Société

LGBT : peut-on faire son coming out au travail ?

Article publié le 18 avril 2011
Article publié le 18 avril 2011
L'égalité et la non-discrimination des personnes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) sont intrinsèques aux valeurs européennes. La charte européenne des droits de l'homme et la directive européenne 2000/78 le confirment. N'empêche qu'au boulot, les minorités sexuelles peinent à s'assumer, et il est souvent difficile d'y faire valoir ses droits. Etude de cas en Italie et en France.

Ecole, secteur industriel, là où le « coming out » est dangereux

« Le coming out tend à augmenter sur le lieu de travail », explique Salvatore Marra, responsable de l'Ufficio Nuovi Diritti de Rome et du Latium de la CGIL (Confédération Générale Italienne du Travail), un des principaux syndicats italiens. Une nouveauté positive qui va toutefois de pair avec la multiplication d'épisodes d'intolérance envers les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) aussi bien dans les lieux de divertissement que dans les écoles. Ceux-ci se traduisent par des actes de harcèlement et d'intimidation : « Vivre ouvertement sa sexualité est plus facile dans les grandes villes et dans les entreprises où le salarié a un contrat stable », explique Marra.

En France, l'association L'Autre Cercle a récemment publié les résultats de l'enquête « La vie des LGTB au travail en 2011 » sur la discrimination des LGBT sur le lieu de travail. C'est « dans l'industrie et à l'école que l'on enregistre les milieux les plus hostiles », avance Catherine Tripon, sa porte-parole. Dans les emplois industriels, c'est la culture « machiste » qui est pointée du doigt; à l'école, c'est l'amalgame fait entre homosexualité et pédophilie qui nuit à la dignité et aux conditions de travail des enseignants LGBT.

Mais, intervenir par des lois spécifiques est plus compliqué qu'il n'y parait. Les problèmes varient en fonction de la grandeur de la ville, du travail effectué et de la flexibilité des contrats. Sans oublier que le sigle LGBT regroupe des personnes qui connaissent des difficultés différentes : les transgenres ne sont pas confrontés aux mêmes actes de discrimination que les gays ou les lesbiennes.

Auto-censure et gêne aux entournures

Mais s'il est si compliqué d'intervenir dans ce domaine, c'est aussi à cause d'un déficit d'études sur le sujet. En Italie, ce n'est qu'en 2008 que le Département pour l'Egalité des Chances a chargé l'Istat (Institut Italien de la Statistique) de réaliser une enquête sur la discrimination de genre.

Les premiers résultats - extraits d'un groupe pilote de 1 500 personnes - ont été publiés en 2010 tandis que le résultat final sur l'échantillon de 10 000 personnes ne sera connu qu'en 2011. En France, L'Autre Cercle a interrogé 930 individus. « 53% des personnes interrogées ont avoué ne pas pouvoir parler librement de leur préférences sexuelles. Nous avons sélectionné les personnes interrogées dans notre réseau : associations LGBT, médias spécialisés, etc. C'est-à-dire que si nous avions adressé cette question à des gens moins sensibilisés, vous auriez eu une auto-censure encore plus importante », commente Catherine.

En Italie, selon une étude menée par l'Eurispes, 35,5% des Italiens tolèrent l'homosexualité à condition qu'elle ne soit pas affichée tandis que 15% d'entre eux admettent éprouver une gêne au contact de personnes homosexuelles. En outre, 44,8% considèrent qu'aimer une personne du même sexe est contre nature.

 L'étude de L'autre cercle rapporte que 53% des personnes LGTB confessent ne pas pouvoir parler librement de leur orientation sexuelle au travail

Peu d'affaires devant le juge

Sans études de fond, le débat est donc trop dirigé par des faits divers et des témoignages d'individus isolés auprès des associations locales. Peu de cas de discrimination sont allé devant la justice, ce qui n'aide pas non plus à créer une jurisprudence dans le domaine : « On ne va pas souvent au tribunal car on cherche la conciliation », explique Marra. « Tout se règle avec une médiation sans recourir au tribunal : le salarié discriminé est déplacé dans un autre secteur plus "confortable". Les personnes coupables de discrimination ne sont en général sanctionnéesquepar des mesures légères », surenchérit Catherine.

La directive européenne 78/2000 contre les discriminations sur le lieu de travail ne semble pas non plus être d'une grande aide. « En plus d'être mal appliquée en Italie, celle-ci impose au salarié l'obligation de prouver la discrimination dont il a été victime. Ce qui s'avère souvent très difficile", regrette Marra. En France, les minorités sexuelles ont plus de mal à faire valoir leurs droits que les autres « minorités visibles », remarque la porte-parole de L'Autre Cercle. L'orientation sexuelle n'est pas écrite sur le front des gens, ce qui peut-être un point fort pour éviter les discriminations. A l'inverse, il est plus difficile de porter plainte pour discrimination pour la même raison : les preuves tangibles sont très difficiles à réunir. 82% des actes de discriminations dénoncés par l'étude de L'Autre Cercle sont en effet des moqueries sur le lieu de travail. Le plus souvent, les processus est insidieux. Un couple homosexuel pacsé aura plus de mal à revendiquer ses droits, notamment de congé parental, qu'un couple hétérosexuel marié. 

A quand des solutions européennes ?

Selon l'Eurobaromètre, l'orientation sexuelle est la huitième cause de discrimination potentielle lors d'une candidature pour un travail dans l'Union Européenne. Mais les experts dénoncent l'omerta concernant les pressions subies quant à l'orientation sexuelle lors de l'entretien d'embauche.

En novembre 2010, un rapport de l'Agence des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne a dénoncé la situation d'invisibilité et de silence dans laquelle vivaient les personnes LGTB dans l'Union Européenne. Une situation que Morten Kjaerum, le directeur de l'agence, a jugé aggravée par les différentes politiques menées par les Etats membres, avec « des implications d'ordre juridique et pratique pour les citoyens désireux de se déplacer dans les pays de l'UE. » En Lituanie, le Parlement vient de voter un projet de loi pour aggraver les sanctions contre la propagation des relations homosexuelles dans l'espace public. Vladimir Simonko, porte-parole de l'association lituanienne de défense des LGBT, a beau pointer du doigt le non-respect de la Charte européenne des droits de l'homme et dénoncer une « homophobie institutionnalisée », son opinion reste minoritaire. Un exemple criant d'entorse au droit à la mobilité : si un homosexuel français décide de faire du tourisme en amoureux en Lituanie, il vaudra mieux qu'ils ne se tiennent pas la main ni ne s'embrassent sur une terrasse de café !

Ni la France ni l'Italie ni la Lituanie n'avancent à vitesse égale sur le respect des droits des LGBT. La nécessité de statistiques objectives et européennes sur les cas de discrimination subis par ces personnes serait un premier pas important en faveur d'une meilleure reconnaissance de leurs difficultés à vivre tels qu'ils sont et tels qu'ils veulent être : respectés.

Photo: Une : (cc) Philippe Leroyer/flickr; Gay pride (cc) Pak Gwey/flickr