms et de leurs enfants, ce qui jusqu'alors était resté dans les sphères socialistes et libérales. Depuis l'élargissement de 2004, le PPE a pris de nombreuses décisions symboliques dans le cadre de sa dynamique de changement.

Trouvez-vous que la politique européenne est machiste ?

Etre une femme en politique est compliqué, mais cela l'est d'autant plus de porter des thématiques qui concernent les femmes. Il est difficile de convaincre l'establishment qu'elles doivent être représentées au sein des institutions. De ce point de vue, je pense que la politique européenne est un peu sexiste, oui. Lorsqu'il s'agit de représenter des sujets moins populaires, comme la pauvreté dans le monde, on élit toujours des femmes. Or, pour parler prospérité économique, ce sont les hommes qui récoltent les voix.

31% de femmes au Parlement européen, c'est peu ?

Si l'on compare ce Parlement à certains parlements nationaux, ce n'est pas si mal, mais cela reste insuffisant. Le nombre de femmes présentes dans l'hémicycle n'est pas représentatif de leur place dans la société et je pense que la quantité fait aussi la différence. Nous verrons bien si le nombre de femmes augmente aux élections de juin. Dans mon parti (le Fidesz, parti conservateur hongrois), par exemple, le nombre de femmes inscrites sur les listes électorales n'a pas bougé depuis 2004.

Vous voulez dire qu'il n'augmentera pas ?

Je ne crois pas, non. Et c'est ce qui va se passer dans tous les pays et tous les partis. 

Votre parti ne va-t-il pas mettre l'accent sur l'égalité hommes-femmes pendant la campagne électorale ?

Certainement pas. Et le pire, c'est que les votants ne semblent pas intéressés par ces sujets car nous vivons dans des sociétés reposant sur un modèle encore très patriarcal. 

La situation des Roms en Hongrie ou en Italie vous inquiète-t-elle ? 

La situation des Roms dans les pays de l'Est n'a cessé d'empirer depuis la chute du bloc communiste. En Europe occidentale, le cas de l'Italie est seulement la partie visible de l'iceberg. Ce qui m'attriste particulièrement est le sentiment anti-Rom grandissant en ces temps de crise économique. Je ne vois pas non plus de partis politiques disposés à lutter contre les stéréotypes ou en faveur du vote des Roms. Certes, beaucoup de promesses sont faites mais je ne vois l'argent arriver de nulle part. Bruxelles se dit enchantée par les magnifiques programmes d'intégration présentés par chacun des Etats-membres, mais elle ne cherche jamais à vérifier leur mise en application. 

Quels sont les obstacles qui empêchent la communication entre les Roms et les non-Roms ? 

Les préjugés et l'absence d'espaces communs...

C'est-à-dire ?

Il n'existe pas de lieux de travail communs. Pendant le régime communiste, chaque citoyen rom se rendait tous les matins à son travail avec les gadjos (non-Roms). Il existait aussi beaucoup de mariages mixtes (moi-même en suis issue), alors qu'aujourd'hui, on en compte quasiment plus car les Roms n'ont pas de travail. 90 % des Tsiganes hongrois sont au chômage ou travaillent dans un marché noir.

D'autre part, les médias n'agissent pas de manière responsable. Lorsqu'ils évoquent les gitans, ils préfèrent jeter de l'huile sur le feu en exagérant leurs défauts plus qu'autre chose. Les experts sur les Roms ne savent pas non plus vraiment de quoi ils parlent car il n'existe malheureusement pas de chiffres officiels sur les gitans. 

Selon vous, quelle est la priorité pour inciter à la communication ? 

Les mêmes centres de travail et les mêmes écoles pour les Tsiganes et les gadjos.