Société

L'euro dix ans après : bénédiction ou malédiction ?

Article publié le 20 avril 2009
Article publié le 20 avril 2009
Les ponts rouges pastel et les arches bleues claires qui colorent les billets d’euros qui traînent dans nos poches évoquent l’UE. Dix ans après leur introduction, les gens s’y sont habitués. Mais à quoi servent-ils en pleine crise économique ?

« La crise économique risque d'exacerber les tensions dans la zone euro », écrit Tomas Valasek sur le blog du Centre for european reform. Un Etat-membre insolvable pourrait poser de sérieux problèmes à l'euro… et devoir abandonner la monnaie unique. Pour le moment, ce scénario est plus proche de la fiction, mais des pays très endettés, comme la Grèce par exemple, pourraient être en grande difficulté si les banques perdaient confiance dans leur solvabilité. Tomas Valasek rappelle que la plupart des unions monétaires ont éclaté. « Si un pays quitte soudainement la zone euro, ajoute-t-il, il devrait trouver un moyen provisoire pour séparer ses euros des autres. Au début des années 90, la République tchèque et la Slovaquie avaient choisi d'appliquer des tampons différents sur leurs billets de banque. »

La vache sacrée britannique

(cafebabel.com)D'autres Etats pourraient être tentés de quitter la zone euro pour retrouver la maîtrise de leur politique monétaire, par exemple en organisant une dévaluation de la monnaie qui rendrait leurs exportations plus attractives. La Grande-Bretagne est plus flexible : elle est capable d'adapter son taux de change à ses besoins. Pourtant le babelblogueur Maitre Sinh montre sur Europatriotism quels sont les effets négatifs de la dévaluation constante de la livre : les citoyens britanniques se sont appauvris, perdant un tiers de leur pouvoir d'achat comparé au reste de l'Europe. « L'euro n'est pas infaillible, mais son succès relatif comparé à la livre est une évidence, une livre qui ressemble de plus en plus à une vache sacrée. » « Qu'est-il arrivé au pragmatisme politique britannique en matière de politique ? », s'interroge-t-il à la fin de son article.

Les obligations danoises

D'après le blog Euros du village, les Danois ont aussi des problèmes avec leur couronne. Naim Cordemans explique comment le gouvernement s'est trouvé dans l'obligation d'augmenter les taux d'intérêts pour s'assurer que les investisseurs étrangers ne quittent pas le pays. En raison de la crise du crédit, de faibles taux d'intérêts sont nécessaires pour continuer à faire tourner l'économie. L'euro est une monnaie digne de confiance et certains pays comme le Danemark, la Suède ou l'Islande discutent ouvertement de la possibilité de rejoindre cette union monétaire.

«Quand la mer s'agite il vaut mieux être sur un gros bateau!»

Une manœuvre qui s’avérerait plus simple pour eux que pour les pays d'Europe centrale et orientale qui souhaitent obtenir l'euro mais s'échinent toujours à atteindre les critères de Maastricht (critères de convergence). C'est pourquoi certains Etats ont demandé la disparition de ces critères, essuyant un double refus de la part des deux Jean-Claude (Juncker et Trichet), respectivement président de l'Eurogroupe et de la Banque centrale européenne. Pour Naim Cordemans, c'est le prix à payer pour garder une monnaie stable, ou, pour citer les mots du conseiller économique de Barack Obama, Paul Volcker : « Quand la mer s'agite il vaut mieux être sur un gros bateau ! » Pour les pays qui veulent embarquer sur le bateau, cela peut sembler quelque peu hypocrite alors que la plupart des membres de la zone euro ne répondent plus eux-mêmes aux critères de Maastricht.

Volte-face polonais

La Pologne, traditionnellement opposée à la monnaie unique, à l'image de la Grande-Bretagne, négocie activement pour rejoindre la monnaie unique au plus vite. Mais le blogueur polonais Kuba Kurasz critique le plan de réforme nationale du gouvernement (NRP) et le plan de développement et de stabilité. Le premier ministre Waldemar Pawlak a vraisemblablement oublié que la solution au problème rime avec stabilité et non avec chaos monétaire. Les banques sont inquiètes et le zloty continue de perdre de sa valeur.

La Suisse, « le tigre helvétique »

Cependant, « il existe un pays en Europe, avec un vaste secteur financier, une grande ouverture au commerce extérieur, un taux de change flottant, et une vie politique compliquée par quatre communautés au sein de ses structures décisionnelles », écrit P.O Neill sur A Fistful of Euros. Il fait bien évidemment référence à la Suisse, un pays qui devrait être abattu par la crise comme cette description le suggère. Pourtant l'économie suisse se porte plutôt bien et se comporte comme un « tigre helvétique » en comparaison des autres Etats européens. Neill en conclut : « Les politiciens prétendent que ces terribles circonstances sont dûes à des évènements hors de leur portée. Même en temps de crise mondiale, son impact varie significativement en fonction des pays. Nous devons regarder plus attentivement comment des pays apparemment mal disposés pour répondre à la crise s'en sont relativement bien sortis. »