Société

Les « Højskole » ou l’école alternative des Danois

Article publié le 8 octobre 2009
Article publié le 8 octobre 2009
Pas d’examens, un rythme propre à chaque étudiant, un emploi du temps libre : les Højskole proposent une éducation hors compétition, et sans diplômes, qui permet à l’élève d’exprimer sa créativité et de vivre en communauté. Un laboratoire éducatif « made in Danemark ».

Quand je lui demande ce que signifie « Højskole », Ole Dedenroth, qui est président d’une école de ce type à Brenderup au Danemark, s’esclaffe. Il pose sa tasse de café en équilibre instable sur la selle de sa bicyclette. Avec son doigt, il trace un mot sur le mur : « inspirer ». Puis se retourne brusquement et ajoute « et s’inspirer ». Selon lui, éducation rime trop souvent avec obligation. Certes, l’école doit être ouverte à tous, c’est un droit et un devoir. Mais pourquoi ne pas l’associer au concept de plaisir et d’amusement ? « Dans les ‘Højskole’, poursuit Ole, on apprend ce que l’on a envie de savoir. On n’assène pas aux étudiants de grandes vérités mais on les aide à utiliser les outils adaptés pour chercher et trouver les réponses à leurs questions. »

(Xavier Cros)

« Dans les ‘Højskole’, on apprend ce que l’on a envie de savoir »

Une utopie ? Non ! Le concept des « Højskole » est une anomalie très danoise. Fondées au 19e siècle par l’évêque Grundtvig, ces écoles se basent sur le principe d’« apprendre » par le dialogue et l’interaction sociale. On n’y délivre pas de diplômes pour construire une carrière, mais c’est là qu’on se colle à « la vie » pour intégrer de nouvelles compétences bien sûr ; mais aussi devenir Homme, évoluer en groupe, se développer comme acteur de la vie maniant les valeurs de la démocratie et de l’égalité, et être créatif au quotidien. Les uns enseignant aux autres.

Au programme

Chaque «Højskole» fonde ses enseignements sur des matières bien précises, à forte dominante artistique. A Brenderup par exemple, les étudiants peuvent choisir parmi plusieurs matières fondamentales : musique folklorique, relations internationales, danois ou art. Puis en soutien, plusieurs options sont proposées, notamment une initiation au danois, à l’anglais, des ateliers de débats ou d’autres plus pratiques en design de produits de recyclage, en céramique… Ces matières sont professionnalisantes, mais des journées entières peuvent aussi être consacrées à l’éducation alimentaire ou à « l’amour en toute sécurité ». Des ateliers hebdomadaires sur l’inter-culturalité s’ajoutent à ce programme, et chacun participe ou organise des activités physiques de toutes sortes, football, volley-ball, badminton…

Le droit à l’erreur

(Xavier Cros)Il y a peu de critères pour s’inscrire dans cette école : il faut avoir 17 ans révolus, parler une langue qui permet de communiquer avec tout le monde, le danois ou l’anglais, plus rarement l’allemand. Toutes les nationalités sont les bienvenues. Ces écoles sont privées, mais partiellement financées par l’Etat via les bourses d’études, ou grâce à des fonds versés directement aux écoles. Chaque établissement doit s’assurer qu’une majorité d’étudiants est de nationalité danoise (ou Groenlandais), mais pour le reste l’inscription à une « Højskole » suffit pour faire la demande d’un visa d’étudiant pour les citoyens non européens. L’âge moyen est de 24 ans et les séjours s’échelonnent de 4 à 10 mois. Les étudiants qu’on y rencontre ont des expériences et des projets d’avenir très différents.

« Ici, tu as la possibilité de développer idées et projets.Et tu as aussi le droit de te tromper »

Anne Marie, 19 ans, est allemande. Je l’interroge sur ses motivations. Pourquoi passer quatre mois dans une école de ce genre ? « En juillet, j’ai fini mes études secondaires, me répond-elle, et en Allemagne il est courant de faire une pause d’un an entre le diplôme de fin d’études secondaires et l’entrée à l’université : la fameuse année sabbatique. » Sigmar a, lui, 17 ans. Il est originaire de la lointaine Islande. A la même question, il lance : « Je terminais la dernière année du lycée, et je me suis demandé si l’école d’art était véritablement ce que je voulais faire ‘quand je serai grand’. Alors j’ai décidé de passer quatre mois ici, dans cette école, pour m’assurer que l’art était vraiment ma voie. » A 27 ans, Marco qui est Mexicain, est l’élève le plus vieux, mais aussi le plus ancien : « Ici, tu as la possibilité de développer idées et projets, conclue-t-il, et tu as aussi le droit de te tromper. »