Société

Lituanie : la belle au bois dormant

Article publié le 31 octobre 2007
Article publié le 31 octobre 2007
Sur le point de fêter ses dix-huit ans d’autonomie, la Lituanie reste comme une enfant dont les corpulents voisins ont abusé maintes fois.

Une histoire récente pour le moins mouvementée. Vilnius, la capitale, a changé douze fois de mains au siècle dernier. La dernière occupation a été celles des Soviétiques, et pendant près de 40 ans, la Lituanie a été soumis à la tutelle de Moscou.

Le fleuve Vilna traverse la ville et comme « péage », a donné son nom à la capitale lituanienne. Le lituanien, une langue d’origine indo-européenne est, avec le letton, l’une des plus anciennes d’Europe. Elle est parlée – suivie du russe et de l’anglais – par les trois millions d’habitants de cet Etat centralisé, à la population qui ne cesse de décroître. Le taux d’émigration en Lituanie est extrêmement élevé : cinq fois plus que la moyenne européenne. En 2004, le pays intégre l’Union européenne, devenant membre des Vingt Sept. Mais tant que son inflation ne se sera pas régulée, elle ne pourra mettre en place l’euro.

Gueule de bois soviétique

Petit et discret, le pays n’a cessé de subir : l’‘occupation’ russe d’abord puis une transition longue et chaotique. Il en subsiste aujourd’hui une aversion pour tout ce qui est russe. Cette russophobie a ainsi culminé en avril dernier avec la crise du soldat de bronze de Tallinn, dans l’Estonie voisine. Pour autant, Moscou continue de considérer les républiques baltes comme part intégrante de sa zone d’influence. La Russie continue d’être très présente dans les médias à travers la radio et les chaînes de télévision locales. Et, à la différence de l'Union européenne - sauf la Norvège et la Pologne -, elle a ses propres correspondants à Vilnius.

C’est précisément grâce à la télévision que les Lituaniens ont suivi attentivement les récentes élections en Ukraine, avec le désir manifeste que leurs voisins s’éloignent encore plus de la Russie et des partis grâce auxquels elle se maintient dans les gouvernements de l’Est.

La Lituanie sait bien qu’avec la disparition de l’omniprésence soviétique, il faut être encore plus vigilant. Car avec une législation fragile et une société mal protégée des dangers du capitalisme, l’accession à l'indépendance a été suivie d’une insatisfaction croissante au sein de la population. La faute aux nombreuses incohérences qui subsistent au sein de cette capitale aux airs provinciaux.

Un exemple ? Les rues tapissées de publicités vantant les mérites d’ordinateurs portables, alors que le système médical lituanien ne sera pas informatisé avant 2013. Un autre cas concerne la presse : certes libre mais constamment menacée par quelques investisseurs qui possèdent l’ensemble des titres et ont constitué un monopole sur la publicité.

Entre-temps, Vilnius a été désignée capitale européenne de la culture en 2009. Les rues de Vilnius sont comme un plateau d’échecs pavé où s’affrontent le pire du capitalisme avec des résidus de l’époque soviétique. La domination russe est perceptible dans les écoles notamment, avec des professeurs formés à l’école de Moscou et des enfants nés indépendants, dans l’attente d’une réforme éducative aussi nécessaire qu’indéfinie.

Qui est Vilnius ? Qu’est la Lituanie ?

Personne plus qu’un Lituanien ne saurait le dire. Alors que Riga incarne officiellement la capitale gay du nord et Tallin sa banlieue touristique, Vilnius reste plus pauvre et en crise d’identité. Elle se demande ce qu’elle doit dire, ce qu’elle veut dire, et même quel plat gastronomique est le sien ou celui des envahisseurs.

Cependant, le présent est là, plus que dans n’importe lequel des anciens pays ‘colonisateurs’. Seulement la Lituanie, c’est « maintenant » et la majorité des citoyens sont conscients de cela. N’ayant ni une identité marquée, ni la volonté d’être rapidement étiquetés, ils se retrouvent désorientés. Parallèlement à cette recherche identitaire a lieu un processus d’adaptation aux standards de l’Union européenne. L’agenda du Parlement le confirme. Le chemin est encore long mais