Société

Les éoliennes du Royaume-uni soufflent des vents contraires

Article publié le 5 février 2014
Article publié le 5 février 2014

Les avan­tages des fermes éo­liennes sont re­con­nus presque dans tous les pays, et les parcs ter­restres sont les plus ef­fi­caces en ma­tière d'éner­gie re­nou­ve­lable. Alors que la Grande-Bre­tagne doit pro­duire 15% de son éner­gie à par­tir de sources re­nou­ve­lables d'ici 2020, elle re­fuse d'ac­cueillir des parcs éo­liens sur ses terres.

Le syn­drome du « pas dans mon jar­din » (Not in my ba­ckyard ou NIMBY) - ex­pre­ssion qui dé­crit l'op­po­si­tion des ré­si­dents à un projet localtra­duit au­jour­d'hui le rejet des gens en­vers des ins­tal­la­tions telles que les fermes éo­liennes ou les dé­charges dans leur zone d’ha­bi­ta­tion, tout en re­con­nais­sant plei­ne­ment leurs avan­tages…mais ailleurs. En tant que ci­toyens, 82% des Bri­tan­niques sou­tiennent les éner­gies re­nou­ve­lables. Ce pour­cen­tage tombe à 50% si le pro­jet se fait dans leurs com­mu­nau­tés. Les fermes éo­liennes né­ces­sitent de grandes sur­faces, et cer­tains di­ront qu'elles ne sont pas es­thé­tiques, mais la plu­part des ins­tal­la­tions liées à ces nou­velles éner­gies - des éo­liennes à la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique - sont en­vi­sa­gées dans des zones peu ha­bi­tées. De son côté, le conser­va­teur Lord Ho­well (dé­puté, an­cien mi­nistre des Af­faires étran­gères, ndlr) a mis les pieds dans le plat, en dé­cla­rant qu'il y avait assez de zones dé­sertes dans le nord-est, par­faites pour des opé­ra­tions de frac­tu­ra­tions. Ce qui a pro­vo­qué un scan­dale.

Le conflit d'in­té­rêt est simple : les zones peu peu­plées, qui se­raient plus adap­tées à la pro­duc­tion d'éner­gie, sont des zones ru­rales que leurs ha­bi­tants ché­rissent. Mais le plus iro­nique c'est que ceux qui pro­tègent leurs ré­gions de l'in­va­sion des éner­gies re­nou­ve­lables pour­raient à l'ave­nir les sa­cri­fier pour d'autres pro­jets. Bill Bry­son (écri­vain à suc­cès et globe-trot­ter) di­sait : « la Grande-Bre­tagne pos­sède en­core la plus belle cam­pagne du monde. Je dé­tes­te­rais faire par­tie de la gé­né­ra­tion qui cau­sera sa perte ». Le syn­drome du « pas dans mon jar­din » peut être consi­déré comme du na­tio­na­lisme à une échelle mi­cro­sco­pique : les gens sont prêts à ris­quer gros pour pro­té­ger ce qu'ils consi­dèrent comme étant à eux.

LES so­lu­tions pos­sibles

Une des al­ter­na­tives est de trans­por­ter le pro­jet sur d’autres terres, comme le pro­jet Green­wire. L'Ir­lande, peut-être moins snob que ses voi­sins bri­tan­niques, a saisi l'op­por­tu­nité de pro­duire sur son ter­ri­toire de l'éner­gie éo­lienne et de nous la vendre. Plus ef­fi­cace (et moins cher) qu'un pro­jet si­mi­laire en mer, ces ins­tal­la­tions pro­curent à l'Ir­lande d'im­por­tants bé­né­fices fi­nan­ciers en plus de l’éner­gie. Ce qui per­met à la Grande-Bre­tagne d’uti­li­ser de l’éner­gie re­nou­ve­lable tout en ne sa­lis­sant pas sa pré­cieuse cam­pagne. Et la haute so­ciété de se re­trou­ver sa­tis­faite. L'in­con­vé­nient, c'est que 10 000 em­plois, qui pour­raient fa­ci­le­ment aider l'éco­no­mie an­glaise en dif­fi­culté, se­ront per­dus. De plus, afin d'as­su­rer aux four­nis­seurs d'éner­gie de bons prix, nos coûts éner­gé­tiques vont aug­men­ter.

éUne autre so­lu­tion est de don­ner d’im­por­tantes in­ci­ta­tions fi­nan­cières aux po­pu­la­tions. Des construc­teurs de parcs éo­liens en Écosse ont donné jus­qu'à 5 mil­lions de livres aux po­pu­la­tions qui ont ac­cepté de les ac­cueillir. Un parc éo­lien est, c’est sûr, bien plus beau quand il fa­vo­rise la créa­tion d’une salle des fêtes flam­bant neuve, ou d'une piste cy­clable bien en­tre­te­nue. Un de ces pro­jets a même per­mis la ré­ou­ver­ture d'un ci­néma local fermé de­puis trente ans.

Le plus grand suc­cès réa­lisé en An­gle­terre est le parc éo­lien co­opé­ra­tif de West­mill à Swin­don. Les ha­bi­tants pos­sèdent 100% du parc, et les cinq éo­liennes pro­duisent de l'éner­gie pour les be­soins de 2500 mai­sons. Une cam­pagne de col­lecte de fonds a per­mis aux ré­si­dents d'ache­ter des ac­tions de­puis le début du pro­jet. Pen­dant toute sa durée, ils ont par­ti­cipé à la mise en place de leur propre parc éo­lien. La vidéo qu’ils ont réa­lisé montre bien que c’est un pro­jet fait par la po­pu­la­tion pour la po­pu­la­tion. Le parc ne salit en rien leur cam­pagne. La com­mu­nauté en est fière et cela se voit.

Ainsi tourne le monde

L'idée selon la­quelle les be­soins de l'homme pol­luent le pay­sage n'est pas nou­velle. Les py­lônes élec­triques, les voies fer­rées, les an­tennes pa­ra­bo­liques ont tous été haïs, en fai­sant l'ob­jet d'une vive op­po­si­tion dès l’an­nonce de leur ins­tal­la­tion. La grande dif­fé­rence, bien sûr, ré­side dans le fait que tous ont contri­bué à l'émis­sion de CO2 et au ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, alors que les parcs éo­liens ont pour but de les ré­duire. Quand ceux qui vivent dans la na­ture entrent en conflit avec ceux qui veulent la pré­ser­ver, cela pose un pro­blème. 

Le Royaume-Uni a aussi un re­tard à rat­tra­per par rap­port à ses voi­sins eu­ro­péens, ce qui est hon­teux étant donné l'abon­dance de vent qu'il y a à dis­po­si­tion. Ce­pen­dant, le gou­ver­ne­ment concentre ac­tuel­le­ment ses ef­forts sur la frac­tu­ra­tion hy­drau­lique (les mi­nistres ont re­connu ré­cem­ment qu'ils en­vi­sa­geaient de mo­di­fier les lois d'in­tru­sion per­met­tant aux en­tre­prises de frac­tu­rer sous les mai­sons sans la per­mis­sion des pro­prié­taires). Les pro­tes­ta­taires du mou­ve­ment « pas dans mon jar­din » vont donc pou­voir re­tour­ner à leurs nobles com­bats où po­li­tiques et en­jeux éco­lo­giques se mentent dès l'ins­tant où il s'agit de se ser­rer la main.