Société

Les jeunes diplômés dans la crise: zoom sur l’Europe du Sud

Article publié le 21 octobre 2009
Article publié le 21 octobre 2009
Finir ses études en 2009, ça devrait se fêter, pourtant c’est un cauchemar. Entre les jeunes Grecs qui se sentent abandonnés par leur gouvernement et les Portugais qui par précaution restent chez leur maman… la découverte de la vie active est semée d’embuches. Deuxième partie de notre série sur les jeunes Européens et l’emploi : « Je veux un job ! »

Iraklis Lampadariou : « La jeunesse grecque est laissée pour compte » 

(DR)La volonté politique d’améliorer l’accès au marché de l’emploi est bien faible en Grèce. D’ailleurs, il semble que le taux record de chômage chez les jeunes (24 % au premier trimestre 2009 chez les 15 - 24 ans) suscite bien peu d’inquiétudes, et les solutions proposées semblent dérisoires. Dans un environnement aussi défavorable, après neuf ans passés dans le secondaire, les lycéens peuvent décider d’entamer des études supérieures et préparer un diplôme (cela veut dire se plonger dans des livres encore six ans…) ou faire leurs premiers pas dans le monde du travail. Dans ce cas, ils ne peuvent pas faire valoir de droits la plupart du temps, ni bénéficier d’un salaire décent, d’une assurance ou d’une protection sociale, dans un système où les stages, finalement de l’esclavage moderne, sont sur le devant de la scène.

« Avoir son diplôme en Grèce ne garantit pas du tout un avenir »

Avoir son diplôme en Grèce ne garantit pas du tout un avenir. Dans un climat général d’insécurité, choisir la voix de la connaissance ne change pas grand-chose si on ne dispose pas de « contacts clé », autrement dit de pistons. La longue liste des lacunes et autres défaillances du système ne s’arrête pas là : il faut aussi évoquer des conditions de travail médiocres, ainsi qu’une attitude passive du gouvernement à l’égard des problèmes sociaux.

Pendant mes études, j’ai travaillé comme bénévole pour « Europe Direct Komotini », un centre d’informations sur l’Union européenne. Ce centre appartient au réseau paneuropéen, Europe Direct, qui compte plus de 400 points d’information à travers l’Europe. Il existe dans la ville grecque de Komotimi (dans le Nord-Est du pays) grâce aux soutiens financiers de la Représentation de la Commission européenne en Grèce et du Fond de développement de la Région de la Macédoine orientale et de Thrace. Grâce aux diverses positions que j’ai occupées, j’en ai appris davantage sur l’UE, j’ai noué des contacts, et on m’a finalement embauché pour faire plus d’heures. Ce n’est pas le cas de la majorité des diplômés à la recherche d’un emploi ou d’un stage. Les jeunes devraient s’intéresser beaucoup plus aux possibilités d’emploi offertes par l’UE. A condition aussi que la classe politique valorise davantage ces débouchés…

Carina Gonçalves : « Au Portugal, ne pas quitter le nid familial est la meilleure option »

Le Portugal connaît une énorme pénurie d'infirmière, en particulier diplômées, et il n'est pas rare qu'on les fasse venir d'Espagne. Ca a beaucoup contribué à ce que je trouve mon premier emploi en tant qu'infirmière, dans le service des urgences d'un hôpital public. La vie d'étudiante n'était pas mal du tout, mais celle d'employée est encore mieux que ce que j'imaginais. Je peux vraiment faire le métier pour lequel j'ai étudié pendant quatre ans. J'ai enfin acquis l'indépendance financière dont j'ai rêvé pendant si longtemps. Ne pas quitter le nid familial semble être l'option la plus sage, ne pouvant pour l'instant acheter ou louer de maison. J'ai tout de suite commencé à économiser.

Au travail, les responsabilités sont énormes ; j'ai du apprendre à gérer la paperasse qui va avec. Un contrat de six mois, puis un autre d'un an et enfin un CDI. Je n'ai pas les avantages des fonctionnaires bien que je travaille dans un hôpital public, car mon contrat est individuel et non collectif. Quelquefois, pendant une garde, je gagne moins de 75 % du salaire horaire des fonctionnaires ! Mais certaines de mes collègues n'ont toujours qu'un emploi précaire, je ne peux donc pas me plaindre. Aujourd'hui, décrocher un poste d'infirmière n'est plus aussi facile que lorsque j'ai commencé. Le surpeuplement des écoles privées ces dernières années, pour former plus d'infirmières, n'a pas été suivi par les opportunités attendues en termes d'emplois. Au contraire, cela a conduit à une hausse du chômage. D'après l'institut national des statistiques du Portugal, le taux de chômage des 25-34 ans ayant terminé leurs études supérieures en 2009 est de 7,7 %, c’est un pour cent de plus qu’en 2004. Si investir dans un diplôme était synonyme de décrocher un emploi, avec la crise économique ça n'est aujourd'hui plus le cas. Autour de moi, les jeunes continuent de lutter pour leur indépendance.

Anna Borelli : « Les silences post-entretiens sont horribles »

Je viens de Naples, dans l'Italie du Sud, où j'ai eu mon diplôme d'anglais et de russe. N'ayant ni emploi fixe ni l'espoir d'en décrocher un, j'ai déménagé à Milan en 2007, où mon petit ami a trouvé du travail. J'ai décroché un bon job immédiatement après mon arrivée. De la saisie de données dans une banque. Le premier contrat était seulement d'un mois mais j'ai accepté même si mon objectif en étudiant les langues étrangères n’était pas de devenir assistante administrative. Mon contrat a été prolongé de deux ans, jusqu'en août 2009. Un jour de plus et c'était un contrat indéterminé ! Une loi permet aux employeurs de « ré-embaucher » le même employé pour un autre contrat de courte durée mais il doit respecter une période de carence de 20 jours entre ces différents contrats. Je ne sais pas si mon ancien patron compte me rappeler, en tout cas, je n'ai toujours pas de nouvelles de lui...

« Je ne sais pas si mon ancien patron compte me rappeler, en tout cas, je n'ai toujours pas de nouvelles de lui... »

Je me suis donc inscrite pour toucher les allocations chômage. Des agences de recrutement m'ont appelée pour me proposer du travail, mais les silences post-entretiens sont tout simplement horribles quand vous n'avez rien d'autre à faire qu'attendre la sonnerie du téléphone. Vous savez que vous n'avez pas d'alternatives. Peut être la solution est-elle de s'occuper ? Je fais des traductions bénévoles et des relectures de livres. Je pense sérieusement à faire un master avant qu'il ne soit trop tard (encore faut-il que je passe les examens éliminatoires !) Je suis plutôt optimiste : grâce au boulot à la banque, j'ai des économies, je peux désormais choisir mon emploi plutôt que d'accepter le premier venu.