Société

Libera contre les mafias: « Milan, vraie capitale de la "Ndrangheta" »

Article publié le 2 avril 2010
Article publié le 2 avril 2010
15 ans déjà que l'association Libera fondée par Don Luigi Ciotti se bat pour lutter contre les mafias (Camorra à Naples, Cosa Nostra en Sicile, Ndrangheta en Calabre, Sacra Corona Unita dans les Pouilles). Le 21 mars, Libera célèbre la Journée Nationale en mémoire aux victimes de toutes les mafias à Milan. Le nord serait aussi touché par le phénomène mafieux ? Oui.
Démonstration avec l'Exposition Universelle de 2015.

Chaque année, la Journée Nationale en mémoire aux victimes de toutes les mafias a lieu dans une ville différente. Naples l’an dernier, était un choix assez symbolique. Cette année par contre, la manifestation s’est déroulée dans la très bourgeoise capitale italienne de la finance et de l'industrie: Milan.Presque 150.000 participants étaient dans les rues pour manifester contre les mafias, parmi lesquels des jeunes, des personnalités politiques locales, des parents de victimes de la mafia, et des citoyens lambda. Une initiative qui vise à dénoncer l’extension de la criminalité organisée en dehors des territoires traditionnels. Elle est devenue une réalité économique dynamique, fluide, extrêmement adaptable et capable de saisir quelconque opportunité de faire des affaires.

Pourquoi Milan ?

Milano, 21 marzo 2010Selon le rapport annuel de la Commission Parlementaire Anti-mafia « Milan et la Lombardie représentent la métaphore de la ramification moléculaire de la "Ndrangheta" (la mafia calabraise, ndlr) dans toute l'Italie du Nord ». L’affirmation vient de Vincenzo Macrì, substitut procureur national anti-mafia et auteur du rapport qui définit Milan comme « la vraie capitale italienne de la « Ndrangheta ». Milan et l’Italie du Nord sont les principales zones pour le trafic de cocaïne et d’autres stupéfiants. Milan et sa périphérie sont le terrain idéal pour blanchir, même par l’intermédiaire de la construction, l’argent provenant des activités illégales de la criminalité organisée. Mais il y a plus ! En 2015, Milan accueillera l’Exposition universelle. Cet évènement de grande envergure apportera à la ville une masse d’argent public (selon les données officielles, plus de 15 milliards d’euros) qui se verra destiné à la construction des nouvelles infrastructures. D’importantes familles de la « Ndrangheta », les Morabito, Piromallo et Mancuso, déjà solidement ancrés dans le tissu économique et politique de Milan et de sa périphérie, n’attendaient rien d’autre pour se tailler une bonne part du gâteau autour de l’Expo.

Le fondateur de LiberaPlus qu’un soupçon, l'infiltration politiques et économiques des clans calabrais dans les travaux de l’Exposition universelle est un risque avéré. Comment ? Les données de la Direction de District Antimafia milanaise révèle qu’ils se terrent derrière des sociétés anonymes locales. Depuis des années, les puissants « ndrine calabrais » (clan maffieux, ndlr) ont infiltré les coulisses de l’économie lombarde, mais c’est depuis la crise économique qu'on en a la preuve éclatante. Exemple, dans l’industrie en crise du bâtiment lombarde, la criminalité organisée a pu racheter des parts à bon marché. En conservant les noms des entreprises, la Ndrangheta se créé des têtes de ponts idéaux pour participer aux adjudications publiques des grands travaux pour la future Exposition Universelle.

L’infiltration de la mafia à Milan a commencé dans les années 70, mais la conscience de leur enracinement dans le tissu de la ville n’est que très récente. Les mêmes institutions locales ont toujours éprouvé une grande difficulté à admettre la réalité. Dans les années 90, le maire de la ville Gian Paolo Pilitteri avait d'ailleurs déclaré : « La mafia à Milan, ça n’existe pas ».

Le drapeau de l'association anti-mafia

La mafia au théâtre

Je proteste ! La mafia est bien présente à Milan, mais c’est un courageux acteur de théâtre qui le répète à voix haute. Il a choisi de témoigner franchement contre la mafia invisible. Depuis 2008, Giulio Cavalli vit sous escorte, à la suite de menaces reçues après la mise en scène de son œuvre théâtrale Do ut Des, où sont tournés en dérision les rites traditionnels de la mafia. Cavalli a choisi de faire un théâtre civil, engagé, faisant du témoignage une mission personnelle et un instrument collectif pour faire savoir à Monsieur et Madame Tout-le-monde combien pèsent les mafias aujourd’hui, et ce même au nord.

Photo: RICCIO/flickr; flavio.leone/flickr; Alessio Baù/flickr; btw/flickr.