Société

Les mots marquants de l’année 2009 en Europe

Article publié le 22 décembre 2009
Article publié le 22 décembre 2009
Un seul mot pour résumer les débats de l’année qui vient de s’écouler ? Petit lexique d’actualité.

Peut-on résumer 365 jours, 8769 heures ou encore plus de 3 millions de secondes en un seul et unique mot ? La rédaction centrale de cafebabel.com à Paris, les équipes locales partout en Europe ainsi que les lecteurs du magazine se sont attelés à cette tâche délicate. Un premier constat : les expressions qui reviennent le plus souvent sonnent plutôt négativement... En témoigne le mot qui nous a inspiré cette enquête : « unfriend », le vocable de l'année selon le New Oxford American Dictionary. « T’es plus mon ami », cette tendance, c’est Nabeelah, rédactrice de la version anglaise du site, qui nous l’explique : « Vos nouvelles connaissances vous demandent tout de suite votre nom pour pouvoir l'ajouter à leurs contacts Facebook. Et pour différentes raisons, on peut aussi ‘se délier d'amitié’ avec eux... » 

Les mots le plus souvent proposés, dans beaucoup de langues européennes, sont bien sûr « récession », « chômage » et « référendum » qui apparaissent dans les colonnes des journaux et dans les conversations à travers tout le continent. Dana emprunte cette piste pessimiste en choisissant « sabrukums » (« dissolution ») comme mot de l'année pour la Lettonie, ce qui n'est pas étonnant si l'on considère la situation de cette république des bords de la Baltique.

A son tour, Wladek, membre de la rédaction locale de Varsovie, estime que le mot de l'année devrait être « niepewnosc », le « doute » qui accompagne toute crise – économique, politique, sanitaire...

Un doute qui a aussi hanté les Français cette année : le mot « népotisme » choisi par Jane, rédactrice française, a fait rire ou pleurer, c’est selon, tous les jeunes diplômés, au chômage dans l’hexagone (en référence à l’affaire Jean Sarkozy, le fils du président, qui a failli être catapulté à la tête du plus grand quartier d’affaires d’Europe).

La politique, et les hommes politiques, jouent un grand rôle dans le choix des mots qui résument la dernière année de cette première décennie du 21e siècle : en l'honneur de Berlusconi, les Italiens ont choisi ironiquement le mot « escort ».

En Allemagne, on a retenu « kopftuchmädchen » qui signifie « fille au foulard ». Ce néologisme a été créé par Thilo Sarrazin, membre de la présidence de la Bundesbank, qui s'est exprimé assez violemment sur le thème des immigrés et de leur rapport à la nation. Katharina, la rédactrice allemande de cafebabel.com, y préfère le mot « Westerwilli ». Willy, c’est la petite abeille qui s’acoquine avec Maya (l’insecte Angela Merkel). C’est à l’aide de ce petit sobriquet que les Allemands surnomment Guido Westerwelle, le nouveau ministre des affaires étrangères issu du parti libéral démocrate (FDP). Avec la CDU de couleur noire, et le FDP en jaune, des esprits malins ont tôt fait de comparer les deux politiciens aux héros du dessin animé.

Selon la Slovaque Michaela, « jazyk » (« langue ») résume la situation dans son pays, et ce en raison de l'introduction d'une nouvelle loi sur la linguistique. Elle renforce la réglementation officielle du slovaque « correct », opposé aux langues régionales ou minoritaires (plus de 10 % des Slovaques parlant le hongrois…). Cette loi est largement critiquée et « beaucoup de gens la considèrent comme une tentative de faire de la langue une arme qu'ils pourront retourner contre eux-mêmes ».

Cyrielle, de Belgique, opte, elle, pour le mot « uniformité », évoquant ainsi le consensus dans la résolution des débats liés au problème linguistique dans les différentes communautés du pays, flamande, belge francophone ou germanophone. Au pays d'Albert II, les paroles sont vives quand il est question de « la reconnaissance de différentes langues [du pays]» (on pourrait pourtant piquer les idées des Suisses, chez les Canadiens ou les Espagnols). La rédaction locale de Bruxelles va plus loin en penchant pour le mot « identité », qui ferait également défaut en Belgique. Le seul accent optimiste ?

Plus au Sud, Mauro de Catalogne estime que le mot de l'année devrait être « triplet » : un clin d’œil aux trois victoires remportées cette année par le FC Barcelone. Eh bien, au moins, les fans du Barca gardent le moral !