Société

Les Sikhs en Europe : symboles d'une intégration en or

Article publié le 18 avril 2012
Article publié le 18 avril 2012
Ces dernières années, la diaspora des Indiens de religion sikh s’est installée dans divers pays de l'Union européenne, en plus du Royaume-Uni qui en est la destination traditionnelle.
Nous vous présentons ici l'un des premiers immigrants en Italie : après une longue période de privations, Singh a réussi à trouver du travail comme boulanger et à ouvrir la voie à l’une des communautés sikh les plus importantes du pays. En contrepartie, il a dû se défaire d’un des symboles d'appartenance à sa religion.

Les caractéristiques de la migration sikh, au cours des années, relève de dynamiques complexes. La particularité de ce phénomène est imputable à la politique invariable de l'Inde à certains moments historiques. Selon les données fournies par le rapport annuel de 2011 publié par le ministère indien des Affaires Étrangères, parmi les 27 millions d’Indiens à travers le monde, environ 3 millions seraient des Sikhs. La plupart d’entre eux sont venus accentuer la présence de fortes communautés régionales au sein de l’Europe.

Fuir l'Inde pour un emploi durable de boulanger

Singh est un homme sur la soixantaine, grand et mince, rasé de près et portant le cheveu court que viennent prolonger des pattes d’oreilles à peine esquissées. Il porte une chemise beige et un pantalon gris. À première vue, on ne peut pas dire qu’il ressemble à un Sikh. En effet, la tradition religieuse exige les « cinq K », soit les cinq signes distinctifs obligatoires pour tout fidèle baptisé : Kesh, pour la barbe et les cheveux longs ; Khanga, le peigne ; Kara, le bracelet de fer ; Kirpan, le poignard ; et Kach, le pantalon jusqu’au genou.

 Avant d'entrée, les fidèles sont censés se couvrir la tête avec un bandana, généralement distribué à l'entrée.

Le fort symbolisme, associé au traditionnel turban, a souvent contribué à créer des stéréotypes faciles et des raccourcis équivoques. Sans parler des difficultés avec la police, ne serait-ce que pour justifier la possession d'un poignard. Nous sommes là face à une pratique rituelle concrète, exhibée comme un signe indissoluble d'appartenance.

Le sobre salon de la maison de Singh à Cori, dans la province de Latina (Rome), est orné de deux cadres sur les murs. Le premier est une image du Temple d'Or d'Amritsar (voir photo de couverture). Le second est une photo de son père, vieux militant fidèle, tué dans les affrontements avec l'armée indienne en juin 1984, lors de l'opération Blue Star. En représailles aux violents combats perpétrés dans la ville sainte du Pendjab, qui ont tué plus de mille personnes, Indira Gandhi fut assassinée par l’un de ses gardes du corps sikh. Les années suivantes virent le déchainement de massacres à travers tout le pays. C’est à cette époque que Singh a fui l'Inde.

Après un court passage en Grèce, il rejoint l'Italie, devenant ainsi l'un des premiers à s'installer dans la région du Latium où il jettera les bases de l’une des communautés sikh les plus importantes du pays aujourd’hui. Au début, il travaillait la terre pour un peu plus d’un euro par jour, puis avec le temps, mais surtout doté de l'esprit de sacrifice et de labeur qui caractérise la religion de Guru Nanak (le maître fondateur du Sikhisme), il est parvenu à obtenir un emploi fixe dans la boulangerie de son village.

On lui a cependant fait savoir, que porter cheveux et barbe longues - le Kesh, un des 5 symboles de la religion - ne répondait pas aux normes d'hygiène requises pour le pétrissage du pain. C’est pour cela qu’il ne s’est pas encore fait baptiser. Car le rituel du fidèle impose de respecter l’ensemble des 5 K de la tradition.

La communauté sikh en Europe

La véritable poussée de l’émigration des Sikhs vers l'Europe est liée à la crise économique des années soixante, avant même la crise politique provoquée par l'assassinat de I. Gandhi. En Angleterre, le punjabi est la deuxième langue la plus parlée après l'anglais, et beaucoup de familles indiennes en sont maintenant arrivées à la quatrième génération. Dans d'autres pays, le phénomène est au contraire bien plus récent et toujours en cours, comme en témoigne la présence croissante de Gurdwârâ (littéralement « la porte du gourou », le lieu de culte du Sikhisme, ndlr) dans tous les pays de l'UE.

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Le Beau Pays est devenu la seconde destination de choix après l’Angleterre. En 2000, le Gurdwârâ de Novellara, dans la province de Reggio Emilia, était inauguré par le président de la Commission européenne de l'époque, Romano Prodi, puis en août 2011, c’est à Pessina Cremonese qu’on inaugurait le deuxième plus grand Gurdwârâ d’Europe, avec 2000 mètres carrés et une capacité de 600 personnes.

Les Sikhs ne cessent de rejoindre l’agro Pontino (dans le Latium) et la pianura Padana (plaine du ) pour travailler dans l'agriculture et l'élevage. Un article paru dans l'International Herald Tribune a clairement attribué le « sauvetage » du fromage Grana Padano à l’activité des Sikhs, qui sont devenus les nouveaux « Bergamini » italiens (c’est ainsi qu’on appelait les fromagers en dialecte lombard, un métier quasiment en perdition avant l'arrivée des Sikhs). Une communauté désormais bien enracinée qui, grâce à l’effort collectif, a réussi à réunir en toute autonomie les fonds pour la construction de le Gurdwârâ de Lavinio.

 Le geste a une connotation hautement symbolique puisque le fait de "passer" de la nourriture aux fidèles est né de l'opposoition à "la pureté" (pas d'aliments), typique de la tradition hindoue.

La présence des Sikhs est constante et continue depuis maintenant des décennies, contribuant de façon constructive à définir un nouvel idéal identitaire européen qui s’enrichit de l’apport asiatique dans diverses régions du Vieux Continent. Une présence appelée à durer, à la différence des habituelles modes médiatiques sur l'Inde.

Il est possible de lire l'article original de Mario Paciolla sur le babelblog Le Napolitain Européen.

Photo du temple Une (cc) planemad/flickr; Texte : © Ilaria Izzo